‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 32 sur 81 · GR · texte numérisé non relu

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THÉ ATRE D ’'HIER nes

théâtre le plus averti. Donc, son exposition faite et ses marionnettes en place, il cherche un sujet. Et il ne cherche pas à le tirer de ce qu’il vient d'établir, à le faire jaillir de ses caractères. Il le cherche dans ses souvenirs ; la sauce est prête, il ne manque que le poisson, on peut l’acheter au rabais. A lui maintenant, les recettes de Scribe et le magasin d’accessoires du vaudeville. IL y a là des intrigues toutes prêtes, qui s’adaptent à tout et à qui des variations légères peuvent donner un attrait de nouveauté, si souvent qu'elles aient servi.

Il y a une histoire de lettre (perdue, ou volée, ou surprise — vous voyez les combinaisons possibles) dans les Pattes de mouche ; il y en aura une encore dans Séraphine, dans Dora et dans Fernande... Et ce thème dramatique, Sardou n’a même pas eu la peine de l’inventer : il dérive d’une des histoires extraordinaires d’E. Poë, La lettre volée traduite par Baudelaire en 1855 et publiée dans le Pays : E. Poë et Baudelaire providences d’un vaudevilliste ! On ne s’attendrait pas à cela ! Je ne signale pas cette rencontre pour l’accuser une fois de plus de plagiat, des constatations de ce genre n’enlèvent pas grand chose à l'originalité d’une œuvre, si elle est originale par ailleurs, mais pour vous indiquer ses procédés de construction dramatique. ä

Nous aurons encore l’histoire d’un collier qui se trompe d'adresse et qui, destiné à la maîtresse, est envoyé par erreur à la femme légitime (Andréa) ; — l’histoire du séducteur séduit par la candeur de celle dont il pensait faire sa victime et pris au piège qu'il a tendu si souvent (Les vieux Garçons), ou celle de la jeune

E T D'’'AUJOUR D ’'HUI

femme sur le point de commettre (par coquetterie, ou par légèreté, ou par dépit) une faute irréparable et sauvée. Nous aurons des quiproquos, des chassés croisés, des déguisements, des reconnaissances, des gens sur des balcons, ou dans des armoires, tout l’attirail du vaudeville traditionnel, tout ce qui avait servi avant lui et qui servira encore à ses successeurs. Ainsi une comédie ne se construit pas sur un sujet, mais autour d’un sujet, à propos d’un sujet. Ce n’est pas comme chez Augier ou Dumas, un organisme vivant d’une vie propre, c’est une architecture ingénieuse, mais faite de pièces rapportées.

Ces intrigues — qui tirent leur intérêt d’elles-mêmes (c’est leur principal défaut) et qui sont interchangeables d’une pièce à l’autre, Sardou les conduit avec sa virtuosité coutumière, les faisant rebondir d’acte en acte, embrouillant et débrouillant les fils, satisfaisant à petites doses la curiosité du public, lui réservant des surprises, le menant aux limites de l’émotion — pour tout arranger d’un seul coup, quand l’heure a sonné du dénouement.

Car il faut, bien entendu, que tout s’arrange et que J'optimisme du dernier acte réponde à la gaîté du premier. V. Sardou, dans cette première partie de sa carrière est encore auteur comique seulement et il tient beaucoup à ne pas brouïiller les choses. Le gros public ..n’aime pas la confusion des genres ; il va au spectacle pour rire ou pour pleurer ; il sait l’article que fournit chaque théâtre, choisit celui qui lui convient, ne veut . pas être trompé sur la marchandise.

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