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E T D’'AUJOURD’'HUI
dignation où nous avions l’habitude de nous égayer, mais c’est pour lui la raison d’être du théâtre. M. Bourget l’a montré fortement dans une de ses belles études de psychologie contemporaine. Ces développements moraux auxquels il se complait ne sont pas des morceaux brillants qui se surajoutent aux œuvres, pour en étendre la portée. Ils en sont l’âme même: et le principe vital, c’est autour d’eux que s’est constituée l’intrigue, que les caractères se sont créés. Rien n’est audessus de la pensée, — pas même la vie.
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De là l’importance, l’étendue et l’accent de ses fameuses préfaces. Dans l’une d'elles (Père prodigue) A. Dumas reprend, en la détournant un peu une vieille formule de La Bruyère : « Les classiques ont appris à l’homme comment il est, ils nous ont réservé de lui ap: prendre comment il doit être ». Programme ambitieux, et dont il est permis, sans en contester la noblesse, de marquer le danger. Ce danger, Dumas l’ignore.
Catégorique à son ordinaire, il va au devant des objections et accepte la lutte :
Ce que nous voulons détruire sera détruit, ce que nous voulons maintenir sera maintenu. Le théâtre n’est pas le but, c’est le moyen... Inaugurons le théâtre utile, au risque d’entendre crier les apôtres de l'art pour l’art, trois mots absolument vides de sens. Toute littérature qui n’a pas en vue le perfectionnement, la perfectibilité, la morali-
sation, l’idéal, l’utile en un mot, est une littérature rachitique et malsaine, née morte...
Il fallait une certaine crânerie pour parler ainsi au re 5
THÉ AT RE D °’ HIER a
temps du Parnasse et pour s’enrtôler sous une bannière que les railleries n’avaient pas épargnée. Cette préface du Fils naturel est la contrepartie exacte de la préface, non moins agressive, de Mademoiselle de Maupin: « Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien. Tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants comme sa pauvre .et infirme nature. » Mais ce qui nous importe, ce ne sont pas les polémiques d’autrefois. L'essentiel est que nous avons ici le manifeste d’un théâtre nouveau, car vous pensez bien que lorsque Dumas parle de théâtre utile, il ne l’entend pas comme on avait pu l’entendre déjà et ne songe pas à un théâtre d'éducation sagement moral et prodigue en conseils vertueux.
On a beaucoup discuté cette question de la comédie à thèse et comme toujours les discussions n’ont rien éclairei, — discuter étant le meilleur moyen de ne pas s'entendre. Pourtant il est facile de s’accorder.
Que l’auteur dramatique prétende être autre chose qu’un amuseur, qu’il ne,se contente pas de petites hisioires romanesques, assaisonnées d’un brin d’observation ou d’un semblant de psychologie, rien de mieux. Les pièces les plus hautes sont celles qui font penser, celles qui sont riches de substänce intellectuelle ou morale et ce sont aussi les plus émouvantes. Les préoccupations de Dumas confèrent à son théâtre une dignité particulière et nous aurons avec un des plus grands auteurs dramatiques de l’heure actuelle (pourquoi ne pas dire le plus grand ?) l’occasion de revénir sur ce point.
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Mais du théâtre d'idées au théâtre à thèse, il y a loin, aussi loin que d’une pensée philosophique à un théorème... Encore un théorème force-t-il l’adhésion, tandis qu’une thèse dramatique nous met en défiance et laisse une impression d'artifice et d’arbitraire.
D’abord parce qu’une démonstration parfaite a quelque chose de sec, de rigide qui échappe à la complexité fuyante du réel, c’est-à-dire à la vie. Or sans la vie, que reste-t-il du théâtre ? En second lieu, parce qu’il est arbitraire de tirer une conclusion générale d’un cas individuel, surtout quand on a soi-même choisi les données et qu’on les a choisies de telle sorte qu’une seule conclusion puisse s’en dégager. Tout auteur dramatique créant son intrigue et ses personnages et ayant en vue son dernier acte quand il écrit le premier, toute pièce à thèse repose a priori sur une pétition de principes.
Qu'il y ait des unions malheureuses (et que le poids de la chaîne pèse le plus lourdement sur le meiïlleur des deux), que parmi celles que nous nommons les femmes perdues, certaines méritent plus de pitié que de mépris et soient de lamentables victimes, cela va de soi, mais que conclure pratiquement ?
Femme d’une générosité admirable, chrétienne qui ne se contente pas d’une piété courante, mais qui veut faire de l'Evangile la règle de sa vie, Madame Aubray ne peut reconnaître aux créatures humaines, faibles et faillibles, le droit de punir. Elle proclame hautement : « Il n’y a pas de coupables, il n’y a pas de méchants, il y a des malades, des aveugles et des fous ». Elle dit encore, car pour elle il n’y a de vertu que dans l’amour : « Il