‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 10 sur 84 · XXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT-PROPOS

pour que la fiction ne soit pas évidente, et parfois même d'une manière ridicule. J'ai pour cette seconde méthode une particulière prédilection. Ainsi, ce qui me semble surtout effrayant dans Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume, ce n'est pas la lutte entre les fous et les deux journalistes, ni la vue du cadavre du directeur : c'est toute la scène où les journalistes croient avoir vraiment affaire au directeur de l'établissement, alors qu'ils ont devant eux les fous le plus dangereux; c'est l'arrivée des autres fous qui se rangent autour de leur chef; c'est l'inquiétude grandissante des journalistes devant les bizarreries de ces personnages ; c'est l'action, sur les fous, de l'orage commençant : et, pourtant, rien de tout cela n'est violent, brutal... Mais nous avons peur de tout ce que nous devinons, et qui nous est caché.

On se rappelle le sujet de : Au Téléphone. Un mari, obligé, pour affaires, de s'absenter brusquement de chez lui, téléphone, pendant son voyage, à sa femme pour avoir de ses nouvelles ; sa femme lui dit son angoisse : seule dans une maison de campagne très isolée, avec une vieille domestique et son petit garçon, elle vient d'entendre des bruits inquiétants, des pas dans le jardin... Le mari s'affole. Voilà qu'une main ouvre les volets — un homme pénètre dans la chambre. La femme pousse un cri — on la tue. Et tout demeure invisible, rien n'est montré.

AVANT-PROPOS xxiii

Au premier acle, c'est, à la tombée du jour, le <îépart du mari, par le mauvais temps, sous la rafale ; un gamin de sinistre figure vient chercher le seul domestique mâle, sous prétexte que sa mère, domiciliée dans un autre village, est très malade. La femme reste seule avec sa vieille bonne, et, malgré elles, une peur instinctive et mystérieuse les domine... Le vent souffle, les murs craquent, les chiens aboient... Il n'y a, pour éclairer la pièce, que la faible lueur d'une lampe... Rien de terrible ne se passe, et, pourtant, tout est effrayant.

Il ne faut pas se dissimuler, cependant, qu'on contribue beaucoup, non pas à faire naître la peur, mais à l'augmenter par ce qu'on appelle les Jeux de scène, effets de lumière, orage, sifflement du vent, cris vagues de rôdeurs ou râles de blessés, etc., etc., jeux de scène dont la mise au point exige une grande habileté et une grande sûreté. Je me souviens que, pour La Dernière Torture^ au Grand-Guignol, on avait songé, un moment, à faire jouer par un phonographe la charge qui, à la fin de l'acte, annonce l'approche libératrice des troupes alliées. A l'une des dernières répétitions, on installe l'appareil dans la coulisse, et, au moment nécessaire, on le fait marcher. Ne voilà-t-il pas qu'on entend ces mots, épouvantablement nasiliés : « La Charge, exécutée par la musique de la Garde républicaine^ sous la direction de M. Parés! » Et, aussitôt, les premières mesures de l'air.

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