SA TODE
THÉ ATRE D ’HIER ES
Je sais bien que les Tenailles sont une pièce de début, maïs ces pièces de début nous révèlent souvent le véritable caractère d’un écrivain. Son théâtre par la suite s'élargira ; il perdra un peu de cet aspect géométrique, mais sans cesser d’être rigide et impérieux. La raideur des Tenailles, sa première pièce, se retrouve, à peu près intacte en 1909 dans la dernière, celle qui a pour titre : Connais-toi.
Ce que P. Hervieu a toujours essayé de réaliser, c’est une sorte de tragédie moderne aux situations simples et terribles, aux personnages absolus, entêtés dans leur orgueil ou broyés par une fatalité implacable. Presque toujours, un point de départ identique, un dilemme, un problème de fait ou de sentiment : dans l’Enigme, deux frères qui savent que l’un d’eux est trompé par sa femme, sans pouvoir découvrir lequel ; — dans la Course du flambeau, une femme obligée de choisir entre deux êtres également chers. |
Ici cependant, l’émotion est d’ordre supérieur. Il ne s’agit plus comme autrefois de combattre une loi humaine et par conséquent révocable. C’est contre une loi de nature que se débat Sabine Revel. Prise dans cette cruelle obligation de sacrifier sa mère ou sa fille, elle n'hésite pas, elle ne peut pas hésiter. La nature « demande sans trêve aux ascendants toutes leurs forces vives pour en armer ceux qui descendent vers les plaines de l'avenir. L’amour descend et ne remonte pas ». Sabine condamne sa mère et quand, abandonnée par sa fille à son tour, suivant la même loi, elle se trouvera seule, éperdue, c’est en vain qu’elle essaiera de faire revivre les
fantômes du passé. Le flambeau est en d’autres mains, vers l’avenir.
Il se dégage de tout cela une impression puissante et généreuse — d’une générosité qui ne s’étale pas en grandes tirades, mais qui échauffe l’œuvre comme d’un foyer intérieur.