X L*HOMME QUI FAIT PEUR
les cardinaux, les mousquetaires, tous les portecape et porte-épée de l'histoire; Jules Verne avec les bateaux explosifs, les canons qui aboient à la lune, les cavernes à serpents et tous les automates du Conservatoire des arts et métiers. Mais tous les trucs d'autrefois sont éventés.
Faut-il conclure à la fin de la peur, qui serait la fin du théâtre? On nous écrit d'Angleterre que Ton installe un golf sur la lande du roi Lear. A Paris, Barbe-Bleue revêt les guêtres blanches du vieux marcheur et ne s'embusque plus qu'au perron des Variétés, en fredonnant de rOlfenbuch. Croque-Mitaine est mis au banc des écoles par le Conseil supérieur de l'Université. Le Loup- Garou, empaillé, se voit, aux baraques foraines, pour deux sous, entre deux phoques maçonniques. La Sorcière tire ses cartes dans une roulotte confortable, au pied d'un lit magistral, dont l'édredon gonflé de plumes d'oie et les deux oreillers respirent l'ordre bourgeois et la sérénité conjugale. M. le Sorcier, son époux, s'occupe d'élections, manipule les urnes aux jours da comices et, dans ses loisirs, enseigne aux petits forains, avec privilège du « prince », Xortograf fonétic !
Cependant l'humanité proteste et réclame la peur que des siècles de culture classique ont élevée à la hauteur d'une loi naturelle. La foule a la nostalgie de la panique ; le monde, la nostalgie du frisson. Il faut aux buffles innombrables l'eff'roi
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qui les précipile on course affolée dans la savane. Il faut au sauvage le rayon de lune blafarde qui danse entre les fourches des grands arbres et lui montre la face du Grand Esprit. Il faut à la Parisienne, très artiste, le trac divin du théâtre. Le crapaud de Siegfried ne lui dit rien et, pour que la « boucle » l'émût, il conviendrait au moins qu'on la bouclât entre la Jungfrau et le Cervin.
De toutes parts, à l'heure où la nuit tombe, à l'heure où les larves et les spectres se levaient, pour nos pères, sur le boulevard du Ciime, on entend monter vers les hauteurs de Montmartre cette clameur désolée : « Oh ! qui déchaînera les monstres? qui rouvrira la boîte aux fantômes? qui nous rendra la peur, la peur éperdue, la peur stupéfiante, la bonne peur de nos aïeux? »
Ce sera moi, s'est dit l'homme obligeant et fort avisé dont je parlais tout à l'heure, et ce fut sa trouvaille. Comme il aurait apporté à la marquise le doguin de ses rêves ou le négrillon de ses caprices, il a servi aux Parisiennes l'ogre « modem style » que leurs désirs appelaient.
La science, dit-on, a détruit la peur en détruisant la superstition. La science n'a rien détruit : la superstition, tout simplement, a changé de costume et s'est faite scientifique, ainsi que, bon gré mal gré, toutes choses et tous gens le sont aujourd'hui devenus, même les ignorants.
Et voilà, pour les néo-païens, tout un olympe, toute une mythologie; pour les néo-movena-