SCÈNE y. — ANNE, ÉLIPHAS, TOBIE
ANNE, vivement.
Éliphas, je viens d’apprendre que vous êtes ici. Pourquoi ne m’avez-vous pas demandée? Vouliezvous entretenir Tobie en secret? Auriez-vous des nouvelles de mon fils ?
ÉLIPHAS
Hélas ! je ne suis pas assez heureux pour en avoir appris.. .
ANNE
Quel ton est le vôtre!... Hélas ! dites-vous... Quand je suis venue vous étiez attendris tous les deux... maintenant vous paraissez interdits, embarrassés... De quoi parliez-vous? je veux le savoir... Tobie, répondez-moi, que vous a-t-il dit de mon fils?
TOBIE
Il ne m’en parlait pas.
ANNE
Pensez-vous me tromper? n’ai-je pas vu à
COMÉDIE
votre air qu’il y a du mystère, et qu’on veut me cacher quelque nouveau sujet d’inquiétude? Au nom du ciel, Tobie, parlez-moi franchement, ne me déguisez rien !...
TOBIE
Je vous ai dit la vérité. Éliphas n’a rien appris de votre fils ; il me parlait du sien, qu’il va marier. . .
ANNE
Il vous faisait part du mariage de son fils... Le moment est bien choisi!... Venait-il aussi vous inviter aux noces?... Dans l’état d’affliction où nous sommes, croit-il qu’une semblable fête puisse être un spectacle bien doux?. . .
(Elle se détourne pour cacher ses pleurs.)
TOBIE
Il croit, comme moi, que la vue du bonheur d’un ami est la plus chère des consolations...
ANNE
Des consolations!... il n’en existe point pour moi, je n’en veux point recevoir. Je haïrais ceux qui connaîtraient assez peu mon cœur pour essayer de m’en offrir. . . Éliphas, pardonnez. . . vous comprenez quelle doit être ma douleur. . . je voudrais être seule avec Tobie...
LE RETOUR DE TOBIE
T0B1E, bas à Éliphas.
Mon ami, excusez; plaignez sa faiblesse. Je vous en prie, laissez-nous.
ÉLIPHAS, bas à Tobie.
Avec quel regret je vous quitte ! Adieu, cher Tobie; je reviendrai ce soir.
(Il sort.)