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cher de tomber jamais sous les yeux de son mari. Ce devrait être simple et finir tout de suite, mais alors où serait la pièce ? Chaque fois que l’imprudente croit
la saisir un hasard malicieux et inépuisable en ressources la lui dérobe et c’est une poursuite acharnée. Ces petites pattes de mouche filent à une allure vertigineuse et sont insaisissables.
De sa potiche, la lettre passe dans une coupe, elle s’envole par une fenêtre, sert à un entomologiste à faire un cornet pour emprisonner un insecte, arrive à un collégien qui écrit au verso une déclaration, continue ses courses jusqu’au moment où la voici entre les mains du mari qui, sans la regarder, la roule négligemment et s’en sert pour allumer son cigare. Tout le monde est content, l’auteur plus que tout le monde et il vient saluer le public avec le sourire satisfait du prestidigitateur qui a brillamment joué de ses muscades ou tiré d’un chapeau quelques mètres de ruban, une omelette cuite à point et un couple de pigeons.
Encore une fois, cela est charmant, mais on regrette que ce soit charmant et on n’est pas très fier de s’être amusé. E. Augier a débuté dans la comédie en prose par Poirier, Dumas par La Dame aux Camélias, Sardou par Les Pattes de mouche. On ne peut guère les regarder comme des écrivains de même classe.
Notez d’ailleurs que, dès cette première pièce à succès, il a donné toute sa mesure, qu’il ne s’élèvera pas beaucoup au-dessus et qu’aux meilleurs moments de sa carrière c’est toujours cela que nous retrouverons. À regarder d’ensemble son répertoire, il semblerait qu’il soit
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T HÉ ATRE D ’HIE R EESTI DER EP EE ES d’une richesse et d’une variété infinies. Illusion encore et trompe l’œil. Sa facilité prodigieuse lui permet tous les déguisements, mais sous ces costumes divers, c’est toujours le même petit homme adroit et malicieux.
Après les Pattes de mouche, il a voulu gravir un échelon et, puisque les comédies de mœurs sont à la mode, écrire à son tour des comédies de mœurs. De là, entre 1860 et 1866, cette série : Nos intimes, Les gana- . ches, Nos bons villageois, Les femmes fortes, Les vieux garçons.
Vous remarquerez d’abord le pluriel de ces titres. Ce n’est pas le hasard qui l’a voulu ainsi et peut-être avonsnous, dans cette observation, le secret de son art. Un sujet ne se présente pas à lui avec une unité vigoureuse, organique, tirant de lui-même et de ses profondeurs son principe de vie. Tout sujet, il le voit en surface et en décor. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas une idée centrale ou un personnage assez vigoureusement établi pour l’animer (rappelez-vous Poirier, ou la baronne d’Ange, ou M. de Ryons) ; c’est une série de silhouettes ou de caricatures qui se juxtaposent, assez vivement brossées, pittoresques, mais sans profondeur et qu’il saisit au passage. Une suite de scènes ingénieuses les présentent tour à tour, liées du dehors elles aussi, et la curiosité du spectateur s’amuse à cette succession, à ce jeu de couleurs vives ; mais rien ne l’avertit qu’il y ait là autre chose qu’un amusement passager, qu’une poussière d'observations, qu’un album comme s’amusaient à en tracer les caricaturistes de 1830, les H. Monnier et les Gavarni... Et pré-
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