‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 27 sur 84 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, MARBOIS, LA MALADE

MARBOIS, allant à la malade et la prenant par le bras.

Qu'est-ce que c'est que cette malade? Une hystérique?

BERNARD

En effet, monsieur...

MARBOIS, se retournant vers les internes qui sont assis sur les chaises

Vous voyez, messieurs, comme on peut faire son diagnostic, rien qu'en voyant ces rubans, cet air, cette tournure... Ceci, c'est de riiystérie coquette et gaie... Eh bien I qu est-ce qu'elle a?

BEKNAHD

On s'est aperçu hier qu'elle a un épanchement pleurétique du côté droit.

(Bernard est assis k la table et a regardé le cahier de service.) MARBOIS

Tiens! tiens! (A la malade.) Voyons, dégrafe -toi. (A rinfirmière.) Aidez-la, mademoiselle... Comment diable a-t-elle attrapé ça?... Les salles sont pourtant bien chauffées... Quelque imprudence sans doute... (Voyant

que la malade va retirer complètement son corsage.) PaS tant... paS

tant... (A Nicoio.) Vous avez tout ce qu'il faut?

MCOLO, qui, à la petite table du fond, prépare les instruments.

Oui, maître.

xj(t THEATRE D'EPOUVANTE

MARBOIS, aux internes.

Messieurs, nous allons faire devant vous une petite ponction exploratrice dans la plèvre et je saisis celle occasion de vous montrer...

LATOUH, à mi voix, se touroant vers l'étudiante.

... Une poitrine épatante.

(L'étudiante, offusquée, détourne la tête. — Gasquet lui fait signe de se taire.)

MAHliOIS, continuant.

... la méthode de noire excellent collègue Dutilleui ({ui aTavautage d'une asepsie rigoureuse...

LA MALADE, montrant le haut de son épaule droite.

C'est là!

MARBOIS, tâtant, auscultant.

Je vois bien que c'est là... Tu as de l'eau dans ta plèvre et ça le gêne quand tu veux respirer pro ion dément?

(II fait le simulacre de respire LA MALADE

<'ui, docteur...

MARBOIS

Eh î bien, nous allon«< t'enlever ça en deux minutes...

Appelant.) Nicolo...

NICOLO, s'approchant avec une petite seringue à la main.

Voilà, maître!

(Marbois prend la seringue.)

UNE LEÇON A LA SALPÉrRIÊRE 67

BER>fARD, qui, pendant ce temps, s'est levé, à Bernier.

Passez-moi réther.

(Dernier lui passe l'éther et le coton hydrophile qui se trouve sur la petite table. Bernard tamponne la place où la malade va être opér/'c.)

LA MALADE, apercevant la seringue, à Marbois.

Oh! monsieur, vous n'allez pas me faire mal...

(Elle recule.) MARBOIS

Dame, ma fille... tu as du courage, n'esl-ce pas?

LA MALADE

Oh] pas du tout!... Monsieur le docteur, je vous eiï pri»% lii'. me failes pas souffrir.

MAliUOIS, la contrefaisant avec bonté.

« .Monsieur le docteur, je vous en prie... » Qu'est-ce que tu faisais avant d'entrer ici?

LA MALADE, simplement.

La noce.

MARBOIS

Tu vois bien que tu as du courage ! (Tous les internes mènent à rire. A linfirmière:) Est-CC qu'clIC CSt hypnotisable?

l'infirmière Oui, monsieur...

MARBOIS

Nicolo, endormez-la

LA MALADE

J'aime mieux ça...

(L'infirmière prend la malade dans ses bras. Nicolo l'endort, pendant que Marbois va vers les internes.)

MARBOIS, aux internes.

Au lieu de chloroformer, nou.s employons l'hypnotisme... Surtout chez les sujets de ce genre... Vous voyez que ça sert à quelque chose d'être hystérique!..

(On rit de nouveau.)

l'Étudiante, k mi-voix.

Quel esprit il a!

marbois, à Nicolo, qui finit d'endormir la malade.

Ça y est? Assurez-vous qu'elle est insensible.

NICOLO, piquant la malade à Tavant-bras avec une épingle.

Oui... complètement.

marbois

Parfait. (Il passe derrière la malade et lui fait une piqûre de serinpuo k l'épaule droite. Pendant cette opération, «'adressant à Bernard.)

Bernard, vous avez de l'acide nitrique...

BERNARD, prenant un flacon sur l'étagère et lisant.

« Acide sulfurique ».

MARBOIS

Ça ne fait rien... Ça reviendra au même... Donnezmoi un verre. (Bernard prend un verre, le tend à Marbois, qui y

Terse le contenu de la seringue.) L'acide sulfuriquG mainte- Dan t. (Il prend le verre des mains de Bernard et lui passe la seringue vide. Bernier, pendant ce temps, a pris le flacon des mains de Bernard et

le débouche.— Aux internes.) Le vitHol ne scrt pavS Seulement à régler les affaires d'amour, il a des applications en médecine. Vous allez voir se former un précipité blanc, floconneux, réaction caractéristique de l'albumine. (A Bernier, tendant le verre.) Versez... faites attention de ne

pas me brûler... (Bemier verse avec précaution. Alors, on voit dans le verre se former un précipité blanc.) Ça y eSt| Ça SUfnt... (Montrant le verre.) Voyez, meSSieUfS...

(Il passe le verre aux internes ; ceux-ci l'examinent. Bernier repose le flacon d'acide sulfunquo débouché sur la table du tond.)

LES INTERNES, se faisant passer le verre les uns aux autre*.

Très bien... Très net.

MARBOIS

Nicolo, réveillez la malade...

NICOLO, à Bernard.

Le collodion?...

BERNARD

C'est fait!

(Pendant que Marbois faisait sa réaction chimique, Bernard a repris du coton et a nettojé l'endroit où avait été faite l'opération.)

MARBOIS

Donnez-moi de quoi me laver les mains... (Bernard ▼«

chercher la cuvette, la porte sur la petite table. Marbois se lave les mains

ots'esBuietouten parlant.) Maintenant, messieurs, nous allons passer à autre chose... (A Nicoio.) Elle est réveillée?

(Nicole, pendant ce qui précède, a réveillé la malade, qui regarde autour d'elle en se frottant les yeux, l'air étonné de se retrouver là.)

NICOLO

Oui, maître.

MARBOIS, à l'infirmière.

Reconduisez-la dans sa salle et faites-la coucher..,

l'infirmière, après avoir aidé la malade à remettre son corsage, l'entraînant vers la droite.

Venez...

LA MALADE, ne se rendant pas compte de ce qui s'est passé.

Ah! — et mon opération?...

MARIJOIS

11 y a longtemps qu'elle est terminée, mon en'ant..

LA MALADE

Comment, je ne compr^ nds pas...

MARBOIS, lui faisant signe de s'en aller.

Allez! allez! vous comprendrez plus tard! Nous sommes pressés.

LA MALADE, sortant, soutenue par l'infirmière.

Ahl ça, c'est épatant!... Comment, c'est déjà fait? Vous êtes sûre?... C'est pas une blague...

(Elle sort à droite, avec l'infirmière.)

MARBOIS, qui s'assied à la table, après s'être débarrassé de son pardessus, que > icolo a été accrocher ait porte-manteau.

Vous savez, messieurs, qu'en ce moment, il se déroule devant h Cour d'assises de la Seine un procès

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sensationnel, dans lequel rhypnotisme et la su i- gestion jouent un rôle capital. Messieurs les juges et messieurs les avocats ont été appelés à donner leur avis sur ces graves questions — question que nous étudions ici — et ils ont ainsi prouvé une chose : c'est qu'ils n'en connaissent pas le premier mot. .

(Approbation parmi les internes.) Je VaiS VOUS démontrer d'a-

bord, par une expérience, que la suggestion criminelle existe, et qu'il nous est relativement facile, à nous médecins, de la provoquer. Ensuite, nous nous occuperons de savoir à quelles discussions ces expéîi»'nces ont donné lieu en France et à l'Étranger. (L'in-

lirmière rentre à ce moment et se tient près de la porte.) Je me Servirai aujourd'hui d'un sujet quelconque pris au hasard des entrées d'hôpital. Nous ne manquons pas d'hystériques ici; il y en aura, d'ailleurs, tant qu'il y aura des

femmes! (Feuilletant le cahier de service.) VoyOUS... Salle

Sainte-Catherine... Saint-Guillaume... (Nicoio, penché sur

son épaule, lui désigne un numéro.) Oui... (A l'infirmière.) Ameuez-

moi donc le u^S...

l'infirmière La malade vient d'être opérée d'un fibrome.

MARBOIS

Ah!... diable!... alors... voyons... Ah! bien, tenez... la nouvelle... le 5...

(A ces paroles, Nicole a tressailli légèrement. — L'infirmière sort à droite.)

NICOLO, à Marbois.

Le 5?... Mais...

MARBOIS, le regardant.

Quoi donc...

NIGOLO, se resatsissant ainsi que Bernard.

Rien...

IIARBOIS, aux internes.

La malade qui va vous être présentée est une jeune (ille de dix-huit ans, entrée il y a un mois dans le service. (Il se lève et marche.) Grâce au traitement méthodique que je lui ai fait appliquer, ses attaques ont considérablement diminué, mais elle reste hystérique et, par conséquent, hypnolisable... Je vous préviens aussi que cette jeune fille est très impressionnable ; je vous prie de garder un silence absolu pendant toute la durée de 1 expérience.

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