‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesse (volume 2)Chapitre 89 sur 122 · SCÈNE IL — ROSINE, AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL — ROSINE, AMÉLIE

En vérité, ma sœur, je vous admire de pouvoir ainsi, à votre âge, vous occuper d’un oiseau.

AMÉLIE

Mais, moi, je ne critique pas votre goût pour les fleurs; pourquoi, Rosine, vous moquez-vous de ma colombe?

ROSINE

Quelle différence ! les fleurs ne sont pour moi qu’un simple amusement, et votre triste tourterelle est pour vous l’objet d’un sentiment très-vif, très-tendre.

AMÉLIE

Très-vif! ... très-tendre!. .. quelle folie !... Mais, après tout, une douce et sensible colombe est plutôt faite pour intéresser qu’une rose.

COMÉDIE

ROSINE

Aussi vous sacrifierais-je sans peine toutes mes roses, mes orangers, mon lilas blanc, et jusqu’au joli myrte que Zélis m’a donné; et vous, Amélie, vous ne pourriez vous résoudre à me donner votre colombe.

AMÉLIE

Que signifient ces reproches? Depuis quand, Rosine, doutez-vous de mon amitié ? s’est-elle jamais démentie?

Ah ! je m’entends...

AMÉLIE

Pour moi, je ne vous comprends pas.

ROSINE

Changeons d’entretien... Zélis arrive aujourd’hui.

AMÉLIE

Après six mois d’absence, qu’il me sera doux de la revoir !

ROSINE

Oh , je n’en doute pas; car, s’il faut expliquer ma pensée, vous n’avez jamais aimé personne autant que Zélis.

AMÉLIE, souriant.

Le crovez-vous, ma sœur?

lo.

LA COLOMBE

ROSINE

Oui, pas même votre colombe.

AMÉLIE

Je me rappelle qu’autrefois vous eûtes l’injustice de croire que je vous préférais Zélis ; mais, depuis son départ, vous me paraissiez entièrement guérie de cette prévention... Quand vous m’en assuriez, vous me trompiez donc, ma sœur?...

ROSINE

Je ne vous tromperai jamais, Amélie; mais je vous aime trop pour n’être pas souvent inquiète, agitée, et peu d’accord avec moi-même... Vous êtes ma seule et véritable amie, et je ne puis souffrir qu’une autre partage avec moi votre confiance et votre tendresse...

AMÉLIE

Vous méritiez l’une et l’autre, et vous êtes ma sœur; ainsi, quand Zélis aurait toutes les qualités qui m’attachent à vous, je vous aimerais toujours plus qu’elle...

ROSINE

Parce que je suis votre sœur! ah ! que cela est froid!

AMÉLIE

Mais comptez-vous pour rien le nœud si doux qui nous unit, ces liens sacrés du sang qui nous font un devoir de nous chérir?

COMÉDIE

ROSINE

Ainsi donc vous ne m’aimez que par devoir?

AMÉLIE

Non, mais ce devoir me rend ma tendresse plus chère.

Oh ! que nous sentons différemment !... Mais quelqu’un vient...

AMÉLIE

C’est peut-être Zélis...

ROSINE

En effet, je crois reconnaître sa voix...

AMÉLIE, courant au-devant de Zélis.

Ah ! c’est elle assurément.

ROSINE

Quelle joie !... quels transports !... Que feraitelle de plus pour moi!.. Allons, contraignonsnous.

(Amélie et Zélis reviennent en se tenant sous le bras.)

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