SCÈNE VIII. — LA MARQUISE, CAROLINE
LA MARQUISE
Que vouliez-vous me dire, mon enfant?. . .
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INTRIGUE ET MENSONGE
CAROLINE
Mon oncle m’a chargée de vous apprendre qu’on lui propose le gouvernement qu’il désirait, s’il veut renoncer à la place qui lui a été promise pour moi. Tl a l’espoir de faire passer plus tard ce gouvernement à celui que vous choisirez pour votre fils; en attendant, il lui en donnerait tous les appointements. Ainsi, il vous prie de lui écrire surle-champ vos intentions.
LA MARQUISE
Proposer l’échange d’une place pour un gouvernement!... Que signifie toute cette intrigue?...
CAROLINE
Mon oncle désire que vous n’en parliez à personne, surtout ici.
LA MARQUISE
Je vois pourquoi : mon frère, depuis longtemps, a reçu de la baronne la promesse qu’elle solliciterait cette faveur pour lui, et il veut lui 'cacher qu’il s’est adressé à une autre personne ; je n’aime pas ce procédé... Je ne reconnais point mon frère à cette conduite mystérieuse... Au reste, je vois qu’il préfère le gouvernement; par ses services, il a droit d’y prétendre; ainsi je vais lui conseiller de l’accepter. Mais, parlons d’un objet plus important, de votre mariage, ma chère Caroline; je
COMÉDIE
trouve dans le parti qui se présente beaucoup d’avantages relativement à la fortune; mais avant tout, je désire que la famille à laquelle je remettrai ce que j’ai de plus cher soit digne de recevoir et d’adopter ma fille. Je veux surtout que vous trouviez dans cette famille des exemples de vertu, des amis, et des guides éclairés dont votre âge a tant besoin. Je n’ai rien promis, et je ne prendrai aucun engagement sans votre aveu. Vous verrez ce soir celui qui aspire à votre main, vous passerez la journée avec sa mère et sa sœur ; vous avez l’esprit juste, de la raison et une âme pure, c’en est assez pour être en état d’observer par vous-même. Examinez avec attention la baronne et sa fille ; songez que la première désire me remplacer auprès de vous, et que l’autre, si ce mariage a lieu, doit être votre compagne, votre sœur et votre amie.
CAROLINE
Maman ! qui pourrait jamais vous remplacer auprès de moi?... La belle-mère que vous me donnerez me sera chère sans doute ; elle pourra compter sur mon attachement et mon obéissance ; mais je n’aurai jamais qu’une seule mère, mon vrai guide et ma première amie, ma mère enfin ; car ce titre sacré comprend tous les autres : je ne les trouverai qu’en vous, maman, qu’en vous seule.
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LA MARQUISE
Ce sentiment de préférence est juste, il fait mon bonheur; mais enfin, ma fille, votre bellemère aura le droit de prétendre à votre confiance, à votre attachement; il faut pouvoir l’estimer, puisqu’un de vos devoirs sera de la chérir... Ce choix, ma fille, est donc également important et pour vous et pour moi. . .
CAROLINE
Ce choix dépend de vous, dois-je m’en préoccuper? Votre expérience, maman, votre tendresse pour moi, vous feront facilement pénétrer le caractère de la baronne.
LA MARQUISE
J’y mettrai tous mes soins. Pour vous, Caroline, entretenez-vous avec sa fille, tâchez de découvrir quels sont ses principes; je regarde ce moyen connue l’un des plus certains pour bien juger sa mère.
CAROLINE
Ma cousine est dans le même couvent que Laurette ; elle m’en a beaucoup parlé. . .
LA MARQUISE
Eh bien ?
CAROLINE
Laurette a une tendresse touchante pour son
COMÉDIE. 271
frère, un cœur excellent. Ma cousine m’a cité d’elle mille traits de bienfaisance et. de bonté; elle ne lui connaît qu’un seul défaut, celui de trop parler.
LA MARQUISE
Tant pis ! Ce défaut peut engendrer tant de vices!... Les médisances, les indiscrétions, les tracasseries, les mensonges, viennent souvent bien moins de la méchanceté que de ce désir immodéré de toujours parler, d’avoir sans cesse quelque chose à dire. D’ailleurs, cette dangereuse habitude enlaidit surtout les femmes, et leur ôte cette réserve , cette modestie qui leur sied si bien. Mais, nous nous oublions ensemble... 11 faut que j’écrive à votre oncle avant le dîner; passons dans le cabinet de la baronne. Venez, ma fille. (Elles sortent.)