SCÈNE III. — LA COMTESSE, LA MARQUISE
LA COMTESSE, à part.
Qu’a-t-elle à me dire? Cette visite ne pouvait être plus importune!...
LA MARQUISE
Ah! ma tante, je vous trouve enfin... J’ai grand besoin de votre amitié, de vos conseils!...
LA COMTESSE
De mes conseils!... vous m’étonnez... Vous les avez dédaignés si longtemps : mais n’importe, parlez ; si je puis vous rendre quelque service, disposez de moi.
II est vrai, ma tante, j’ai eu bien des torts envers vous... Je suis légère, inconséquente ; mais vous êtes si bonne !
LA COMTESSE
De quoi s’agit-il ?
LA MARQUISE
Je suis dans la plus cruelle situation. Je ne veux rien déguiser, ni diminuer mes torts.
LA COMTESSE
Venons au fait. . .
LA MARQUISE
Ma tante, vous me voyez au désespoir... Mes
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parents me persécutent d’une manière inouïe... Mes belles-sœurs, qui me détestent, m’ont perdue dans l’esprit de mon beau-père. ..
LA COMTESSE
Et d’où vient cette aversion de vos bellessœurs?
LA MARQUISE
De leur jalousie... Elles sont envieuses à l’excès: mes faibles succès dans le monde m’en ont fait deux ennemies irréconciliables.
LA COMTESSE
Je ne vois pas pourquoi vos belles-sœurs seraient envieuses... Elles sont jeunes, aimables; la vicomtesse surtout est charmante.
LA MARQUISE
Oh, charmante!... Si vous la voyiez le jour, son teint est affreux... et sa taille équivoque...
LA COMTESSE
Que dites-vous donc?... elle aune taille irréprochable.
LA MARQUISE
Grâce aux ressources de son corset. . . Mais entre nous, elle est bossue... Avec cela, si peu d’esprit et tant de prétentions. . . et d’une méchanceté !... J’aimerais encore mieux sa sœur; elle est assurément moins désagréable. . .
COMÉDIE. 21 5
LA COMTESSE
Sont-ce là, ma nièce, les confidences que vous aviez à me faire ?
LA MARQUISE
Il faut bien, ma tante, que je vous parle des personnes qui causent mes malheurs.
LA COMTESSE
Je vous conseille de tout employer pour vous raccommoder avec elles. Votre beau-père les aime tendrement, et...
LA MARQUISE
Elles ont eu la noirceur de me brouiller avec lui. Et pourtant à quelles démarches ne consentirais-je pas pour opérer notre réconciliation !
Ma nièce, si vous voulez de bonne foi vous raccommoder avec vos parents, je vous offre ma médiation. . . Allez passer avec eux six mois en Languedoc; cette complaisance de votre parties touchera j’en suis sûre, et vous me donnerez par-là une véritable preuve de déférence et d’amitié. Si vous le voulez, je verrai votre beau-père, et j’emploierai tous mes efforts pour vous réconcilier.
LA MARQUISE
Vous êtes trop bonne, ma tante, je vais y penser sérieusement, je vous le promets... Adieu, ma chère tante... (Elle sort.)
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LA BONNE MÈRE