MALHEUREUX
PHÉDIME
Ah! tout est expliqué.
ZIRPHÉE.
C’est au hasard que nous devons de connaître cet asile sacré; jamais Phanor ne nous en aurait parlé.
PHÉDIME
Chère Zirphée! vos yeux se remplissent de larmes.
ZIRPHÉE.
Je ne m’en défends pas. Phanor ! . . . malheureux Phanor! . . . que le ciel fut injuste envers vous !
PHÉDIME
Devait-il lui accorder tous les dons?
ZIRPHÉE.
Mais cette figure hideuse !...
PHÉDIME
Demandez aux infortunés qui sont dans ce palais, si cette figure qui vous déplaît tant les empêche d’aimer Phanor !
ZIRPHÉE.
Ils doivent l’aimer; la reconnaissance leur en fait une loi.
PHÉDIME
Et vous, Zirphée, ne devez-vous rien à Phanor? Il plaint les malheureux, il vient à leur secours ; aussi, touché de vos malheurs, vous enleva-t-il pour vous soustraire à d’injustes violences; il a su apprécier vos vertus, il s’est attaché à vous... et vous ne pouvez l’aimer !...
Quand je ne le vois pas, je l’aime...
COMÉDIE
PHÉDIME
Cette manière d’aimer est tout à fait touchante! PourPhanor, ce qui l’a séduit, ce sont vos vertus, votre esprit, votre caractère. Vous seriez laide, qu’il vous aimerait de même.
ZIRPHÉE,
S’il n’était que laid!...
PHÉDIME
Toutes les qualités à l’aide desquelles vous avez subjugué son attachement, il les possède, et vous restez insensible !
ZIRPHÉE.
Insensible !... non, je ne le suis point ; mais je ne pourrai jamais m’accoutumer à le regarder.
PHÉDIME
Qu’il effraie d’abord, je le conçois; mais dès que l’on connaît sa bonté, sa douceur, est-il possible de le redouter? Sa figure est bizarre, il est vrai ; mais, après tout, j’en ai vu de plus choquantes... Au moins il se rend justice, il n’est pas fat.
ZIRPHÉE.
Fat... Que vous êtes folle!
Pourquoi ne le serait-il pas comme tant d’autres qui ne sont guère mieux traités de la nature?. . .
ZIRPHÉE.
Vous étiez avec Phanor tout à l’heure ; que vous disait-il?
PHÉOIME.
Que vous faites son malheur.
ZIRPHÉE,
C’est bien à mon grand regret.
PHÉDIME
Il n’est pas loin d’ici, j’en suis sûre.
ZIRPHÉE.
Vous croyez?...
PHÉDIME
Voulez-vous que je l’appelle?
ZIRPHÉE.
Je n’ose...
Allons, quel enfantillage !
ZIRPHÉE.
Je crois l’entendre...
PHÉDIME
Oui, c’est lui... Mais vous pâlissez...
ZIRPHÉE.
Ce n’est rien . . . Phédime, ne me quittez pas ! . . .
PHÉDIME
Le voici : de grâce, faites-vous violence ; restez lin instant . (Zirpbée passe de l’autre côté de la scène.)
COMÉDIE