SCÈNE I.— Madame DUPRÉ
Madame Dupré assise et travaillant; Justine est à côté d’elle ; après Justine, Annette ; de l’autre côté sont rangées Marthe, Isabelle et Joséphine, travaillant aussi : des lumières sont posées sur les comptoirs.
MADAME DUPRÉ, après un moment de silence, lève la tète, et voit visà-vis d’elle les jeunes fi 11 e s qui parlent tout bas.
Eh bien, mesdemoiselles, qu’est-ce que c’est donc que toutes ces chuehoteries-là? Est ce comme cela que vous travaillez ?... ïl faut donc toujours avoir l’œil sur vous? Habituez-vous donc à être laborieuses, appliquées. Voyez Justine; a-t-elle jamais l’oreille au guet, le nez en l’air? elle ne songe qu’à son ouvrage; et pourtant elle aime à
LA MARCHANDE DE MODES
rire comme une autre ; c’est de son âge ; mais il y a temps pour tout, (ici un grand silence.) Justine, du fil.
JUSTINE
En voici, madame.
(Un silence, après lequel les jeunes filles, vis-à-vis de madame Dupré, éclatent de rire en se cachant, et comme malgré elles.)
MADAME DUPRÉ
Eh bien?...
MARTHE
Mon Dieu, madame, c’est mademoiselle Joséphine qui nous fait rire.
JOSÉPHINE
Ah, mademoiselle, c’est vous qui avez commencé.
MARTHE
Moi?... je n’ai rien dit.
MADAME DUPRÉ
Je ne trouve pas mauvais que vous vous divertissiez, pourvu que l’ouvrage aille son train; il faut bien, d’ailleurs, passer quelque chose à la jeunesse; mais ce que je vous demande expressément, c’est de ne me point faire de cachotteries, et de ne pas parler bas. Vous devez toutes me regarder comme votre mère, et vous auriez tort d’avoir des secrets pour moi.
COMÉDIE
Oh! pour cela, madame, il faudrait que nous fussions bien ingrates, si nous ne vous aimions pas de tout notre cœur, moi, surtout! (Elle soupire.)
MADAME PUPISÉ.
Assurément je ne veux que votre bien. (Après un silence.) Allons, il est sept heures, il faut que je sorte. Justine, va me chercher mon mantelet.
JUSTINE, se levant.
Madame, allez-vous sortir seule?
MADAME DUPUÉ.
Oui; je vais chez madame de Clémont. (Justine
sort.)
MARTHE
Madame de Clémont, qui demeure dans la rue de Richelieu?
MADAME DUPKK .
Justement.
JOSÉPHINE
J'ai été deux fois chez elle; c’est une dame déjà d’un certain âge, mais bien aimable.
MADAME DlIPRÉ.
J’ai eu l’honneur de la servir pendant quinze ans, je sais ce qui en est. Je lui dois ma fortune; c’est elle qui m’a mariée, établie, et mise à la
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;lbi
mode : aussi il n’y arien au inonde que je nefisse pour elle.
ANNETTE
C’est bien naturel.
JOSÉPHINE
C’est la mère de madame la marquise de Lincé ?
MADAME Rl'PRÉ.
Oui.
ANNETTE
Qu’elle est jolie, madame la marquise de Lincé !
MARTHE
Et bonne!
JOSÉPHINE
Je ne l’ai jamais vue?
MARTHE
Non, parce qu’il y a trois mois qu’elle est dans ses terres.
JUSTINE, revenant, à madame Dupré.
Madame, voici votre manteletet vos gants. Quel carton voulez-vous emporter?
MADAME DliPRÉ, se levant.
Je n’en veux point. Madame de Clémont n’achète plus de chiffons; elle est revenue de cela.
JOSÉPHINE
Pourtant madame la baronne d’Elsac est bien aussi âgée qu’elle, et elle les aime.
MADAME DUPKÉ.
Oui ; c’est que l’une est raisonnable, et l’autre folle... Mais il est tard. Adieu, mes enfants, travaillez bien. Justine, ma mère est-elle là-haut?
JUSTINE
Oui, madame.
MADAME DUPKE.
Madelon est avec elle?
JUSTINE
Oui, madame.
MADAME DUPRÉ
Allons, c’est bon ; je m’en vais, je reviendrai dans une heure. (Elle sort )
SCÈNE II. — JUSTINE se met à la place de madame Dupré* ANNETTE, MARTHE, JOSÉPHINE, ISABELLE.
ANNETTE
Comme elle a soin de sa mère!
JUSTINE
Elle lui donnerait son sang.
ISABELLE
C’est une excellente femme aussi que madame Moreau.
ANNETTE, à Isabelle.
Il n’y a que trois semaines que vous êtes ici ; mais quand vous la connaîtrez mieux, vous l’ai-
LA MARCHANDE DE MODES
nierez bien davantage. Elle est aussi honnête, aussi charitable, aussi pieuse que sa fille, c’est tout dire.
ISABELLE
Mademoiselle Annette, dites-moi donc pourquoi elle ne porte jamais de robes garnies?
ANNETTE
C’est qu’elle était paysanne avant que madame Dupré eût fait fortune.
ISABELLE
Àh ! c’est donc ça qu’elle parle un peu patois?
ANNETTE
Vraiment oui.
JUSTINE
Madame Dupré, quand elle se vit en état, la tira de son village, et la fit venir ici.
ISABELLE, en soupirant.
C’est bien heureux de pouvoir faire le bonheur de sa mère !
Oui; seulement d’en avoir l’espérance donne du cœur pour travailler. (Un long silence.)
JOSÉPHINE
C’est demain fête; j’en suis bien aise.
MARTHE
Oui, après l’office nous irons nous promener.
COMÉDIE
JOSEPHINE
Oh! j’aurai encore un plaisir bien plus grand.
MARTHE
Lequel donc ?
JOSÉPHINE
C’est que madame Dupré m’a prêté un livre qui est joli, joli !...
JUSTINE
Paméla, je parie.
JOSÉPHINE
Précisément.
JUSTINE
Elle me l’a fait lire deux fois ; il m’a bien fait pleurer, toujours. Paméla est si vertueuse; elle aime tant son père et sa mère !...
JOSÉPHINE
On ne peut se défendre du désir de lui ressembler.
ISABELLE
Oh, mademoiselle Joséphine, je vous en prie, vous me prêterez ce livre?
JOSÉPHINE
Oui, je vous le promets.
ISABELLE
Mademoiselle Justine, on dit qu’aux jours gras, madame Dupré fait venir des musiciens; je vou-
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lais toujours vous demander cela... (Ah! v’ià mon aiguille cassée.) Est-ce vrai?
JUSTINE
Oui. Madame Dupré veut qu’on travaille; mais aussi elle nous procure des amusements.
MARTHE
Oh ! oui ; le lundi et le mardi gras, elle invite ses connaissances, et elle nous fait toutes danser, depuis cinq heures jusqu’à dix.
ISABELLE
Combien y a-t-il encore d’ici au mardi gras?
JOSÉPHINE
Hélas ! cinq grandes semaines.
ISABELLE
C’est bien long!
JOSÉPHINE, se levant, et sortant du comptoir.
Il faut que je marche un moment, j’ai les pieds tout engourdis de froid.
ISABELLE, se levant.
Et moi aussi.
ANNETTE, à Juliette.
Justine, n’as-tu pas été ce matin chez madame la baronne d’Elsac?
JUSTINE
Oui, avec Joséphine.
COMÉDIE. 369
JOSÉPHINE
Mon Dieu, quelle museuse que cette madame d’Elsac! elle nous a retenues pius de deux heures. C’est bien drôle, une vieille coquette... Je ne voudrais pas être sa femme de chambre, toujours...
ISABELLE
Est-ce qu’elle était à sa toilette?
JOSÉPHINE
Oui, devant un miroir; elle s’y regardait tristement, et je crois que ça lui donnait de l’humeur, car elle n’est jamais plus malgracieuse que lorsqu’on est à la coiffer. . . Elle était plus grognon !... Elle faisait un train à son valet de chambre, à ses femmes... Elle les ahurissait tant, que cela faisait pitié... « Que vous êtes maladroite! que vous êtes gauche!... » Elle n’a que ça à leur dire ; et puis un ton si brusque, les yeux si furibonds!... O la méchante dame !...
ISABELLE
Et vous a-t-elle acheté des modes?
JOSÉPHINE
Oui, tout notre carton; mais fallait voir de quel air !.. . avec une mine dédaigneuse et nonchalante, comme pour dire qu’elle n’avait envie de rien... (Elle la contrefait.) « Mademoiselle, de quel prix est cela?... — Deux louis, madame... — C’est hor-
LA MARCHANDE DE MODES
rible!... c’est hideux!... d’un goût... baroque!... »
“(Toutes les jeunes filles rient, à l’exception de Justine.)
ISABELLE, riant toujours.
Elle fait toutes ces simagrées-là?
MARTHE
Ob ! c’est vrai, c’est bien cela.
JOSÉPHINE
Et puis, toujours en rechignant, elle achète. Tout cela c’est pour jouer la détachée, l’indifférente ; pour faire croire qu’elle ne se soucie plus de parure, parce qu’au fond elle sait bien qu’il est ridicule à son âge d’en être si occupée; mais le plus drôle, c’est quand on lui montre quelque chiffon visiblement trop jeune pour elle; oh ! alors c’est une comédie... « Fi donc! dit-elle, qui estce qui peut porter cela? Quelle extravagance!... quel mauvais goût !.. . c’est ignoble à l’excès !.. . »
(Les jeunes filles recommencent à rire.)
JUSTINE
Ah çà, Joséphine, dites-moi un peu : si madame I)upré était ici, feriez-vous tous ces contes-là?
JOSÉPHINE
Ce ne sont point des contes ; je n’invente rien .
COMÉDIE
JUSTINE
Mais est-il bien de se moquer comme cela de son prochain, et surtout des personnes à qui on doit du respect?... Vous n’inventez rien; pardi, v’Ià un beau mérite ; et la médisance donc ! croyezvous que ce ne soit pas un défaut?...
ANNETTE
Justine a raison ; et nous autres, nous avons eu tort de rire...
JUSTINE, à Joséphine.
Ce que je vous en dis, Joséphine, c’est par amitié pour vous.
JOSÉPHINE
Aussi j’en profiterai, ma chère Justine (elle l’embrasse); ne soyez plus fâchée. Dam, vous êtes plus âgée que moi ; il y a longtemps que vous êtes avec madame Dupré, c’est naturel que vous soyez prudente et raisonnable ; mais je vous le promets, je ne ferai plus de médisances... Allons, je vais me remettre à l’ouvrage ; viens, Isabelle. (Elles retourlient à leur place.)
ISABELLE
Mademoiselle Justine, pourquoi donc madame Dupré ne m’envoie-t-elle jamais en ville?
JUSTINE
Parce que vous n’avez que quatorze ans.
LA MARCHANDE DE MODES
ISABELLE
Mais, Joséphine n’en a que quinze.
JOSÉPHINE
Aussi, au grand jamais, je n’y vas toute seule... il n’y a qu’ Annette et Justine qui sortent quelquefois sans compagne, encore c’est rare.
ISABELLE
Mais je pourrais aller avec une autre.
JOSÉPHINE
Sûrement; mais, en général, madame Dupré n’aime pas que des jeunesses comme nous sortent souvent.
ISABELLE
J’aimerais pourtant bien voir des dames à leur toilette... Ah, v’ià un carrosse qui s’arrête à la porte.
JUSTINE
Annette, va voir ce que c’est.
(Annette se lève et va ouvrir la porte : elle revient en riant.)
Eh bien?
ANNETTE, riant.
C’est...
JUSTINE
Qui donc?...
ANNETTE
C’est madame la baronne d’Elsac...
(Toutes les jeunes filles se mettent à rire.)
comédie. :m
ISABELLE
La dame que Joséphine vient de contrefaire?
JOSÉPHINE
Justement.
JUSTINE
Ah ça, mesdemoiselles, point de ricaneries.
MARTHE
Oh ! n’ayez pas peur.
JOSÉPHINE, bas à Isabelle.
Prends donc ton sérieux.
ISABELLE, bas.
Je ne peux pas.
JOSÉPHINE, bas.
Ni moi . . . Faisons semblant de nous moucher. . .
(Elles tirent leurs mouchoirs.)
JUSTINE
Fa voilà.
(Toutes les jeunes filles se lèvent.)
SCÈNE III. — LA BARONNE, suivie de ses gens, qui restent dans le fond du théâtre, JUSTINE, ANNETTE, MARTHE, JOSÉPHINE, ISABELLE.
LA BARONNE
Où est madame Dupré ?
JUSTINE
Madame, elle est sortie.
LA MARCHANDE DE MODES
LA BARONNE
Et ma robe, est-elle garnie?
Madame ne l’a demandée que pour lundi.
LA BARONNE
Je veux l’avoir demain absolument .
JUSTINE
Cela est impossible.
LA BARONNE
Impossible!... vous n’avez qu’à passer la nuit.
JUSTINE
Madame, ici on ne passe jamais de nuits la veille des fêtes, à cause des offices du lendemain. . .
LA BARONNE
Ah, vous ne passez point de nuits... c’est différent. . .
JUSTINE
Pardonnez-moi, madame, j’ai l’honneur de vous dire...
LA BARONNE
Allez chercher ma robe, mademoiselle, je vais la remporter. . . (Justine sort.)
ANNETTE
La jupe est toute garnie, et fait le plus joli effet. ..
COMÉDIE
Ce 11’est pas que je m’en soucie ; je ne mets pas grande attache à tout cela... mais je veux être servie avec promptitude...
ANNETTE
Si madame avait dit d’abord qu’elle voulait l’avoir pour demain, ou aurait tout quitté...
LA BARONNE
Montrez-moi des bonnets.
(Annette et Marthe se lèvent, et prennent des cartons.) JOSÉPHINE.
Madame veut-elle une chaise?
LA BARONNE
Non ; je ne compte pas faire un long établissement ici...
JOSÉPHINE, à part.
Je parie qu’elle y restera une heure.
(Annette et Marthe lui apportent un carton.
LA BARONNE
Tout cela est bien commun. . .
ANNETTE
En voici deux charmants.
LA BARONNE
Oui, comme cela, sur la main ; et puis, quand on s’en coiffera, ils iront à faire horreur.
LA MARCHANDE DE MODES
MARTHE, â part.
Je le crois bien, sur ce visage-là...
LA BARONNE
Allons, je les prends... Et des chapeaux, en avez-vous de tout faits ?
ANNETTE
Oui, madame.
LA BARONNE
Je les veux très-simples, sans prétention ; d’ailleurs ils ne sont jolis que comme cela.
JOSÉPHINE
Madame en veut-elle voir un de six louis, qui nous a été commandé.
LA BARONNE
Un chapeau de six louis ! cela doit être curieux... Comment peut-on mettre six louis à un chapeau? il faut être bien folle!
JOSÉPHINE
Pourtant, madame est elle-même bien magnifique, car nous avons eu l’honneur de faire pour elle, il y a quinze jours, une Conti en blonde, qu’elle a payée sept louis... Voici le chapeau. (Elle
îui présente un chapeau garni de Heurs et de plumes.)
LA BARONNE
C est ellroyable !... (Les jeunes filles se détournent en riant.) Pour qui est-il ?
C0MÉDI1Ï.
JOSÉPHINE
Pour madame la marquise de Lincé. . .
LA BARONNE
C’est d’une folie !...
JOSÉPHINE
Oh ! ce n’est pas elle qui l’a commandé, c’est M. son beau-père... Elle n’aime pas les chiffons chers ; elle n’a pas besoin de cela : elle est si jeune et si jolie !...
LÀ BARONNE, avec beaucoup d’humeur.
Remportez ce chapeau, et même les autres aussi; ils sont tous affreux. Je ne sais pas pourquoi j’en prends ici, car on ne les fait bien que chez mademoiselle Maillard.
ANNETTE
Ah! Voici Justine. (Justine revient tenant une jupe de robe garnie.)
LA BARONNE
Voyons, approchez-moi cela. . . Eh bien, je n’en suis pas mécontente; c’est d’un assez bon goût...
JUSTINE
Madame a demandé tout ce qu’il y avait de plus beau en blonde...
C’est fort bien, fort noble... Quelle différence
LA MARCHANDE DE MODES
de cela à une robe garnie de fleurs!... Vous m’ajouterez des glands?
JUSTINE
Oui, madame.
LA BARONNE
Je vous en ai donné l’échantillon.
JUSTINE
Ils sont déjà faits...
LA BARONNE, réfléchissant sur son jupon.
Il me semble qu’il faudrait des noeuds dans ces creux?...
JUSTINE
Eh bien, madame, on en mettra.
LA BARONNE
De quelle couleur?
JUSTINE
Blancs?...
Non, cela se confondrait avec la blonde... mais couleur de chair?. . .
JUSTINE
Ce sera très-joli.
JOSÉPHINE, à part, en haussant les épaules.
A quarante-cinq ans, porter une robe garnie de rubans couleur de rose !...
LA BARONNE
Je n’aime que les couleurs gaies; je ne puis souffrir le prune de monsieur et le puce.
COMÉDIE
JOSÉPHINE
J’entends encore une voiture qui s’arrête. (Elle va
voir.)
LA BARONNE, regardant toujours son jupon.
Quand les glands et les nœuds seront posés, ce sera véritablement charmant.
JOSÉPHINE, revenant.
Mademoiselle Justine, c’est madame la marquise de Lincé !
JUSTINE, pose le jupon sur le comptoir.
Bon!... ah! que j’en suis aise ! (Elle court à la porte.)
Mon Dieu, quels transports !... Mesdemoiselles, reportez ma jupe là-haut , et ne faites voir ma robe à personne... Allons, oii sont mes gens?...
(Elle fait quelques pas pour s’en aller, la marquise paraît.)
SCÈNE IV. — LA BARONNE, LA MARQUISE, JUSTINE, ANNETTE, MARTHE, JOSÉPHINE, ISABELLE.
LA BARONNE, à la marquise.
Enfin vous voilà revenue, madame! Oserais-je vous demander depuis combien de jours?...
LA MARQUISE
Nous sommes arrivés cette nuit. . .
LA BARONNE
Et un de vos premiers soins est de venir chez
LA MARCHANDE DE MODES
madame Dupré ; cela me paraît tout simple : au reste, à votre âge... Je vous trouve un peu maigrie...
LA MARQUISE
Je suis peut-être changée, mais je me porte à merveille.
LA BARONNE
Je me flatte que nous soupons ensemble lundi chez madame de Clémont ?
Non, madame, je n’aurai point cet honneur; je pars demain pour trois semaines.
LA BARONNE
Quoi, si promptement!... Allons, madame, je vous laisse, car sûrement vous avez de grandes affaires ici...
LA MARQUISE
Mais, madame, moi-même n’ai-je pas troublé les vôtres?...
LA BARONNE
Je n’étais venue ici que par hasard, comme vous le croyez bien...
JOSÉPHINE, à la baronne.
Madame n’a-t-elle pas dit qu’elle voulait emporter sa robe?
LA BARONNE, sèchement.
Non, gardez-la...
COMÊDIK. lai
JOSÉPHINE, prenant la jnpe qui est restée sur le comptoir.
Il faut ôter cette jupe de dessus ce comptoir.
LA MARQUISE, regardant la jupe.
Ah ! cela me paraît charmant !
JOSÉPHINE
Il y aura des rubans couleur de chair dans les creux...
LA MARQUISE
Et cette robe est à madame?...
LA BARONNE
Vous la trouvez peut-être un peu jeune pour moi; mais c’est une fantaisie de madame Dupré.
LA MARQUISE, regardant toujours la jupe.
C’est une fantaisie très-gaie. . .
JOSÉPHINE, à part.
Risible même.
LA BARONNE
Adieu, madame; je suis charmée d’avoir eu l’honneur de vous rencontrer ; mais, je vous en prie, ménagez votre santé, afin de nous rapporter cette charmante fraîcheur que l’on vous enviait.
LA MARQUISE, en souriant.
Quel prix doit-on attacher à un agrément que trois mois peuvent faire perdre?
LA MARCHANDE DE MODES
LA BARONNE
La santé est une chose si précieuse!... Mademoiselle Justine, vous direz à madame Dupré qu’elle vienne me parler demain. Adieu, madame. (Elle sort.)