‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 33 sur 81 · CERTA · texte numérisé non relu

CERTA

THÉATRE D °HIE R D

Y. Sardou se garderait de ceite imprudence. F ernande en 1870 nous en donne une preuve. La pièce est tirée d’un épisode de Jacques le Fataliste. Dans le roman de Diderot Mme de la Pommerays se venge de l’infidélité du marquis des Arcis en le rendant amoureux et en l’amenant à épouser une jeune fille dont il ignore l’identité véritable et qui est la fille d’une tenancière de tripot : vengeance terrible car toute sa vie est ainsi souillée et brisée. Diderot a marqué cela avec beaucoup de force et la scène de M. et Mme des Arcis, au lendemain du mariage et de la révélation, est traitée avec une réelle puissance dramatique. Sardou a été séduit seulement par cette idée (qui peut être vaudevillesque), du séducteur marié malgré lui à une femme dont il ignore tout. Mais il ne faut pas que les choses tournent au tragique. Au lieu d’une fille perdue, la femme trahie fera épouser à

son infidèle une jeune personne pauvre qu’elle avait recueillie par charité et qui d’ailleurs est digne du plus grand intérêt. Ainsi tout le monde y gagnera. L’infidèle sera puni, puisque dupé, mais puni en somme pour son bien. Elle aura accompli ensemble un acte de vengeance et un acte de charité. Perfide et généreuse : tous les plaisirs à la fois.

Et Sardou ne se demande pas une minute si le sujet ne perd pas à ce changement toute sa puissance d’émotion et s’il n’a pas ramené une invention tragique à la plus plate banalité. Il en est toujours ainsi avec lui : plus il s'efforce de creuser en profondeur, plus se révèle cette Impuissance et ce néant. Prenez les plus connues des hautes comédies de sa maturité, celles qui ont l'air de

Page 1