SCÈNE VI. — NOÉMI, RUTH
RUTH
Quittons ce champ, ma mère, ce champ funeste où je voudrais n’être jamais venue !...
NOÉMI
Ma fille, nous devons attendre Booz.
RUTH
Non... je ne saurais me résoudre à le voir !... Booz, que je croyais si bon, si généreux!... Que j’ai mal connu son cœur!... De quel droit dispose-t-il de ma main?... pense-t-il que je consentirai à épouser un inconnu?... Tout ce qu’il a fait pour moi, je le dois à sa pitié seule. À quel point nous nous abusions, ma mère !...
NOÉMI
Est-ce bien Ruth qui murmure ainsi contre la Providence !
RUTH
Je ne me reconnais plus moi-même ! Pardonnez, ma mère, pardonnez ce premier mouvement. . .
NOÉMI
Si tu savais combien ta douleur m’afflige. . .
RUTH ET NOÉMÏ.
RUTH
Je n’ai pu vous la cacher ; vous avez le droit de lire toujours dans mon cœur... Mais n’ètes-vous pas assurée de me consoler, de me dédommager de tout?... Dieu! j’entends du bruit! si c’était... On s’approche. . . C’est lui, je reconnais sa voix !...
NOÉMI
Rappelle ta raison, ta vertu...
RUTH
Hélas ! c’est la raison, c’est la vertu, qui me l’ont fait aimer. . . Ma mère, il va voir que j’ai pleuré. . . Que ne puis-je fuir!
NOÉMI
Le voici...
RUTH
Comment soutiendrai- je cette entrevue?...