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pansexualisme a quelque chose de simpliste et de grossier à la fois, une sorte d’indécence pédantesque. Il ouvre cependant aux curieux de psycho-physiologie, aux chercheurs de tares et d'anomalies morbides, aux amateurs de cas rares et tragiques, un champ à peu près illimité.
© Cet inconscient qui reparaît en nous lorsque faiblissent les forces qui, à l’état normal, le refoulent et le contiennent, cet instinct profond et mystérieux dont tous nos sentiments peuvent n'être que des images déformées — ces désirs inassouvis qui continuent à vivre en nous en des régions de nous que nous ignorons, qui se révèlent à certains indices dont la signification nous échappe et qui sont le principe de tant de crises psychologiques, de tant de secouses violentes, de tant de crimes, même, inexplicables et de folies, n’était-ce pas, au-dessous du monde normal, tout un monde mystérieux ? Et l’on apercevait, en foule, de nouvelles combinaisons dramatiques et peut-être même un tragique nouveau. | Certes, je ne dis pas que le D’ Freud ait découvert tout cela ; lui-même dérive en ligne directe de Charcot et de Bernheim, et déjà sur le plan littéraire, nous avions le théâtre de M. Mæterlinck. Mais il a porté. en ces recherches difficiles, une clarté plus vive, un esprit systématique, un certain cabotinage aussi, qui frappe l’attention et s’impose au snobisme. Quelques réserves que l’on puisse faire, du moins aura-t-il aidé certains romanciers à élargir leur vision (Je pense à la Bonifas de M. Jacques de Lacretelle) et suggéré à quelques dramaturges des situations tragiques capables de secouer violemment
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les nerfs des spectateurs (Voyez par exemple les drames de M. Lenormand).
Ce sont des curiosités du même ordre que soulève le théâtre de M. Luigi Pirandello. Lui aussi s'inspire des recherches de la psychologie expérimentale. Lui aussi est hanté par le problème de la personnalité, et poursuit avec la même curiosité les cas exceptionnels et maladifs ; mais avec lui nous sommes plus à l’aise : nous n'avons plus cette impression gênante de charlatanisme.
Sicilien d’origine, professeur à l’école normale de jeunes filles de Rome, son œuvre, déjà considérable, s’impose au respect : 4 volumes de nouvelles, 4 volumes de théâtre, un roman (Feu Mathias Pascal, traduit en Français dès 1910) : c’est vraiment un écrivain et un créateur. L’Atelier avait déjà joué La volupté de l'honneur ; le 19 avril 1923 la Comédie des Champs Elysées (Direct. . Hébertot, mise en scène de Pitoeff) donne de lui une comédie au titre énigmatique : Six personnages en quête d'auteur, pièce à faire. L'originalité est là. La pièce se fait sous nos yeux. Nous assistons vraiment à une création : et c’est ce mystère, le mystère de la création artistique, qui est le sujet.
En quelques mots voici la donnée. Une scène de théâtre avant une répétition, le plateau vide et nu, sans décors. Des conversations décousues : récriminations de cabotins, grognements du directeur... Et voici que descendent du cintre, six êtres fantomatiques, irréels, funèbres, venus on ne sait de quel pays de songe, de quel monde inconnu, inconcevable même — héros d’un drame possible, non réalisé encore mais qui demande à
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l’être. Et leur existence irréelle, sur cette scène de théâtre, va devenir de la vie ; leur personnalité va se substituer à celle de ces comédiens ; le drame qu’ils portent en eux va se matérialiser, devenir réalité vivante. Des passions se heurtent ; dans ce chaos, un ordre veut s’établir ; des lueurs percent le brouillard, qui s’épaissit encore ; des vérités profondes cherchent à s’adapter à la pseudo-vérité du théâtre... La pièce n’est pas autre chose que cet effort douloureux.
Pièce étrange, vous le voyez, où le rêve ne se contente plus de cotoyer la vie maïs se fond en elle d’une union si intime que nous ne distinguons plus le songe du réel (mais se distinguent-ils vraiment et est-il autre chose que des rêves et des reflets ?), — œuvre hallucinante comme un conte d’Hoffmann et pleine de pensée, d’une pensée toute enveloppée de brume.
Ce fut pour les critiques une révélation. On pourrait s'étonner que le public, non prévenu, ait suivi les critiques. Pourtant c’est un fait ; aussi éloignées de nos habitudes, les œuvres suivantes de Pirandello, Chacun sa vérité, Vêtir ceux qui sont nus, Henri IV, se sont imposées de la même façon.
C’est que, chez lui, le penseur et l’homme de théâtre ne font qu’un et que celui-ci est d’une adresse merveilleuse. Tous les éléments dramatiques de ses pièces enrichissent, éclairent leur substance philosophique, — et toutes les idées se réalisent scéniquement. Il excelle à distribuer les péripéties, à ménager les surprises ; il tient la curiosité haletante et il passionne les intelligences. Tout son théâtre est ainsi ; des situations poignantes, des
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intrigues étonnantes de force précise, puissamment liées, dans une atmosphère de brume où se détachent quelques thèmes favoris :
La fiction et la réalité se confondent au point d’être indiscernables. — Toute réalité n’est qu’apparence et toute apparence est, à sa façon, une réalité. — Il n’y a pas une vérité, mais des vérités, contradictoires, qui se valent.
Tout homme est incompréhensible à un autre homme, et incompréhensible à lui-même. La personnalité est un chaos de forces contradictoires ; nous ne sommes que fuyante mobilité, qu’insaisissables reflets.
Tout est mouvement, rien ne se fixe. Le temps s’écoule ; chaque seconde, chaque fraction de seconde est un abîme qui se creuse et toute notre vie est un effort pour retenir ce qui nous échappe sans cesse, pour saisir ce qui n’est déjà plus.
On songe à la métaphysique de M. Bergson, aux théories d’Einstein, aux analyses de Marcel Proust : mais vous voyez ce qu’il y a là de fécond au point de vue du théâtre.
L’essentiel du mécanisme théâtral, dans les différentes écoles, avait été la netteté du trait et la précision. Précision dans le déroulement des faits : toute exposition conduisait à un dénouement ; une énigme posée nous savions qu’elle serait résolue. Précision dans la ligne des personnages ; si compliquée que fût leur psychologie, ils vivaient d’une vie individuelle ; leur personnalité se heurtait à d’autres personnalités. On était situé dans l’espace, dans le temps. — Ici, nous sommes dans le do-
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maine de l’imprécis et de l’irréel et la notion même de réalité semble une infirmité de notre intelligence. Les données premières de l’intrigue nous offrent toujours une énigme qu’elle ne résout pas, qu’elle montre insoluble. Les caractères sont doubles ou triples et rien ne nous permet de choisir ou de débrouiller l’écheveau. Tout est fluide, insaisissable, angoissant comme une sorte de cauchemar invincible ; mais de cette angoisse même se dégage une vision particulière du mystère de
la vie, du mystère de l’homme — et un tragique nouveau,
. Je ne prétends pas, en quelques minutes, à la fin d’une dernière conférence, passer en revue la production dramatique actuelle. — Les conditions du théâtre contemporain, ces influences étrangères, le besoin aussi de quelque nouveauté après le fossé de la guerre, tout cela a fait apparaître dans la jeune génération certaines tendances. IL est trop tôt sans doute pour les définir et mieux vaut attendre que les lignes essentielles se dessinent nettement ; nous sommes un peu dans la confusion d’un départ. Déjà cependant quelques indications se précisent : je vous les signale en peu de mots.
D'abord, et si nous mettons à part quelques fournisseurs négligeables de mélodrames grossiers et de comédies bien parisiennes — une Asie à l'égard non seulement de la pièce bien faite, mais de la pièce faite, organisée. Augier et Dumas, et par instants M. H. Bern-.
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stein et Bataille lui-même paraissent aussi loin de nous
que Scribe et Sardou.
Est-ce modestie de leur part, ou nonchalance, ces jeunes gens semblent craindre le trop grand effort, l’effort soutenu. La grande comédie d’autrefois en 5 actes s’est réduite à 4 puis à 3, et l’on dirait qu’elle veut s’amincir encore, et les actes eux-mêmes se dépouillent de matière, se vident de personnages. La rhétorique a fui (ne la regrettons pas) et aussi les développements, les analyses poussées. On se contente volontiers d’indications brèves, ingénieuses souvent et capables d’émouvoir la sensibilité et l’intelligence du spectateur mais qui ne vont pas beaucoup plus loin et n’exploitent pas ce qu’elles semblaient offrir. C’est une discrétion qui n’est pas sans charme. Des pochades, des esquisses, des tableautins plutôt que des tableaux complets et achevés.
Il y a bien là, si vous voulez, une survivance du Théätre-Libre, du réalisme encore ; mais les mêmes mots ne s’entendent plus comme au temps lointain du réalisme officiel. Avec la mise en scène, la notion même de la vérité théâtrale s’est transformée une fois de plus, de M. Antoine à M. Copeau. Elle ne réside plus dans la fidélité matérielle du détail, dans la recherche des notations expressives et du pittoresque extérieur. Ce ne sont plus ces touches juxtaposées, criardes, cet amour agressif de la laïdeur. D’un art de représentation directe nous. sommes passés à un art d’évocation.
Il suffit de comparer aux tranches de vie saignante à la mode d'il y a 35 ans, le réalisme moderne de M. Ch. Vildrac par exemple, l’auteur de ce fameux Paque-
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bot Tenacity et plus récemment de Madame Béliard. Aucun souci de l’accessoire qui amuse les regards ; aucun désir d’exactitude minutieuse, photographique ; aucun effort pour rendre visible un milieu, pour camper des silhouettes violentes, en relief. Mais, ce qui vaut mieux, de la vérité toute simple, banale même, une parfaite justesse de ton, la haine de l’artificiel et du convenu, la haine aussi des partis pris brutaux et des couleurs excessives, une émotion discrète, pénétrante, sans éclats de voix, — un accent de sincérité qui ne s'impose pas à l'admiration, mais qui alimente la rêverie et se prolonge en elle.
Et j'en dirais autant de la Sourianite Madame Beudet, de MM. Denys Amiel et Obey, de Mademoiselle Pascal, de M. Martial Piechaud, du Printemps des autres, de M.J.-J. Bernard et surtout de sa délicieuse Martine. Rien de plus simplement douloureux que cetie anecdote : une petite paysanne oubliée de celui qui l’a aimée, — et qui se console et qui vivra sa vie, mais qui n’oublie pas. Vous devinez ce que le théâtre réaliste aurait tiré du sujet, vous voyez le décor, vous entendez ces paysans, vous sentez ces odeurs d’étable, ce déchaînement d’animalité. (Il suffit de vous rappeler le premier acte de Blanchette, le Maître, de J. Julien et plus loin La Terre, de Zola.) Ici rien qu’une large et prenante sincérité, pas une couleur discordante, l’histoire charmante et mélancolique d’une de ces désillusions qui flétrissent une existence — et pourtant lui donnent son prix.
À côté de ce réalisme épuré, il me serait facile de vous présenter avec M. Gabriel Marcel d’intéressants
exemplaires du théâtre d’idées, de vous montrer que se prolonge de même, en se renouvelant, la tradition du théâtre psychologique. Il y a une singulière vigueur d'analyse dans la première comédie de M. Raynal, et beaucoup d’adroite souplesse dans le théâtre de M. Géraldi à qui daigna s’ouvrir, avant tout autre de sa génération, le temple de la rue Richelieu. Il y a peut-être quelque chose de plus dans Le Souffle du désordre de M. Fauré-Frémiet. Avec lui, la comédie d'amour s’écarte pour la première fois, de la tradition de M. de Porto- Riche et d’'H. Bataille ; les hommes cessent d’être les loques lamentables que je vous ai dit ; la passion garde sa puissance destructrice, mais elle perd cette souveraineté qui semblait indiscutable. D’autres forces se dressent contre elle, et le tragique naît de cette lutte, au lieu de résider dans un éternel et fatal abandon. Cet effort pour remonter le courant dont vous avez vu la source, pour revenir à un art moins empêtré de lyrisme, plus sain, plus dégagé, plus classique fait honneur à une génération.
Maïs ce que je tiens à vous signaler surtout, c’est l’apparition, — ou la réapparition simultanée de deux tendances divergentes pourtant, contradictoires même :
D’une part le succès de quelques farces outrancières (très éloignées du vaudeville de jadis), tantôt truculentes, violemment colorées avec le Hollandais francisé M. Crommelynck, — tantôt plus classiques, un peu scolaires même avec le Dardamelle de M. Mazaud, PEcole des athlètes de M. Duhamel et les fantoches
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burlesques de M. Romains : le médecin Knock ou le professeur Le Trouadec ;
De l’autre, et c’est ici que les influences étrangères dont je vous parlais viennent rejoindre une tradition de chez nous, la curiosité du mystère, du rêve, de l’inexprimable, de cet au delà qui échappe aux prises de notre analyse et de notre raison. Je regrette de ne pouvoir signaler qu’en passant la délicatesse infiniment précieuse, un peu maladive de M. Jean Sarment, ou la vigueur de M. Lenormand. Ceux-ci sont déjà des maîtres et qui mériteraient une étude spéciale. Mais auprès d’eux, toute une série de jeunes écrivains partagent ce goût de l’introspection, négligent la réalité superficielle, pour se détourner vers ces arrière-plans de la personnalité humaine.
Tous ne recherchent pas, comme dans le Pêécheur d’Ombres ou Le Simoun, les cas extrêmes, anormaux où l’action de l’inconscient nous conduit aux limites de la folie. C’est dans la vie journalière, chez les êtres les plus tranquilles, les mieux équilibrés qu’elle leur apparaît. Et de là une conception nouvelle de ce qu’on a appelé le tragique quotidien.
Voyez l’œuvre entière de M. J. J. Bernard dont je vous parlais tout à l’heure. Elle nous révèle ces forces inconnues derrière nos impulsions les plus normales, derrière les sentiments les plus généraux de l’humanité : le remords (dans la Maison épargnée) la jalousie (dans le Feu qui reprend mal), l'amour (dans lInvitation au voyage). — Et voyez de même le Voyageur de M. Denys Amiel,