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Du talent, il y en a, et beaucoup, cela ne fait pas question. Pourquoi donc ne goûte-t-on pas à entendre ces dialogues un plaisir sans mélange ? Pourquoi vous font-ils éprouver cette sensation singulière d’une lame froide qu’on vous glisserait dans le dos ? Brrr..! on serre les épaules et l’on frissonne ! Pourquoi sort-on de là accablé, nerveux, mécontent de soi-même et des autres, trouvant que le boulevard est moins gai, les becs de gaz moins brillants et les femmes moins engageantes ? Pourquoi se sent-on tout morose et comme irrité contre le genre humain ? Pour-
quoi ne saurait-on démêler en soi la cause de cet étonnement chagrin et de cette mauvaise humeur ?
Pourquoi ? Parce que Dumas se préoccupe peu de laisser les spectateurs en ce doux état d’euphorie, qu’il préfère les secouer violemment, au risque de troubler leurs précieuses digestions.
Ce grand analyste de la passion est, en ces matières, d’un pessimisme et d’une rigueur implacables. Les poètes se sont plu à embellir l’amour de tous les prestiges de l’art. Ils ont chanté sa noblesse et sa puissance ; ils ont réclamé pour lui des droits souverains. Mensonges, trahisons, lâchetés, tout devenait légitime. — Hélas, cet amour tant vanté n’est pas comme ils l’ont cru, l’abandon généreux de soi-même, c’est la forme suprême de l’égoisme. C’est une lutte où les sexes ennemis s'affrontent avec la plus sauvage cruauté.
Indulgent aux faiblesses que condamne le code ou le pharisaïsme bourgeois, Dumas est inexorable pour toutes les vilenies que nous sommes prêts à excuser, à la condition qu’elles prennent un masque d’hypocrisie ou de fausse. décence : la légèreté, la coquetterie salonnière, comme l’adultère et l’amour vénal.
Jamais moraliste ne fut plus impitoyable et, sur la scène, cela surprend un peu ; il nous demande de l’in-