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SCÈNE V Les Mêmes, LINFIRMIÈRE, CLAIRE

l'infirmière, entrant.

Elle est là 1

MARBOIS

Faites-la entrer... (impatient^.) Allons I allons! Le médecin n'est pas à la disposition des malades, ici!... Pourquoi se fait-elle attendre?

l'infirmière, qui est revenue près de la porte, apercevant Claire.

La voici.

(Claire paraît à la porte et s'arrête sur le seuil. A sa vue, Nicoio a fait quelques pas vers le fond et s'est dissimulé derrière Bernard et Bernier.)

MARBOIS

Avancez! Allons! Avancez I

CLAIRE, farouche, regardant autour d'elle-

Qu'est-ce qu'on veut me faire?

MARBOIS

Aucun mal... Remettez-vous et ne tremblez pas j comme ça...

CLAIRE, avançant de quelques pas.

Je ne tremble pas, mais je veux savoir ce qu'on va me faire.

MARBOIS, avec hauteur.

Ça ne vous regarde pas.

CLAIRE, élevant la voix.

Pardon, ça me regarde!

(Mouvement d'étonnement chez les internes.) MARBOIS, ironique.

Oh! ohl vous êtes mal lunée ce matin, (a l'infirmière.) Qu'est-ce qu'elle a donc?

l'infirmière, haussent les épaules.

Quelque lubie, comme elles en ont toutes...

MARBOIS

C'est bien ça... une lubie... (Aux internes.) Nous vous avons monlré tout à l'heure un exemple d'hystérie insouciante et gaie... (Montrant ciaire.) Voici de l'hystérie

sombre, méchante... (a rinfirmière.) Elle ne rit jamais dans le service?

l'infirmière Elle est comme une sauvage I

(L'inlinnière va à Claire qui a la tète baissée et essaie de la hi. relever; Glaire s'en défend énergiquement.)

MARBOIS, à l'infirmière.

Lai'-sf^z-la; je me charge de lui faire entendre

raison. (L'infirmière quitte Claii'e et se retire au fond, près du poêle. —

A Glaire.) Écoutez-moi, ma petite... Vous savez qu'il vous prend de temps en temps des crises convulsives terribles, où vous perdez connaissance et où vo'as faites les quatre cents coups?

CLAIRE

Oui, monsieur.

MARBOIS

Eh bien, c'est ça que nous voulons guérir.

GLAIRE

Guérir... Si vous le pouvez!

MARBOIS, avec force.

Vous devez vous abandonner complètement à nous car vous n'avez d'espoir qu'en nous; c'est de nouî que dépend votre santé et votre maladie, votre vie e' votre mort; et quand nous avons l'intention, commf c'est le cas, de vous soumettre à une expérience

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CLAIRE, se redressant soudain et avec colère.

Vos expériences! Ahl non, non, mille fois non! J't'n ai assez de vos expériences... Je ne suis pas entrée à l'hôpital pour servir à ça... Non, non.

iMARBOIS, essayant de l'apaiser.

Voyons, voyons!

CLAIRE, continuant.

C'est à cause de vos expériences que je suis aujourd'hui estropiée...

MARBOIS, la regardant, étonné.

Estropiée!...

CLAIRE

Oui, estropiée pour le restant de ma vie. (Criant piu» fort.) Vous avez fait de moi une malheureuse, une infirme, une loque... Mais je vous le ferai payer... Ah ! oui, vous paierez un jour tout le mal que vous m'avez fait.

MARBOIS, à Bernard.

Est-ce la malade dont vous m'avez parlé hier soir?

BERNARD

Oui, monsieur, c'est elle...

MARBOIS

Ah! je comprends... (Aux internes.) Messieurs, je suis bien aise de vous rendre témoins de ce petit incident... Vous aurez plus tard dans votre clientèle à soigner des hystériques. Il est bon que vous vous mettiez en

lo TilEATRE DÉI^OUVA^TE

garde contre leurs dires, leurs imaginations et même leurs tentatives de chantage...

CLAIRE, protestant avec fore*.

Du chantage, moi!

MARBOIS, continuant.

Cette malade prétend, sans du reste le prouver en aucune façon, qu'elle a été victime de Tun d'entre

vous... (Rumeurs parmi les internes.) qui aurait tenté SUF

elle une expérience des plus dangereuses...

CLAIRE, s'avançant vers Marbois.

Je le dis parce que c'est vrai...

MARBOIS, durement, élevant la voix.

Vous le dites parce que vous êtes hystérique et que le mensonge est une des formes de l'hystérie... Vous le dites parce que, dans je ne sais quel but, vous voulez faire du scandale et attirer l'attention sur vous.

GLAIRE, indignée.

C'est faux.... C'est honteux de dire çal

MARBOIS

Messieurs, il y a six mois, à Laënnec, une fillette de quinze ans prélendit avoir été déflorée dans le service par un externe... l'examen révéla que cette vierge avait déjà eu deux gosses...

(RirM parmi les internes.)

UNE LEÇON A LA SALl^ÉTlUÉRE 77

CLAIRE

C'est possible.. Mais moi je ne mens pas...

BERNARD, se levant.

Je crois, en effet, monsieur...

MAKBOIS, à Bernard, très sèchement.

Oui, c'est entendu... Vous avez constaté la contracture... Mais à quelle cause est-elle due?... D'ailleurs, en voilà assez!... Nous sommes ici pour travailler... Qu'on endorme celte femme!...

CLAIRE, courant vers la porte de gauche pour s'enfuir.

Je ne veux pas qu'on m'endorme...

(L'inflrroiôro la rattrape et lui barre le passage.) MARBOIS

Nous vous endormirons malgré vous...

CLAIRE, maintenue par l'infirmière cl se d liLtl.tnt.

Je ne veux pas... Je ne veux pas...

MAHBOIS

Nicolo, endormez cette malade...

(Nicolo, qui s'était assis près du poêle, dos au public, se lève, hésitant, ennuyé.)

CLAIRE, criant.

Vous n'en avez pas le droit... Les malades ne sont pas des animaux dont on fait ce qu'on veut !

78 THÊATIIE DÉPOUVANTE

LUCIEN, à mi-voix, dans le groupe des internes.

Elle a raison !

MARBOIS, furieux.

Qu'est-ce qui se permet?... Celui que ça gêne n'a

qu'à sortir!... (Se tournant vers Nicolo encore caché par Bernier ei

Bernard.) Allons, que ça finisse... Vous m'avez entendu, Nicolo!

(Après quelques hésitations et sous les regards de tous, Nicolo marche vers Claire qui tourne obstinément sa figure du côt<* opposé pour ne pas être endormie.)

CLAIRE

Je ne veux pas... Non... Non... (L'infirmière lui prend la tête et la force à se retourner. A ce moment, Glaire reconnaît Nicolo et pousse un cri de rage.) Ah !... (Le montrant à tous du doigt.) C eSt

lui!... C'est lui!... Misérable!...

NICOLO, reculant, très pile.

Qu'est-ce que vous avez?

(L'infirmière retient Claire qui s'avance sur lui, menaçsote.) CLAIRE, se débattant.

Ah! c'est toi...

NICOLO, haussant les épaules, et d'an ton de voix angoissé quoique railleur.

Cette fille est folle... je ne sais pas ce qu'elle me veut!

CLAIRE, le fixant dans les yeux.

Ose dire que je mens... que ce n'est pas toi qui m'as estropiée...

(Elle montre son bras droit paralysé.)

UNE LEÇON A LA SALPÉî'iU.TiE 79

NICOLO, essayant do cacher à tous son trouble.

i| Mais je ne vous ai jamais vue...

MARBOIS, 'nervé par la scène.

' Allons, emmenez-la... c'est un scandale!

(L'infirmière aidéo du garçon de salle qui, pendant tout cet acte, était dans le fond de la salle, à droite, la prennent à bras-le-corps.)

NICOLO

', Oui... elle est folle... il faut la faire enfermer...

(Rumeur parmi les internes qui se sont levés.) GLAIRE, se débattant pendant qu'on essaye de l'entraîner.

I M enfermer! Qu'est-ce que tu dis? m'en fermer!... ^ui, pour m'empêcher de parler... de te punii... Et ^oi, tu continueras tes expériences sur de pauvres îlles comme moi !... Mais ça ne se passera pas comme

;a... je me vengerai... (En se débattant, ellosest accrochJe à la *elile table. Elle a aperçu soudain le flacon d'acide sul''uriqu<j. Ayant iéussi à échapper des bras de ceux qui la tiennent et, avant que personne it pu l'en empêcher, elle s'en saisit et en jette le contenu à la figure

,io Nicole.) Tiens... salaud!...

MAHBOIS, qui ne s'est pas rendu compte de ce qu'elle faisait.

Qu'est-ce qu'elle a fait?

NICOLO, la figure inondée de vitriol.

Ah!...

(Il pousse un cri terrible et tombe comme une masse sur le sol L'infirmière aidée du <,rarçon de salle ont repris Glaire et remportent. Les internes courent à Nicolo, l'entourent.)

CLAIRE, pendant qu'on l'euiraîiie de force, hurlant.

Tu m'as estropiée, je te déiigure...

80 THEATUE D'ÉPOUVANTE

UARBOIS, & Bernard.

Qu'a-t-elle pris sur la table?

BERNARD

^ dcide sulfurique !

MARBOIS, épouvanté, se précipitant vera Nicolo.

Nom de Dieu!...

NICOLO f soulevé par Bernier et Gasquet, les mains sur sa fi^re, hurlant.

Oh ! je souffre... je souffre...

BERNARD, aux internes qni sont autour de lui.

Vite!... des compresses...

NICOLO, pendant qu'on va chercher de Teau et tout ce qu'il faut pour laver sa figure.

Ça me brûle I

LATOUR, aux autres internes.

Oui, des compresses d'ammoniaque...

NICOLO, montrant alors un visage horrible, tout rongé par l'acide, hurlant dans d'épouvantables convulsions de douleur.

Ahl... Je souffre!... Ah!... Ça me brûle!... C'est horrible... Achevez-moi... Achevez-moi...

(On le transporte et on l'assied sur une chaise.)

ILARBOIS, aux internes qui vont et viennent comme des ton» sans savoir ce qu'ils font.

Voyons, messieurs, ne nous affolons pas... (Très ému,

mais reprenant son autorité de professeur et, malgré lui, parlant comme

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s'u faisait un cours.) Il faut lout de suite neutraliser l'acide, r(3mpêcher de pénétrer dans les tissus,.. Dans des cas semblables, on eiuploie généralement une solution alcaline... et de prétérence la potasse, dont les propriétés...

(Et le rideau bais«e It-ntement pendant qu'il pnrle encore et qu'on •nteud les effroyables cris do douleur de iNicoio, soigné par les internes groupes autour de lui.)

DRAMli EN DEUX TABLRAUX Kn collaboration avec M. ALFRED BINET

Représenté pour la première fois,

iur la scène du Théâtre du Grand Guignol,

It 47 mai 1905.

Copjrig^ht 1906.

PERSONNAGES

JEAN DESMARETS, 32 ans MM. Gougbt.

LE DOCTEUR MERCIER, fiO ans, officier de la Légion d'honneur . . . BrssT.

RERNARD, son secrétaire Biuzard.

LEROY, 70 ans Ratinead.

UN DOMESTIQUE Dlrel.

MADAME VEUVE DESMARETS, M»" Baillt.

65 ans

MARTHE DESMARETS, 28 ans . . . Davyl.

PIERRE DESMARETS, 5 ans ... . Pbtit Rouoé.

MADELEINE DESMARETS, 8 ans. . Petite Rouo4.

UNE BONNE Aléza.

UNE GOUVERNANTE Luct.

l^ i" tableau se passe à Paris; le i* à Melurt

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