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Elle avait peur de la mort, cette belle fille ; car la mort, c’est la laideur et l’oubli. Trois jours durant, se sentant glisser sur les parois du gouffre où nous tomberons tous, elle s’était attachée, pour se retenir, à la main de sa garde. Cette main tiède dans sa main froide lui semblait un crampon qui la rattachait à la vie. Jamais elle ne la voulait lâcher. Elle la quitta pourtant une fois: ce fut quand l’ange pâle vint la prendre. Par un’ dernier effort de la jeunesse reculant devant la destruction, elle se leva toute droite pour se sauver, poussa trois cris, et retomba pour toujours dans ses linges funèbres.
Vous sentez le mouvement d’émotion que cette mort avait soulevé.
Cette belle fille, Dumas l’avait connue dans la splendeur de son triomphe. Pour la première fois, elle lui était apparue dans une loge des Variétés, entre un sac de bonbons et un énorme bouquet de ses fleurs favorites. Présenté par Eugène Déjazet, le fils de la comédienne, il avait fréquenté chez elle, il avait pris part à ces fêtes joyeuses et sans façon qu’évoque le premier acte de sa pièce. Comme tant d’autres, après tant d’autres, il l’avait aimée.
. Absent au moment de sa mort, l’émotion lui avait arraché quelques vers qu’il a publiés beaucoup plus tard : J'ai revu, me courbant sous mes tristes pensées,
L’escalier bien connu, le seuil foulé souvent,
Et les murs qui, témoins des choses effacées, Pour lui parler du mort arrêtent le vivant.
J'ai monté, j'ai rouvert en pleurant cette porte Que nous avions ouverte en riant tous les deux Et, dans mes souvenirs, j’'évoquais, chère morte, Le fantôme voilé de bien des jours heureux.
J'ai vu le piano dont mon oreille avide
Vous écouta souvent éveiller le concert ;
Votre mort a laissé l’instrument froid et vide Comme, en partant, l’été laisse l’arbre désert.
Et il continue à dérouler, pour lui seul, ses souvenirs mélancoliques.
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THÉATRE D''HIER BE SEE EE PERS Mais en écrivant, pour le public, son roman d’abord, puis son drame, il n’avait pas spéculé sur un attrait de curiosité malsaine ou sur le goût du scandale. Et le public l'avait senti. Ce qui avait déchaîné dans la salle du Vaudeville cet enthousiasme, ce n’était pas seulement l’anec- . dote, avec les souvenirs qu’elle éveillait. C'était l’œuvre elle-même et l’originalité vigoureuse dont elle témoignait. C'était l'émotion que ce débutant avait su faire jaillir, cette ardeur, la jeunesse frémissante de ces duos passionnés, la netteté et la franchise de ces peintures d’un monde interlope que le théâtre avait ignoré jusqu'ici, la vigueur avec laquelle il soutenait des idées audacieuses certes, mais qui allaient droit au cœur. Aucune recherche d’intrigue, aucune de ces petites habiletés à la manière de Scribe, mais parmi ce lyrisme, de la vérité et de la vie.
Il est vrai qu’à y regarder de plus près, cette nouveauté pourrait sembler plus apparente que profonde. En somme, Ce que nous avons ici, c’est le thème connu de la courtisane régénérée par l’amour, une des vieilles antithèses du romantisme, — et Marguerite Gautier ne serait plus, à le prendre ainsi, qu’une Marion Delorme transposée dans un autre milieu.
Mais n'est-ce rien que cette transposition et ne suffitelle pas à renouveler le caractère de l’œuvre et à nous faire franchir le pas du mélodrame romantique à la comédie dramatique d’aujourd’hui ? Par ce déplacement d’une époque à l’autre, l’attention désormais se détourne des décors, des costumes et de tout ce bric à brac par quoi l’œuvre même peut être étouffée. — Les personnages se rapprochent de nous ; ils parlent (à peu près) notre
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langue et tout prend un accent plus profond. — Dans ce cadre, peint sur le réel, ce qui nous est offert, ce ne sont plus les effusions lyriques, si harmonieuses, si éclatantes qu’elles soient, d’une courtisane idéalisée et conventionnelle. C’est une héroïne vivante et douloureuse.
Les efforts de cette femme pour se dégager de la boue où elle a vécu, — la dureté de la morale bourgeoise qui la rejette au ruisseau — et ce sacrifice volontaire horriblement cruel : cet héroïsme à s’avilir pour tuer chez son amant l’amour qui flétrirait sa vie, pour ne plus être l’obstacle et le danger. Il y a, dans tout cela, un drame profondément humain.
A l'heure actuelle, nous avons quelque peine à être justes pour une pièce comme celle-ci : nous l’avons vue si souvent et on nous en a donné tant de répliques. — Tout nous met en garde et en défense : le romanesque facile de ce dénouement trop identique à celui de la Vie de Bohême, la solennité du père Duval qui éveille le souvenir du père des Grieux, cette combinaison d’un réalisme agressif et par instants du romantisme le plus exubérant.. Nous en voulons à Marguerite Gautier (ce qui d’ailleurs est parfaitement injuste) — nous lui en voulons de sa sœur italienne, de cette Traviata dont le souvenir s'attache à elle si étroitement qu’on a peine à les séparer l’une de l’autre et qui nous poursuit de ses rythmes implacables.
Et pourtant, sur le vrai public, celui qui juge spontanément et qui s’abandonne, la Dame aux camélias exerce toujours, après tant d’années, la même emprise. Ne 6erait-ce pas qu’il y a en elle quelque chose d’éternel ?
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Pour en comprendre d’ailleurs la nouveauté, il n’est pas inutile de la placer à son époque et de se demander ce qu’il en était de la comédie française aux environs de 1850. — La comparaison est faite pour nous inciter à l’indulgence.
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De tous les genres littéraires, la comédie était le seul peut-être que le XIX° siècle eût été impuissant à renouveler. Elle oscillait toujours d’un- pseudo classicisme lamentable à de puériles combinaisons d’intrigues.
Le romantisme, ici, n’avait ouvert aucune route, la bouffonnerie lyrique du IV° acte de Ruy Blas n’ayant avec la comédie véritable qu’une parenté lointaine. — Et sans doute, il y avait le théâtre incomparable de Musset, mais cette merveille de grâce, de délicatesse, de vérité profondément humaine et de poésie devait rester une œuvre unique, indifférente aux exigences du publie et des directeurs. |
En somme, dans le monde des théâtres, Scribe était roi, Scribe le vaudeville fait homme, l'ennemi détesté de tous les poètes, de tous les artistes (car il était la négation de art et de la poésie), M. Scribe que poursuivaient en vain de leurs sarcasmes et de leurs malédictions Th. Gautier et G. de Nerval, en attendant le bon Th. de Banville. | |
Mais il se souciait bien de leurs injures et que l’on fit précéder son nom de ce Monsieur méprisant ! Ce nom sur uné affiche remplissait la salle — et la caisse du directeur, Rien ne lassait la fidélité du public. Elle l'avait | soutenu, porté de triomphe en triomphe, ‘plus haut qu’il
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E T D'AUJOUR D ’'HUI EE Er CR EEE ARE TEE EN ET RATES n’avait rêvé, comme elle soutient ceux-là seuls qui flattent la médiocrité de ses goûts.
Pendant des années, sur le théâtre de Madame (actuellement théâtre du Gymnase), dont il était le grand fournisseur, il s’était contenté d’offrir aux bourgeois et boutiquiers du boulevard Bonne Nouvelle des articles à leur mesure : petites piécettes, accompagnées de flonflons, construites en série, aimables et niaises, adroitement agencées, débordantes d’optimisme avec leur petit monde si sympathique d’ingénues, d’amoureux sagement passionnés, de veuves mélancoliques et consolables, de diplomates, de vieux soldats, de jeunes colonels.
Sous la Restauration, il n’avait pas espéré autre chose. Mais après 1830, il a cette impression flatteuse que d’autres ambitions lui sont permises. Les hiérarchies ne sont plus de mode ; l’avenir est aux audacieux. Maître de l’opéra, avec la complicité de Meyerbeer, le vaudeville peut conquérir, sur la scène du Français ses titres de uoblesse. Il s’étire en 5 actes, il prend une importance et une dignité nouvelles. Il s'élève au grand art. Aux pièces de jadis, l’Ours et le pacha, la Volière'du frère Philippe, le Coiffeur et le perruquier, le Secrétaire et le cuisinier, succèdent — sur un autre ton et d’un autre sérieux —— Bertrand et Raton, une Chaîne, la Calomnie, en attendant Adrienne Lecouvreur. Il se fait historique, satirique, philosophique. Et il reste le vaudeville.
«Décoré.en 1827, académicien en 1834, Scribe a le sentiment de représenter, en face des outrances romantiques, la «pure et saine raison. Contre le répertoire de Hugo, il dressé son répertoire à lui. À Lucrèce Borgia,
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il oppose sa Marquise de Brinvilliers ; il compare leur romanesque, leur poésie, car il dit : mon romanesque, ma poésie.
Qu'importe que dans ce répertoire, océan de niaiseries, il n’y ait pas un atome de vérité, d'humanité, d'émotion sincère ; que tout soit artifice, truquage, ficelles entrecroisées ? Le succès emporte tout. Il est celui que les directeurs accueillent avec le sourire, que le public acclame avant que soit levé le rideau, celui qui, dans un moment critique — par une nouveauté ou une reprise opportune — sauve un théâtre aux abois. La Comédie française en a fait l’expérience et ne l’oublie pas.
Pendant tout le XIX° siècle, son influence va s’imposer ; elle frappera de stérilité, nous le verrons bientôt, les tentatives dont on pourrait attendre quelque chose. Et peut-on dire que, même aujourd’hui, nous en ayons fini avec cet héritage déplorable ? Demandez-le à MM. Kistemackers, Charles Méré, P. Frondaie, Pierre Wolf, L. Verneuil et Cie.
En ces dernières années pourtant du règne de Louis- Philippe, une réaction avait semblé se dessiner à la fois contre l’intempérance du romantisme et contre les succès trop faciles du vaudeville. Uu groupe de jeunes... poètes (si je puis m’exprimer ainsi) s’avisaient de revenir nettement en arrière et de rendre la vie à l’ancienne comédie classique. Le succès de la Lucrèce de Ponsard en 1843, au moment même où s’effondrait le dernier des grands drames de Hugo, leur avait paru annoncer, dans l’ordre tragique, la réaction tant attendue. Pourquoi n’en seraitil pas de même pour la comédie — et ils s'étaient rangés
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sous la bannière du petit avocat dauphinois. De la prose courante et vulgaire du vaudeville, la comédie, avec eux, revenait à l’alexandrin, mais à un alexandrin sans éclat. Ils se détachaient des complications puériles d’intrigue. Mais, pour marquer d’autre part leur haine de toute exaltation, ils arboraient ce titre qui devait être un programme : l’Ecole du bon sens.
Certes, leurs intentions étaient les meilleures du monde : montrer le prix de l’ordre dans la vie et dans l’art, soumettre l'intérêt personnel à l’intérêt social, défendre la famille contre l’esprit d’aventure, la vérité contre l’extravagance, rien de mieux. — Et il est certain aussi que le bon sens est une qualité infiniment précieuse.. Mais, en matière d’art et de poésie, le bon sens peut-il suffire à tout, être le juge souverain ? Les classiques disaient : la raison — ce qui n’est pas la même chose. Hélas ! ce n’est pas à Molière que faisaient penser ces jeunes disciples de Ponsard ; c’est à la pléiade des pseudo classiques de la Restauration, à la série falote des Arnaud, des Picard, des Andrieux, des Duval, des Casimir Delavigne, Casimir Bonjour et autres Casimirs du même bateau. Etait-ce la peine de rendre à la vie ces âmes dolentes ?
Parmi eux, un jeune homme de talent, petit-fils de Pigault Lebrun, — du nom d'Emile Augier. Je n’ai pas besoin de vous dire quel avenir de gloire l’attendait et bientôt nous le retrouverons. Mais, pour l’instant, l’horizon de son grand-père lui suffisait ; il rêvait d’être poète comme celui-ci l’avait été dans l’intervalle de ses romans et de célébrer en vers les vertus bourgeoises. Et le public accueillait avec faveur ses premiers essais où il retrouvait,
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fidèlement et platement traduites, ses aspirations. La bourgeoisie enfin avait son poète. Gabrielle et Philiberte faisaient verser de douces larmes.
L'équilibre moral que le romantisme avait renversé se rétablissait, la poésie changeait de camp : la courtisane tombait aux genoux de la petite bourgeoise ou de la vertueuse ingénue. L’amant, paré de tant de prestiges, cédait le premier rôle au mari, l’être brillant et inutile au bon travailleur, le lyrisme au pot au feu et 5 actes d'émotions saines et douces conduisaient à des vers comme celui-ci qui résumait tout :
O père de famille, o poète, je t'aime !
On ne saurait trop louer cette conclusion. Il est très bien d’aimer le père de famille et sa famille avec lui ; mais ne vaudrait-il pas mieux l’aimer en prose ? Des critiques grincheux ont couvert de sarcasmes la poésie d’E. Augier. On peut, en effet, cueillir, dans ces premières pièces, des bouquets de cocasseries.
Des vers profonds :
La douleur élargit les âmes qu’elle fend !
Des vers précis :
Un ministre, et celui de la justice encore !
Des vers d’une vérité incontestable, triomphe du bon sens et de son école :
Puisqu’il n’est rien de tel qu’écouter pour entendre. Des vers passionnés : |
Déborde maintenant, déborde, désespoir.
LE À 2 0 La 0 Elle ne m’aime plus. Qui l’aurait pu prévoir ! Oh ! Je sens tout mon cœur sombrer en ce naufrage.
Il est certain que nous sommes loin d’Hernani et je crois bien que, dans la suite, seul Jean Aicard..
Mais le triomphe d’Augier, ce sont, vous pensez bien, les vers domestiques :
Maman la blanchisseuse est là.
— Dis à la bonne
De recevoir le linge.
Dans ce genre la première scène de Philiberte est légendaire. Voici le début :
C’est donc un parti pris dont tu ne peux démordre De me déranger tout pour y mettre de l’ordre ? Ma mère avait aussi cette démangeaison
De serrer mes effets lorsque j'étais garçon.
Et la fin :
Gabrielle.
— Plaît:il.
— Hors chez nous, où voit-on Chemise de mari n’avoir pas de bouton — Ah! mettez une épingle !
— Il faut que je te gronde Mon linge est dans l’état le plus piteux du monde.
Il y en a 5 actes comme cela.
Vous vous rappelez l’émerveillement de M. Jourdain devant son maître de philosophie : « Quoi ! quand je dis : Nicole apportez-moi mes pantoufles et me donnez un bonnet de nuit, c’est de la prose ! » Il aurait été bien plus étonné, si on lui avait dit que ce pouvait être de la poésie !
Encore une fois, nous retrouvons Augier et je n’ai pas l'intention de le déprécier ou de diminuer son impor-
tance. Nous n’avons ici qu’une première manière.
Il n’en est pas moins vrai que l’école du bon sens, pas
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plus que l’école du vaudeville, n’avait rien qui pût faire prévoir une renaissance prochaine. — Rien qui ressemblât, même de loin, à ce rajeunissement soudain et prodigieux que, depuis vingt ans, le roman venait de connaîitre, grâce au génie de Balzac.
L’un et l’autre cependant, le roman et le théâtre, pouvaient user de la même matière. Le même champ d’observation leur offrait les mêmes ressources : Tout un monde qui s’établissait lentement, parmi combien de secousses ! — Une société en formation sur des bases nouvelles. Partout, des forces en action et en conflit. Partout, des problèmes nouveaux et une façon nouvelle de les poser. Toutes les possibilités et tous les dangers.
Le premier, Balzac avait compris que la comédie, sous peine de mort, ne pouvait rester étrangère à tout cela et s’en tenir à un état d’immobilité. A plusieurs reprises, des ambitions dramatiques l’avaient tenté, mais son génie était trop riche et trop complexe pour se plier aux lois du théâtre et à cet effort de concentration qu’il exige. Malgré la collaboration de d’Ennery (l’auteur de la Comédie humaine corrigé par l’auteur de la Grâce de Dieu et des Deux Orphelines !) son Mercadet avait, une fois de plus, en 1851, trompé son espérance obstinée.
Or voici qu’un an plus tard, avec le succès de la Dame aux camélias, un grand souffle passait et un grand espoir. Une voie était ouverte, où de jeunes talents pouvaient s engager à leur tour. La comédie échappait enfin aux disciples de Scribe et aux héritiers de Colin d’Harleville. Elle se dressait vibrante de jeunesse, riche d’audace, en pleine liberté.
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On est surpris tout d’abord de voir le peu de place que tient notre première scène officielle dans ce renouvellement de notre théâtre. Son rôle, qui pourrait être de premier plan, est médiocre. Il est vrai que cette lenteur, cette timidité sont un peu dans ses habitudes. Conservatrice solennelle sinon des traditions, du moins des conventions et des préjugés, elle répugne à tout ce qui dérange sa tranquillité majestueuse. Bien entendu, je ne parle pas de l’heure actuelle ; mais pendant tout le XIX° (à part l’éclair de 1830 et les quelques années où Rachel a semblé donner au répertoire classique une vie nouvelle), elle traîne péniblement dans l’indifférence.
D’excellents comédiens, une grande conscience, le souci de l’art, mais tout cela paralysé par je ne sais quelle atonie générale, par une espèce de léthargie.
Les directeurs se suivent et se ressemblent. Dans une salle à demi garnie, les reprises et les nouveautés médiocres se succèdent, devant des habitués résignés à tout. Les tragédiens ronronnent ou explosent à qui mieux mieux, les Célimènes fripées aiguisent, derrière l’éventail
leurs œillades les plus assassines, les Dorantes rhumatisants pivotent sur leurs talons rouges, les ingénues à l’éternelle jeunesse bêlent éperdûment. — On est habitué à s’en contenter, et si dans la caisse, l’étiage devient inguiétant, il suffit d’une pièce suivant la plus vieille for- -mule de quelque fournisseur patenté.
En 1849 cependant, la nomination d'A. Houssaye au
ne, |, ei
THÉATRE D’'HIER PS ee Se ne |) poste d'administrateur a pu donner des espérances. Celuici au moins est un artiste, sans grande originalité, mais d’une intelligence avertie. C’est un être vivant. Il en donne aussitôt la preuve en mettant à la scène le théätre de Musset. C’est son meilleur titre de gloire. Malheureusement, sa bonne volonté ne peut aller plus loin, il est paralysé à son tour, doit revenir de bon ou mauvais gré aux éternels Scribe et Legouvé — et d’ailleurs, après sept ans d'exercice, en 1856, lui même cèdera la place à Adolphe Empis, avec qui l’on est à l’abri de tout effort d'art.
Il suffit de regarder le répertoire. En 1851, l’année qui précède la Dame aux camélias, le Français a créé deux pièces à succès : Mlle de la Seiglière de Jules Sandeau, Bataille de Dames, de Scribe et Legouvé, deux pièces aimables et dont l’une se maintiendra au répertoire, mais qui appartiennent à la tradition la plus périmée.
Les années suivantes sont plus médiocres encore. Que l’on ait eu sur d’autres scènes la révélation d’un art dramatique nouveau, cela importe peu. La comédie française suit paisiblement sa route accoutumée. Elle veut ignorer le jeune Dumas. En 1854, elle est bien sur le point de monter le Demi-Monde, mais elle le sacrifie pour accorder un tour de faveur à la Czarine — de Scribe naturellement. Il ne figurera sur son affiche que 20 ans plus tard.
Le cas dE. Augier est plus significatif. La comédie française a accueilli ses premiers essais d’une banalité si rassurante, elle lui a été sympathique aussi longtemps qu’il oscillait entre de: petites scénettes à l’antique, des
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