ET D'AUJOURD HU CREER ES EE PA
tuée surtout à considérer que l’œuvre importe plus que les interprètes, M.. Copeau n’avait d’autre ambition que d'offrir aux écrivains jeunes et sincères, un concours : fervent et désintéressé. — Bien entendu, on n’était plus au temps du réalisme et il ne s’agissait plus de leur imposer certaine formule brutale, Toute liberté de ton leur était laissée. Servir l’art, ce n’est pas lui infliger des brassières. |
La mise en scène, telle que la comprenait M. Copeau, témoigne de cette discrétion. volontaire. Il n’avait garde de revenir au décor trompe-l’œil. du théâtre traditionnel, mais il évitait aussi le décor réaliste et minutieusement exact de. M. Antoine, sans tomber pour cela dans les stylisations sommaires et violentes des décorateurs russoallemands. Des costumes très étudiés, car le costume fait partie du personnage, sur un fond délibérément neutre et nu :.Ni portants, ni frises, ni toiles de fond. Quelques. indications seulement, quelques accessoires pour créer l’atmosphère de la pièce, il n’en faut pas davantage ; l’équivalent, en somme, avec moins de solennité de ce qui avait suffi aux classiques, de ce qui suffisait à Shakespeare ‘aussi. Permettez-moi de vous citer quelques lignes encore :
Tenir pour telle ou telle formule décorative, c’est toujours s’intéresser au théâtré par l’à-côté. Se passionner pour des inventions d’ingénieurs’ où d’électriciens, c’est toujours accorder à la toile, au carton ‘peint, à la disposition des lumières, une place usurpée ; c’est toujours donner sous une forme quelconque, dans les trucs. Anciens ou nouveaux, nous les répudions tous. Bonne ou mauvaise, rudimentaire ou perfectionnée, artificielle ou réaliste, nous entendons nier l’importance
de toute machinerie. | sd On pourra trouver suspecte cette déclaration de principe. On pourra
— fé LE
THÉ A T RE D.’ HIER nous représenter que sur la petite scène du Théâtre du Vieux-Colombier, force nous est de renoncer aux avantages d’une ample décoration. Nous pouvons répondre hardiment que nous nous réjouissons d’avoir à nous accommoder d’une telle pénurie de ressources. Nous en refuserions l'usage, s’il nous était proposé. Car nous avons la conviction profonde qu’il est désastreux pour l’art dramatique de lui ménager un grand nombre de complicités extérieures. Elles énervent,. détendent sa force. Elles favorisent la facilité, le pittoresque, et font verser le drame dans la féérie. Que les autres prestiges s’évanouissent, et, pour l’œuvre nouvelle, qu’on nous laisse un tréteau nu !
Le Vieux Colombier a pu nous donner ainsi quelques restitutions très curieuses de théâtre ancien : Le Soir des rois, les Fourberies de Scapin, Barberine, le Carosse du Saint-Sacrement. — Quelques nouveautés aussi qui ne sont pas négligeables : Cromedeyre le Viel de M. J. Romains, le Pauvre sous l'escalier de M. Ghéon, le Saül de M. A. Gide, le Paquebot Tenacity de M. Vildrac... Mais on ne peut dire que M. Copeau ait eu la bonne fortune, comme Lugné Poe, de nous révéler un art pleinement original, ou, comme Antoine, de susciter tout un mouvement dramatique. — Ce qui lui a manqué, c’est de pouvoir créer, pour son théâtre, un répertoire véritable (la faute n’en est pas à lui). De là sa retraite que l’on espère provisoire. Dût-elle être définitive, son exemple n'aurait pas été vain. M. Dullin au théâtre de l'Atelier, M. Pitoeff à la Comédie des Champs-Elysées, le théâtre de l’'Œuvre toujours vivant, le Théâtre des Arts, le théâtre des Jeunes auteurs prolongent le même effort. (je ne parle pas de la Chimère, des Escholiers, de la Compagnie de la Grimace), toute une série d’entreprises,souvent sans ressources et éphémères, intéressantes toujours. C’est là que s’élabore l’art dramatique de demain.
ET D’'AUJOURD’'HUI ERREURS
Si original que nous puissions le souhaiter, ce théâtre futur dont nous voyons à peine les premiers efforts, n’aura pas été à l’abri de certaines influences, — d’influences étrangères en particulier. Quand ils se dressent en révolte contre une tradition nationale périmée, les jeunes gens portent tout naturellement les yeux par delà nos frontières : être original, c’est d’abord changer de maîtres. Je n’ai pas besoin de vous rappeler la ferveur Shakspearienne de nos romantiques. Soixante ans plus tard, le réalisme et le symbolisme nous donnèrent la mode russe et la mode scandinave. Dans ces quinze dernières années, le tour est venu — ou revenu — de l’Angleterre, de l’Autriche et de l'Italie. B. Shaw, le D” Freud, M. Luigi Pirandello sont passés à l’avant-scène.
A dire vrai, il ne semble pas que, malgré le bruit fait autour de son œuvre et de son nom, malgré sa très belle Jeanne d’Arc, le premier ait exercé une influence profonde. En revanche le Freudisme, et le Pirandellisme ont des apôtres fervents. Il faut, au moins, signaler en passant ce que notre théâtre a pu en tirer.
On pourrait être surpris, en effet, de voir intervenir en matière littéraire le nom du créateur de la psychanalyse. Maïs la doctrine du D' Freud dépasse la portée d’une simple théorie médicale. Il semble même que les médecins soient plus sceptiques à son égard que les romanciers et les dramaturges. C’est peut-être que, pratiquement, en tant que méthode curative, elle est d’une application difficile et décevante ; c’est aussi que ce
THÉ AT RE D °° HIER