‹ Théatre d'éducationChapitre 98 sur 130 · SCENE xn · texte numérisé non relu

SCENE xn

PAULirsE, ROSE.

ROSE

JMademoiselle !...

PAULINE

Hé bien ?...

ROSE

Bonne nouvelle , bonne nouvelle.

Dieu!... mon frère... achevez...

ROSE

Où êtes-vous donc ? Il fait si noir !...

PAULINE

Approchez... ( Elle fait quelques pas, ) Mon frère, où est-il f...

ROSE

Tout est fini, tout est raccommodé...

PAULINE

Est-il possible? Ne m'abusez-vous pointf.,.

ROSE

Ils sonl tous contens... J'ai vu de mes deux yeux M. le baron de Sënanges embrasser en pleurant M. le chevalier...

PAULINE

Mon frère f...

ROSE

Oui, lui-même. Ah! ce n'est pas là tout... Mais vous chancelez ^ mon Dieu , vou$ allez tomber!...

PAULINE

Ah! Rose, ma chère Rose, embrassezmoi ij hélas ! je n'ai que vous qui puissiez partager ma joie et ma douleur !...

Asseyez-vous donc , mademoiselle, vous êtes toute tremblante...

PAULINE

Le baron de Se'nanges embrasse mon frère !... Eh ! quelle cause miraculeuse a donc pu produire cet heureux changementf

ROSE

Ce fils de M. le baron n'est pas tué... tout au contraire , il se porte mieux que M. le chevalier ^ il est arrivé tout d'un coup au moment môme où son père alloit partir , malgré les pleurs et les gémissemens de madame...

PAULINE

Ah ! Dieu !... Mais ce jeune homme est donc ici f ...

ROSE

Pardi , sûrement qu'il y est... et le plus beau de l'histoire , c'est que c'est notre écrivain.

PAULINE

Comment ?

ROSE

Eh oui vraiment, c'est lui qui écrivoit

à mademoiselle Sophie ^ il l'aime. Il en avoit entendu parler à Valenciennes : dès ce lemps-là sa re'putalion lui avoit touché le cœur^ et puis après s'être battu ici près, il est resté sur la place sans connoissance , pendant je ne sais combien de temps , et puis des paysans Font emmené chez eux 5 il leur a donné bien de l'argent pour garder le secret, et puis là il a encore entendu parler de mademoiselle Sophie ^ enfm , il a guéri promptement , parce que sa blessure n'étoit pas dangereuse j et l'envie de voir mademoiselle Sophie l'a fait courir les champs aussitôt qu'il a pu marcher ^ enfin il Ta vue , Ta écoutée , lui a écrit , et puis il est venu se jeter aux pieds de son père , et lui conter tout cela.

P A. Tj L I N E.

O ciel ! quel heureux dénoiiment!...

Mais , comment avez-vous pu savoir tous ces détails f ...

ROSE

J'ai questionné tout le monde , et puis je suis entrée jusque dans le salon , où j'ai vu et entendu tout ce que je vous raconte j

les portes sont toutes grandes ouvertes^ les maîtres , les doiiiestiques , toute la maison est là rassemble'e... J'ai vu madame entre les bras de mademoiselle Sophie et de mademoiselle Constance , qui éioit prête à se trouver mal de joie, en regardant M. le baron de Se'nanges et son fils qui embrassoientM. le chevalier... Oh , que ce jeune M. de Sënanges a bonne mine ! il est aussi joli que M. le chevalier. On dit qu il a eié bien surpris quand il a su qu'il s'e'toit battu contre le frère de mademoiselle Sophie ^ il en pleuroit comme un enfant -, enfin à présent il est bien heureux , car madame et M. le baron ont donné leur consentement , et la noce se fera demain.

Ma mère !... Croj'^ez-vous , Rose , quelle vous ait remarquée ?...

ROSE

Oh non, j'étois derrière tout le monde, cl puis elle ne voyoit que ses enfans ^ j'enlendois qu'elle disoit : Ah y que je suis une heureuse mère /...

PAULINE

Elle oublie que je suis sa fille!... Mon cœur est de'chire'... Cependant à pre'sent je suis la seule à plaindre. Délivrée des mortelles inquie'tudes qui me dévoroient, pourquoi donc mes larmes coulent-elles toujours avec la même amertume?... Ma mère, dans les bras de Sophie et de Constance, ne se souvient même pas que la

malheureuse Pauline existe ! Rien ne

manque à son bonheur , et cependant elle a laisse' sa fille infortune'e sans secours et mourante.... Voilà don^c à quel excès de dureté j'ai pu conduire par mes fautes la plus indulgente et ia meilleure des mères.. Aiïreuse et terrible leçon !... J'avois la plus tendre des mères , j'e'lois la sœur la plus chérie, et maintenant, oubliée, délaissée, je suis moins qu'une étrangère pour ma famille !.... Hélas ! je dois gémir de mes malheurs 5 mais je ne puis m'en plaindre , ils sont tous mon ouvrage.

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