SCENE X. — PAULINE, évanouie, ROSE
ROSE
Les voilà parties !... Mon Dieu, que vais-je devenir ici toute seule? Mademoiselle Pauline!... Ali, Jésus! on dirait qu’elle est morte... Et puis couchée sur ce gazon tout mouillé!... Et la pluie qui redouble... Bon Dieu, quel coup de tonnerre ! quel orage! je suis transie... Mais il n’y a pas moyen d’abandonner cette pauvre demoiselle... Si je pouvais seulement la soulever un peu... Je n’en ai pas la force... On ne l’entend pas respirer... La peur commence à me saisir... Ah! Sauveur, l’orage redouble!... Je n’ai pas une goutte de sang dans les veines!... (Elle prend une main de Pauline.) Froide comme glace... Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié d’elle!... Il fait si noir que je ne vois pas où je suis... Je voudrais l’asseoir sur le siège de gazon ; mais je ne sais où il est. . .Ah ! cette
lanterne. . . (Elle va prendre la lanler ne que la marquise avait déposée à terre, et revient auprès de Pauline.) Ciel ! comme elle est pâle!... ses cheveux sont trempés... Elle
COMÉDIE
lie peut rester ici... (Elloposela lanterne à terre, et essaie de soulever Pauline.) Il fait si glissant!... Oh! quel éclair!... Là, Dieu merci, j’en suis venue à bout.
(Elle assied Pauline sur le siège de gazon et la soutient...) Je
crois qu’elle soupire. . . Ali ! la v’ia qui se ranime. . .
PAULINE
Où suis-je?... Ma mère... où est-elle?...
ROSE
Mademoiselle... vous êtes seule avec moi, avec Rose...
PAULINE
Mon frère... qu’est-il devenu?
ROSE
Je ne sais rien de nouveau; je ne vous ai pas quittée...
PAULINE
Je l’ai dénoncé... ses jours sont en danger... Ah ! courons. . . Je ne puis. . . (Elle retombe sur le siège de gazon.)
Seigneur! la v’ià qui retombe en syncope... Mademoiselle !...
PAULINE
Ne pourrais-je mourir!... Mon frère!... On l’enlève peut-être... et c’est moi qui le livre à la
mort !... Et je ne puis me traîner vers ma mère. . .
LA CURIEUSE
Mes forces m’abandonnent... Il faut donc que j’expire ici... oubliée, délaissée...
ROSE
Que signifient ces cris?... Entendez-vous?...
PAULINE
Grand Dieu! tout mon sang se glace!... Sans doute, en cet instant on arrache mon malheureux frère des bras de sa mère désolée. . .
ROSE
Le bruit augmente. . . O ciel ! je crois qu’on force les portes du château...
PAULINE
Je ne puis me soutenir... Courez, Rose, allez savoir... allez...
J’y vais. Je reviendrai bientôt. (Elle sort et emporte la lanterne avec elle.)
SC EXE XI. — PAULINE, seule.
PAULINE
O mon frère , mon frère !... dans quel abîme je t’ai précipité !... Ma mère, cette mère si tendre, elle m’a repoussée avec horreur! je me sens accablée du poids de sa juste colère! Ali! mon oreille est encore frappée du son de cette voix redoutable et chérie !... Mais quel est ce bruit de chevaux et
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de voitures! (Un grand coup de tonnerre accompagné d’éclairs se fait entendre; Pauline se lève avec effroi; elle parcourt le théâtre avec agitation ; tous ses mouvements expriment la plus vive frayeur. Enfin elle revient tomber sur le siège de gazon. Le tonnerre cesse. Après un silence : ) La nuit...
l’obscurité profonde, cet effroyable temps... tout semble se réunir pour augmenter mes terreurs... La mort seule peut mettre un terme à mes tourments; puisse- 1— elle être aussi prompte que mes remords sont déchirants !... On vient. . .