DORINE, LUCIE
LUCIE
E cro3^ois ma tante ici.
DORINE
Elle en sort dans l'instant, et m'a char-
ée de vous dire que si vous preniez bien
'toutes vos leçons , elle vous mèneroit à Fope'ra.
LUCIE
Aujourd'hui.
Oui.
LUCIE
Et c'est Topera nouveau ?... Ah ! je suis charmée. Mon Dieu , que n'ai-je su cela plus tôt !
Pourquoi ?
LUCIE
Oh , c'est que je suis coifFe'e à faire horreur... et ma robe neuve... je ne l'aurai que demain. Gela est piquant , vous en conviendrez.
De quelque manière que vous soyez , n'êtes- vous pas toujours sûre de plaire \'
LUCIE
Et d'ailleurs , c'est une plaisanterie.... j'attache si peu de prix à toutes ces choses là ! Trouvez-vous cet habit bien garni ï
Il est charmant.
LUCIE
Oui , mais il a un peu perdu de sa fraîcheur,... J'aime mieux le couleur de rose que j'avois hier. Qu'en pensez-vous ?
Moi , celui que vous portez me paroît toujours le plus joli.
LUCIE
J'aurois le temps de me rhabiller avant le dîner.
D o RINE.
El nos leçons ?
LUCIE
Cela est vrai,.. Allons, allons, je resterai comme cela ^ aussi bien c'est autant de peine epargne'e , et je hais la toilette à la mort.,. Hé bien , que ferons-nous ?
D o R I NE.
Mais , votre maître de danse va venir , et quand vous aurez dansé nous dessinerons et nous jouerons du clavecin.
LUCIE
Oh , pour danser aujourd'hui , cela m'est impossible ^ j'ai mal dormi , je suis
COMEDIE. igi
d'une lassitude à ne pouvoir me soutenir sur mes jambes.
Mais asseyez-vous. ( Elle lui approche un fauteuil ^ Lucie s^ assied , et s'étend nonchalamment. )
LUCIE
J'ai réellement une courbature affreuse.
En effet , vous avez Tair abattu.
LUCIE
Tout de bon , fous me trouvez change'ef
Extrêmement.
LUCIE
Cela tient peut-être aussi à la manière dont je suis fagote'e... Oh! voilà qui est de'cidê , je me ferai sûrement recoiffer pour l'opéra... Ma tante ne donne-t-elle pas à déjeuner ce matin ?
IJ o R I N E.
Oui. Il y a une lecture.
Oh! quand je serai mariée , j'aurai des
lectures aussi , et des déjeuners... Cela est charmant , un déjeuner !...