SCÈNE IV. — LA COMTESSE, ÉMILIE
LA COMTESSE
Quelle mauvaise tête ! Que je plains ma sœur d’avoir une telle fille ! Mais j’entends Émilie...
EMILIE
Ma cousine est enfin partie!... j’attendais ce moment avec impatience. Maman, vous avez depuis ce matin un air sombre et rêveur qui m’inquiète... Vous ne répondez rien, ô ciel! qu’est-il donc arrivé?... (Elle lui prend les mains.) Vous soupirez... vous détournez les yeux... Maman, vous me glacez de crainte. . .
LA COMTESSE
Mon enfant... ma chère Émilie, rassurezvous...
ÉMILIE
Que je me rassure !... et vous pleurez. . .
LÀ COMTESSE, à part.
Que lui dirai-je?... Par où commencer? (Haut.) Ma fille, vous me connaissez ; vous savez que je m’affecte facilement... Je ne t’ai jamais caché les faiblesses de mon cœur ; avec toi je ne puis me contraindre...
ÉMILIE
Je ne vous ai jamais vue aussi troublée. Mon inquiétude redouble.
COMEDIE
LA. COMTESSE
Calmez-vous, ma fille, je vous en conjure... Je suis agitée, il est vrai... mais le sujet de mon trouble n’a rien qui vous doive alarmer...
ÉMILIE
Votre visage exprime la douleur. . . Vous vous contraignez... Ah! vous voulez me préparer à quelque malheur...
LA COMTESSE
Écoutez-moi, Emilie, et répondez aux questions que je vais vous faire. De tous les hommes qui viennent ici, quel est celui qui vous paraît le plus estimable ?
Maman... Le comte voudrait-il m’épouser, et m’emmener en Portugal?... Non, non, jamais...
LA COMTESSE
Il suffit, ma fille...
EMILIE
Qu’ai-je dit , maman? j’ai parlé sans réflexion...
LA COMTESSE
Votre cœur s’est expliqué. . .
EMILIE
Mon cœur !... Mon amour pour mes parents lui suffit.
LÀ BONNE MÈRE
ils
l.A COMTESSE.
Va, je le connais, ce cœur ! Ne désavoue aucun de ses mouvements... C’est votre raison et votre esprit, mon enfant, qui vous ont fait préférer le comte de Moncalde à tout autre ; il méritait h plus d’un titre d’être distingué d’Emilie. Enfin, il vous aime, il vous demande en mariage. ..
Et ne s’établit point en France !
LA COMTESSE
Écoutez-moi...
EMILIE
Nous séparer !... me ravir à ma mère !... il ne l’oserait pas ! Mais pourquoi m’alarmer?... Vous daignez me laisser ma liberté, je refuse les offres du comte; n’en parlons plus, maman, je vous en supplie.
LA COMTESSE
Vous m’avez promis de m’écouter... Emilie, vous connaissez notre situation ; je vous en ai souvent entretenue. . .
EMILIE
Oui, je n’ai point de fortune, je le sais... Eh bien, qu’importe? je ne me marierai jamais... je ne vous quitterai point... tous les vœux de mon cœur seront remplis.