‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 5 sur 84 · XII L'HOMME QUI FAIT PEUR · texte numérisé non relu

XII L'HOMME QUI FAIT PEUR

gistes, tout un enfer, toute une démon ologie nouvelle; voilà des sources de nuit et d'effroi plus inépuisables que les sources de lumière de toutes les mines de pétrole du Caucase et du pays des Mormons.

Il y en aura tant que la science fera des progrès ; quand la science ne fera plus de progrès, rhumanité retombera dans la barbarie ; la peur primitive reprendra possession de la terre et le dernier homme mourra de la peur de mourir.

Donc, rassurons-nous : le théâtre est approvisionné pour longtemps.

Tout le monde lit, dans le journal, la chronique scientifique, au moins le fait-divers, lequel « marche en avant », éclaireurde l'histoire; cela suffit à préparer les imaginations aux nouveaux mystères. La peur que l'on croyait bannie, nous^ revient de partout, envahissante, multipliée, comme les figures dans une chambre à miroirs, comme les sons dans une chambre h échos.

Le microbe plane sur nous ; il y aie bon, il y a le mauvais, ainsi que dans les théogonies asiatiques. Gomment les distinguer, conjurer le mauvais, lamiliariser le bon ?

On a construit des temples extravagants, on a pratiqué des hécatombes humaines en Perse, aux Indes, au Cambodge, pour une peur moins mo-

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tivée que celle-là. Les revenants étaient insaisissables, muels, fluides : maintenant on les photographie et le phonographe enregistre leurs discours. On était loin de ceux qu'on aime; on les savait en péril ; on se forgeait des catastrophes, on cuisait le bouillon des nuits blanches de M""" de Sévigné. Aujourd'hui, par le télégraphe siius fil, demain par le téléphone sans... tileuses, après par le cinématographe automobile, on percevra tout. On entendra les appels stridents de la sirène, on chancellera sous la secousse de l'abordage, on verra le navire sombrer, on entendra les cris d'agonie, on reconnaîtra les voix, cha- . un la voix des siens ; on sentira la brûlure du feu, la froideur de Teau et, bientôt, grâce à la télépathie — sans fil, comme le reste — on éprouvera l'asphyxie même.

La vie sera réellement l'hallucination vraie...

Et r hypnose, et la suggestion, la possession de vous-même, de votre volonté, de votre conscience, par M. le professeur, ou tout bêtement par le garçon du laboratoire psycho-physiologique ! Et toutes ces jolies petites intelligences de papillon, voltigeantes et diaprées, décomposées en pellicules intellectuelles, instantanées et trépidantes !

L'analyse de soi-même, cette berceuse raffinée de l'enlre chien et loup, dégénère en une poursuite d'états d'âme emballés. Et l'obsession insurmontable, l'obsession de devenir fou sans le

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