‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 34 sur 81 · ET D ’'’'AUJJOU RD ’HUI SSSR AE EE ER RE EE TERRE · texte numérisé non relu

ET D ’'’'AUJJOU RD ’HUI SSSR AE EE ER RE EE TERRE

vouloir, par delà l’attrait superficiel dont je vous parlais, traiter vraiment des sujets humains, demandez-vous ce que Dumas ou Augier par exemple aurait tiré de ces mêmes données et voyez ce qu'il en reste entre ses mains.

Séraphine (1869) pourrait être une étude vigoureuse. (I s’agit ici d’une femme jadis adulée, légère même, adonnée maintenant que les années sont venues à la dévotion, orgueilleuse et aigrie, sans en avoir tout à fait conscience et cherchant à détruire autour d'elle, et même chez sa fille, tout ce qui est joie de vivre, illusions bienfaisantes, confiance en l’avenir). Cette atroce jalousie, cette aigreur : entre les mains d’un peintre de l’âme humaine vous voyez ce qui pourrait en sortir et vous songeons à l’Envers d’une sainte, ce chef-d'œuvre de M. de Curel. Avec Sardou, tout cela avorte piteusement et la pièce dévie en une histoire banale de lettre volée — une fois de plus.

Daniel Rochat (1870) pose entre deux époux le pévible conflit entre la religion de l’un et l’athéisme de l’autre, un sujet que Dumas aurait pu traiter. Mais la pièce est destinée à la Comédie-Française ; il est un peu gêné pour déployer ses ressources de vaudevilliste, il se contraint — et il ne reste plus rien que de froides controverses.

Avec Rabagas (1872) il veut donner son Fils de Gi- ‘boyer et la pièce, pleine d’allusions directes à un grand tribun est amusante, spirituelle :

RABAGAS

Victoire, monseigneur !… Nous triomphons, Votre Altesse et moi, sur toûte la ligne !.…

Mao.

THÉ AT RE D’'HIER ES

LE PRINCE

Merci du pluriel !.…

RABAGAS

Pardonnez, prince, cette émotion !.… bien légitime. à un homme qui vient de vous sauver.

LE PRINCE

Vous ?

RABAGAS

Au péril de ma vie, tout bonnement !.…

LE PRINCE. Mais enfin, monsieur, expliquez-moi !.…

RABAGAS

Un guet-apens ! monseigneur ! mais le guet-apens le plus habile, le mieux organisé !… Je descends par cette porte pour regagner mon logis !…. Trois hommes embusqués sautent sur moi, me prenant pour vous, étouffent mes cris, me bâillonnent, me garottent et me jettent dans une voiture, qui part comme une flèche. Crier ?… impossible ! Me débattre ?.…. inutile !… Et je finis par accepter ma torture, avec joie, à la pensée que je la subis pour Votre Altesse !

LE PRINCE

Continuez.

RABAGAS

Une heure de ce supplice, et la voiture dévore l’espace ! Tout-à-coup, PP

rumeurs et cris de joie !.… « C’est le prince ! > Une horde de gens armés entoure la voiture, l’escorte én courant : nous brûlons le pavé. Nous arrivons !.… Tout s'arrête !.… C’est la mairie de Menton! On se jette sur moi, on m'enlève, on me déballe ! Stupeur et déception. « Rabagas ! > Je veux m'expliquer. Fureur. On me reficelle et l’on me jette sous une table !.… Le nouveau gouvernement installé par Camerlin, dans une chambre verte, veut justifier l'erreur et me délivrer ! € Trahison ! » Un autre gouvernement s’improvise, Vuillard en tête, coffre le premier dans sa chambre verte, s’installe dans une chambre jaune, décrète, légifère, vocifère.. Tandis que Petrowlski se promène en bottes neuves sur ma table, qui grince et gémit !… mais pas tant que moi !… A deux heures moins le quart, grande poussée ! un troisième gouvernement, fondé par Chaffiou, entre par la fenêtre, s’installe dans une chambre rouge, et

Mope.

ESS SE EP OL met sous clef le gouvernement jaune qui tient toujours captif le gouvernement vert. Mais à deux heures, le gouvernement vert s’évade par la cheminée, rentre par la cave, et supprime le gouvernement rouge qui redescend par la fenêtre, en cédant sa place au gouvernement jaune épouvanté qui se réfugie sous les toits ! ! !.… Vuillard arrête Camerlin, qui arrête Pétrowski, qui arrête Chaffiou… qui les arrête tous ! ! !… Trompettes ! les gendarmes !… Sauve qui peut !… la table s’écroule ! Je fuis et j'arrive !… évadé de trois révolutions légitimes, en faveur de

trois gouvernements de leurs choix !… qui ont duré chacun un quart d'heure.

Avec cette réserve que la prose — la prose de Sardou — ne peut prétendre à l’éclat des grands vers comiques, c’est un peu la verve et le mouvement du récit du Menteur. Et l’on songe encore à certaines tirades de Regnard, mais quelle est la substance de la pièce ? Cette idée nouvelle qu’un révolutionnaire, au pouvoir, devient ami de l’ordre. Et quelle est l’intrigue ? Ce politicien joué par une jeune femme élégante, par une Américaine riche à millions de dollars, grande voyageuse et pourvue du petit accent aigrelet et pointu que vous savez... Cela dans une principauté plus ou moins monégasque. Nous attendions une comédie politique : nous voici au seuil de l’opérette.

- Quant à la question du divorce, il y reviendra à deux reprises : un mélodrame d’Ambigu et, pour le Palais Royal, un vaudeville : Divorçons. Tout de même je préfère Mme Caverlet, ou la Femme de Claude, ou la Loi de l’'Homme et les Tenailles de Paul Hervieu.

Je n’ai pas l’intention de suivre tout ce répertoire. Cela nous mènerait loin — et nous tiendrait longtemps. — Avec cette facilité, cette absence de scrupules littéraires, ce mépris de la vérité, il peut aborder tous les

LONArE

THÉATRE nc ni … ES

genres et apporter à tous les mêmes ressources, leur appliquer la même technique : Sardou passe allègrement des caricatures de Nos bons villageois aux grandes décorations du drame historique.

Ici, par la faveur d’un sujet plus heureux (le sujet de Patrie ou de la Haine), il pourra lui arriver de donner l'illusion de la grandeur, mais à l’ordinaire il se contente de brosser de vastes décors ou de découper en tableaux, pour une admirable actrice, des anecdotes violentes et brutales.

Et voyez la monotonie des procédés. Je vous signalais, dans Nos intimes l’indépendance de ces deux éléments : des esquisses de mœurs vivement brossées — et une petite anecdote sentimentale,tout à fait distincte et qui vient s’emboîter au milieu pour servir d’intrigue.

Exactement le même mécanisme. Le drame ne vient pas d’un seul jet, pas plus que la comédie. IL s’agit toujours d'adapter des éléments distincts et interchangeables. La préface de la Haine nous révèle ses secrets de composition. D’abord un sujet non plus sentimental mais atroce et pouvant, par sa banalité brutale se placer n'importe où. Après quoi le dramaturge parcourt son histoire, cherche une époque et un milieu prêtant à décors, variés d’une pièce à l’autre ; il y insère son anecdote, rabotte et vernit le tout, et voilà un drame en mar-

quetterie soignée. Je n’invente rien.

J'ignore comment l’idée dramatique se révèle à }’

frères. Pour moi, le procédé est invariable. Elle ne que sous la forme

de dégager l’i

esprit de mes con- . i i E m’apparaît jamais

une sorte d’équation philosophique, dont il s’agit nconnue, — Dès qu'il s’ést posé, ce problème s'impose,

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