CRE ES RE
Mais la délicatesse de l’auteur sait s’arrêter au point exact, sa merveilleuse dextérité évite tous les périls. Au théâtre, quoi qu’on ait dit souvent, l’important n’est pas de frapper fort ; il suffit de frapper juste.
Yoyo d’ailleurs est seule de son espèce dans ce répertoire. Ce ne sont pas les exceptions monstrueuses qui peuvent intéresser un esprit de cette qualité. La matière de son théâtre reste toujours profondément humaine. Rappelez-vous le douloureux conflit de Révoltée, l’émouvante silhouette de M”*° Leveau, l’exquise délicatesse de Mariage blanc, — et surtout la générosité du Pardon.
Ici, une situation qui évoque des souvenirs. Il s’agit de deux époux, coupables tous deux, l’un envers l’autre, de la même faute, et qui n’ont pas le courage de se séparer, et qui pardonnent avec une tristesse infinie. Ecoutez l’aveu du mari :
Le mal est contagieux : celui que tu avais fait m'a comme fasciné et corrompu moi-même... Mais aussi, je n’ai plus le droit, à présent, d’être ergueilleux et dur avec toi. Nous sommes quittes : cela est triste et honteux à dire, surtout pour moi, et cependant je le dis avec une sorte
de soulagement. C’est encore un lien, vois-tu, d’avoir souffert l’un par l’autre, d’avoir été pareils dans la faute et dans la douleur. Ou plutôt, tandis que j'en parle, il me semble que c’est déjà loin, très loin. Il ne nous en restera qu’un peu de mélancolie, avec une tendresse plus sérieuse et plus indulgente… Enfin, je t'aime, Suzette… Reconnais mes bras : ce sont ceux d'autrefois, d'avant ce mauvais rêve. Veux-tu que nous recommencions à vivre ? Le veux-tu, ma chérie ?
SUZANNE, lui jetant ses bras autour du cou.
Ah ! Georges, que Dieu ait pitié de nous !
Il y a dans ce geste et dans ce cri, à la fois le triomphe de l’amour et l’épouvante d’une vie sur laquelle pèsera désormais ce souvenir. Et on se rappelle le dénouement