FA CES
Vous m'’excuserez de ne pas chercher de transition ingénieuse pour passer de Paul Hervieu à M. Maurice Donnay. Ils se ressemblent fort peu. Ce que je pourrais invoquer pour me justifier de les faire voisiner ainsi, c’est précisément cette contradiction qui est entre eux. et qui les éclaire réciproquement. C’est aussi une concordance curieuse entre les dates de leurs œuvres essen-. tielles.
C’est en 1895 que se jouent Les Tenailles d'Hervieu et Amants de M. Donnay, le véritable début de l’un et de l’autre. — En 97 la Loi de l’homme, du premier et la Douloureuse, du second. — L’Enigme et la Course du flambeau (Hervieu) sont de 1901, l’Autre danger (Donmay), de 1902. — Le Dédale (Hervieu) et le Retour de Jérusalem (Donnay), appartiennent à la même année 1903. — Le Réveil (Hervieu) est de 1905, Paraître (Donnay) de 1906. Si je ne vais pas plus loin c’est que la production d’Hervieu s’arrête à peu près ici, mais il y a un parallélisme singulier.
Quant aux différences qui déjà les éloignaient l’un de l’autre, l’année de leur début, elles sautent aux yeux.
THÉ AT RE D ’'HIE R RP
Paul Hervieu venait de la Revue des Deux-Mondes, sous le proconsulat de Brunetière. M. Donnay descendait de Montmartre ; quoique les garçons du Chat Noir fussent costumés en académiciens, on n’y goûtait pas tout à fait le même genre de littérature. Le cabaret fondé par Rodolphe Salis était alors en pleine vogue et ce n'était certes pas le premier cabaret littéraire, mais c'était le premier qui se fût soucié d’attirer la foule des gens du monde et des snobs et de leur offrir de véritables spectacles-concerts organisés. Ancien élève de l’école centrale, dessinateur dans une entreprise de constructions métalliques et venu là, un soir, par fortune, dire quelques vers, M. Donnay fut aussitôt une des étoiles de la compagnie. Ses petites pièces d’une grâce impertinente et fine furent accueillies avec enthousiasme. Ainsi se révéla sa vocation théâtrale.
Les premiers acteurs qu’il connut, ce furent les ombres chinoises du Chat noir, charmants artistes en zinc découpé, admirables d’abnégation, dépourvus d’orgueil et de cabotinage, respectueux du texte de l’auteur, incapables d’y rien ajouter, ignorant les rivalités, les jalousies, de conscience et de mœurs irréprochables, toujours sur la brèche quand ils n’étaient pas dans leurs boîtes, impassibles sous les applaudissements, comme ils lauraient été sous les sifflets. Mais on ne sifflait pas. M. Donnay dut les regretter souvent quand il eut à faire manœuvrer d’autres pantins, en chair et en os. C’est pour eux qu’il écrivit cette petite revue intitulée Ailleurs où l’on voyait le poète Terminus (Verlaine) courir Paris en compagnie de la statue de Voltaire des-