‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 27 sur 81 · E T D’AUJOUR D ’HUI EE EE ER EAN NE OZ RE EE EEE EU · texte numérisé non relu

E T D’AUJOUR D ’HUI EE EE ER EAN NE OZ RE EE EEE EU

ges, il s’insinue de nouveau, à la faveur de cette tolérance. Dans le domaine de l’art aussi, une demi victoire est presque une défaite ; elle ne termine rien...

Et la situation dès lors se retrouve telle à peu prè qu’elle se présentait vingt ans plus tôt : d’un côté, ceux qui, malgré tout, aspirent à un art loyal, dépouillé des puérilités romanesques, et pour qui la comédie Augier- Dumas ne peut plus être qu’une tentative avortée, de l’autre le gros public et ses fournisseurs ordinaires à qui suffisent les succès immédiats et qui connaissent de longue date le moyen de les obtenir.

C’est ainsi que pâlit l’étoile de Dumas et d’Augier, tandis que celle de Victorien Sardou monte à l’horizon.

Celui-ci symbolise à merveille cette reprise du vaudeville. Il possède à un degré supérieur toutes les qualités de Scribe : adresse mécanique, connaissance profonde du métier — et il en a quelques autres qui peuvent faire illusion : de la vivacité, de l’esprit, un certain don d’observation superficielle. Mais s’il le dépasse, il sait fort bien lui-même qu’il dérive de lui et ne cache pas ce qu’il lui doit.

Ses mémoires nous font connaître comment il s’est formé à cette technique théâtrale, qui est tout pour lui, et quel répertoire lui en a révélé les secrets. Très sérieux, très travailleur, fils d’un professeur de collège qui a promené son enfance dans la série des petites villes où le conduisaient ses fonctions, ayant lui-même besoin

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THÉ ATRE D °’ HIER

de gagner sa vie, le théâtre lui est apparu un métier bien plus qu’un art. Or un métier demande un apprentissage. À l’école de Scribe, il s’efforçait tout jeune encore de marcher sur ses traces, démontant ses petits mécanismes d’horlogerie, lisant le 1° acte d’une de ses pièces et fermant le livre pour imaginer la suite, prenant chez lui une situation pour essayer d’en tirer parti à sa manière et toujours comparant aux chefs-d’œuvre du maître ses modestes essais. (1)

Il est arrivé à se modeler sur lui, à posséder le maniement de ses procédés, de cette technique difficile, point méprisable en elle-même, mais qui a Le tort d’éliminer tout ce qui est d’un autre ordre, d’un ordre supérieur.

Cette parenté, Sardou n’arrivera jamais à s’en dégager. Elle est sensible dès sa première pièce à succès, ces Pattes de mouche qui triomphent sur la scène du Gymnase en 1861. Triomphe mérité car la pièce est une merveille d'adresse et fort amusante, mais triomphe de l’art le plus creux, le plus vain, le plus suranné. « La pièce ne repose sur rien », écrit Sarcey qui se pâme de joie. Elle ne repose sur rien — et elle n’est rien.

Vous connaissez le sujet. Une jeune femme a écrit jadis une lettre compromettante. Cette lettre que le destinataire n’a pas reçue est restée trois ans sous une potiche. On la découvre un beau jour et il s’agit pour elle de mettre la main dessus et de la détruire pour l’empé-

(1) Voir l’article de M. Doumic dans Le Correspondant (tome CLXI, . Sr 1890) et le livre enthousiaste d'Hugues REBELL (Paris, . Juvin).

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