SCENE VII
LA MARQUISE, LA VICOMTESSE, JU- LIETTE, tenant deux dominos et des
masques.
JULIETTE, rt la vicomtesse.
JVIadame, voici les habits de bal que vous avez demandés.
LA MARQUISE
Comment , des habits de bal !
LA VICOMTESSE
ïl y a aujourd'hui bal de l'opéra.
LA MARQUISE
Hé bien f
LA VICOMTESSE
Hé bien , mon cœur , nous allons y aller.
Ail! je vous jure, par exemple, que je n'en ferai rien.
LA VICOMTESSE
Mais , écoutez donc , je ne veux rentrer chez moi très-décidément qu'à cinq heures du matin. H est une heure, que voulez -vous que nous fassions d'ici là ?
LA M ARQUISE.
Tout ce que vous voudrez 5 pour mot je vous déclare que je vais me mettre dans mon lit.
LA VICOMTESSE
Bon, je connois cela, c'est votre manière^ vous commencez toujours par refuser
LA MARQUISE
Tous ne me reprocherez plus ma foiblesse, car je vous promets désormais de persister dans ma résistance.
LA VICOMTESSE
jy consens ^ mais pour aujourd'hui cela seroit trop cruel 5 je ne puis rentrer chez moi, vous le savez bien.
LA MARQUISE
Hé bien, je vous offre un lit.
LA VICOMTESSE
Moi , me coucher ^ moi , dormir dans l'agitation où je suis ?
LA MARQUISE
Vous me persuaderez qu'il n'y a de repos pour vous qu'au bal.
LA VICOMTESSE
Ce sera du moins une distraction, et j'en ai grand besoin.
JULIETTE, à part.
Comme cela est louchant 1
LA VICOMTESSE
J'en fais juge Juliette Écoutez , ma
chère Juliette, j'ai une raison... une trèsforte raison qui m'empêche de rentrer chez moi.
JULIETTE
Je la sais, madame, cette raison.
LA VICOMTESSE
Comment )
JULIETTE
Mademoiselle Henriette, votre femmede-chambre, que j'ai vue ce soir pour la seconde fois de ma vie, m'a conté, avec le plus grand de'tail , tout ce qu'elle a eu l'honneur de vous dire ^ et comme elle ne m"a pas demandé le secret, il m'est permis , madame , de vous avertir de ne pas trop compter sur sa discrétion.
Mais où trouver une femme- de -chambre discrète ? Voilà la sixième à laquelle je donne ma confiance , j en ai déjà renvoyé cinq-, je ne peux pas mieux faire. Enfin, vous voyez bien , Juliette , qu'il vaut bien mieux aller au bal, que d'attendre ici le jour, et de nous ennuyer à mourir... Allons , habillez votre maîtresse.
LA MARQUISE
Mais c'est une persécution inutile.
JULIETTE, bas à la marquise.
Vous ne pourrez , madame , vous en débarrasser qu'à ce prix.
LA MARQUISE, bûs à Julictte.
Cela est insupportable.
LA VICOMTESSE
Je VOUS assure que je n'ai guère plus d'envie que vous d'aller au bai.
LA. M A n Q U I s E.
Oui, c'est par raison que vous vous faites
cet effort^ en vérité, cela est héroïque!
Mais, écoutez, je veux bien vous y suivre...
LA VICOMTESSE, ai'cc transport.
Ah, charmante personne!... Mon cœur, que je vous aime!...
LA MARQUISE
Mais à condition que si vous y trouvez une femme de votre connoissance, je vous laisserai avec elle, et que j'aurai la liberté de m'en aller.
LA VIC0 3ITESSE.
Yoilà qui est dit... de tout mon cœur ^ oh, cela est trop juste! Allons, allons, habillons-nous.
JULIETTE, à la vicomtesse.
Madame, voulez-vous passer votre habitf
LA VICOMTESSE
Volontiers ( Elle s'habille. ) Nous
aurons de bonnes figures là-dedans...
COMÉDrE. ^Sg^
LA MARQUISE, ri part.
Quelle folie!... quelle inconséquence!.... Mais du moins son éducation lui sert d'excuse... On ne doit que la plaindre...
JULIETTE, à la marquise.
A vous, madame, à préserrt. (^Elle habille la marquise. )
LA VICOMTESSE
On m'a dit que le bal seroit superbe ce soir.... Je crois que j y serai aimable.... Où sont donc nos masques?... Ah, les voilà.... Je prends celui-ci... De'pêchez-vous donc, petit chat... Ah, vous êtes charmante comme cela!... Le drôle d'habit... C'est joli de se de'guiser... Et notre coiffure P...
Elle est là...
LA MARQUISE
Mettons d'abord nos masques. (Elle met son masque. )
LA VICOMTESSE
De'pêchez-vous donc, chère Juliette...^ les pieds me brûlent... Voilà justement ITieure où le bal est ravissant... Allons ,
f,go LES DANGEPxS DU MONDE, allons , de la diligence. ( Elle met son masque. )
LA MARQUISE
Quelqu'un vient.... Voyez ce que c'est -, Juliette...
JULIETTE
Eh, mon Dieu! madame...
LA MARQUISE
Quoi donc?
JULIETTE
Je crois entendre la voix de madame Dorizëe.
LA MARQUISE
O ciel!
JULIETTE
Je ne me trompe point , c'est elle-même.
Je tremble.
LA VICOMTESSE
Quel fâcheux contre-temps !...
j uLiETTE, à part.
Voilà, pour le moment , une terrible apparition.