‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 57 sur 81 · THÉ AT RE D ’HIE R RD RE EE ES · texte numérisé non relu

THÉ AT RE D ’HIE R RD RE EE ES

devant son cadavre, lira le testament d’une si grande beauté qui remplit à peu près le quatrième acte.

Tout cela est d’une sauvage grandeur. Quand ils se trouvent en présence d’une de ces œuvres exceptionnelles à qui ils veulent témoigner à la fois leur respect et leur ennui, les critiques de théâtre ont une formule commode : c’est une tragédie.

Les Fossiles sont une tragédie en effet, et du type Cornélien, — une de ces pièces où l’héroïsme nous épouvante et parfois n’est pas loin de nous inspirer de l’horreur. Un monstre, peut-être, le duc de Chantemelle, mais savons-nous exactement où finit la grandeur, où le monstrueux commence ? Et quelle poésie, encore, non pas apportée du dehors, mais jaillissant de l’œuvre même, dont elle est l’âme harmonieuse !

Vous voyez de quelle qualité sont les personnages et les sujets de M. de Curel, comment il échappe à la fois. au réalisme strict des disciples de Becque, et au mysti- + cisme amoureux de l’école Porto-Richienne. Ce qui l’attire, ce ne sont pas les médiocres, asservis à la platitude journalière, ni les dégénérés à la volonté défaillante. Ce sont les âmes violentes et tourmentées, ce sont les lutteurs et les conquérants: Julie Renaudin dans l’'Envers d’une Sainte, Gabrielle de Guimont dans l'Amour brode, M" de Grécourt, le duc de Chantemelle, en attendant Jean de Miremont, Albert Donnat cu le grand aventurier du Coup d’aile.

Mais le Coup d’aile, ne semble-t-il pas que ce soit le titre général de tout ce théâtre ?

ET D’'AUJOU RD HUIT

Certes M. de Curel ne songe pas à détrôner l’amour, à le chasser de ce domaine où tous les autres auteurs dramatiques ont affirmé son pouvoir. Il tient au contraire à lui conserver toute sa puissance, tragique et brutale, sauvage même. L’amour est la grande force de vie ; c’est l’arme terrible de la nature qui poursuit ses fins, indifférente à nos angoisses et à nos désastres. M°° Riolle, dans l’ Ame en folie et cet admirable second acte de Terre Inhumaine nous en offriront des témoignages saisissants. Mais les amoureux de ce théâtre, viril et sain, seront autre chose vraiment que les victimes passives et abouliques du désir, que ces maniaques sans volonté, sans dignité, sans conscience dont je vous parlais la dernière fois et dont on a tant abusé.

En présence de l’amour, sommes-nous réduits à cette morne veulerie ? N’avons-nous plus qu’à nous abandonner en chantant notre peine ? La vie, n’est-ce que cela ? Sommes-nous les êtres d’un seul instinct, et l’instinct de ia lutte, le goût de l’effort puissant et libre, toutes les aspirations, qui elles aussi pourtant nous semblent tenir au plus intime de notre être, tout doit-il abdiquer devant le tyrannique appétit sexuel ?

C’est à un autre spectacle que nous convie M. de Curel. Ce qu’il nous présente, ce sont toutes ces forces tumultueuses, heurtées violemment les unes contre les autrés et déchirant le cœur où elles se livrent bataille : les forces de vie et les forces de mort, les égoïsmes de l'individu et les voix de l’espèce, — et d’autres voix encore qui viennent de plus haut, — ce qui nous attache à l’animalité, ce qui nous fait hommes et ce qui nous soulève d’an grand élan mystérieux.

THÉ ATRE D HIER A

Voilà quelle est la matière de ce théâtre. Vous en voyez déjà, et nous y reviendrons, la vérité tragique, la richesse et la pathétique grandeur.

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F. de Curel. — Les Idées

Dans les premières œuvres de M. de Curel, toutes frémissantes de passion, mous avons vu se dégager aussi un élément de pensée et je vous disais quelle en est à la fois la profondeur et la valeur proprement dramatique. C’est qu’il ne s’agit plus ici d’une propagande s0ciale, ni des constructions arbitraires de la comédie à thèse.

A. Dumas nous en:a donné la preuve et nous la trouverons encore dans le théâtre de Paul Hervieu, toute comédie à thèse, toute comédie démonstrative se condamne d’elle-même et par son principe. Elle impose au théâtre une rigidité qui lui enlève la souplesse et le pathétique de la vie : le théâtre vit d'incertitude et d’émotion, Mais n'est-il d'émotion que dans l’ordre du sentiment, et pourquoi l’émotion de pensée, plus noble et plus féconde, où participent le cœur et l'intelligence resterait-elle hors de son atteirite ?

Dans un article d’'H. Becque, je relève cette phrase un

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