SCÈNE II
LUI, LA SKUVANTE
(La porte de droite s'ouvre lentement, comme poniblemert. Un vieillard entre. II est vêtu do pauvres vêtements noirs. Il est tout voûté, ses cheveux sont tout blancs, sa figure est douloureusement contractée, comme égarée. Il reforme la porte soigneusement, regarde autour de lui. Doucement, sur la .pointe des pieds, il so- dirige vers le lit, se penche sur la femme, l'embrasse sur le front, lui prend la main.)
LUI
Bonsoir, ma chérie.., j'arrive tard... j'avais beaucoup de travail... Et je sui^ si long... je ne peux plus écrire... mes mains tremblet)t... Maintenant, jusqu'à demain matin, je ne vais plus te quitter .. (De sa redingote, il tiro un petit bouqnet de violettes, le met dans le verre à la place des fleurs fanées qu'il jette.) J'ai pCnsé à toi... (Avec un sourire.)
Regarde, je t'ai apporté des violettes, de belles violettes... Elles commencent à devenir très belles et elles ne sont plus si chèresl... Si tu pouvais les voir!... (ii
les api>roche du lit.) EUcS Cmbaument! ... (Les reposant sur la
table.) Là... elles passeront la nuit auprès de toi... comme moi... je vais rester auprès de toi... je vais
Veill(^r ton sommeil... (Il s'assied auprès d'elle, la regarde Iod-
guemoiii.) Si je pouvais toujours rester ainsi ! Ne jamais me séparer de toi ! Oh ! ma petite Marie, si tu savais comme je souffre... Te voir comme ça depuis des années!... Oh! réveille-toi, ma petite Marie, et tu verras comme tu seras heureuse... comme je ferai de la joie autour de toi... Tu vois, j'espère toujours... malgré les années... mais tout de même, je n'en puis plus, je n'ai plus la force... c'est trop... (Sanglotant.) Ohl ma petite Marie, réveille-toi !... Mais ma voix te fatigue
peut-être... on ne sait pas... Tu m'entends peut-être et tu en souffres... peut-être. . Je vais me taire, rester là, sans bouger... sans faire de bruit.
(Il met la tête dans ses mains. — Silence. — Il demeure longtemps immobile... Dans le lit, sans qu'il s'en aperçoive, la femme a soudain remué très faiblement. A ce moment, on frappe à la porte de gauclie par où est sortie la servante. Il n'entend rien. On refrappe plus fort. Il lève la tête brusquement et d'une voix rauque.)
LUI
Qui est là?
LA SERVANTE, du dehors.
.Moi, m'sieur.
(Il reste assis un long moment encore. Dans le lit, la femme remue plus distinctement, ses bras s'agitent. Il ne s'en aperçoit toujours pas. Il se lève enfin... se dirige vers la porte de droite. A ce moment, dans un mouvement de bras, la fçmme heurte un flacon qui est sur la table. Le flacon tombe avec bruit, résonne dans le silence de la chambre. Il se retourne brusquement.)
LUI Qui est là?... (A ce moment, une plainte faible s'élève du lit. Il écoute, puis:) Qui appelle?... (Il se retourne brusquement, aperçoit les mouvements de la femme, entend de nouvelles plaintes de plus en plus distinctes, qui viennent d'elle ; alors, affolé, il s'élance vers le lit criant désespérément.) Ah!... aU SeCOUFS!... aU SCCOUrs!...
Elle s'éveille... au secours...
LA SERVANTE, arrivant sur le seuil de la porte de droite.
Qu'est-ce qu'il y a?
LUI, éperdu, riant et pleurant à a fois.
Elle s'éveille!... le médecin... vite... Elle s'éveille... regardez ses yeux... elle les ouvre... elle parle... elle s'éveille...
LA DOi.MEUSE 145
LA SERVANTE, à part.
Il est foui. . (S'approchant du lit.) C'est pas possiblel... Ah 1 Dieu du ciel... j'ai la berlue aussi...
LUI
Le médecin... vite... le médecin...
LA SERVANTE, stupéfaite.
En voilà un miracle! (En son allant.) On me croira jamais quand je vais racoMterca!...
(Elle sort rapidement se parlant à elle-même.)