‹ Theatre d'un jourChapitre 3 sur 60 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, ADRIENNE dans le fond.

ADRIENNE

Hum!...

PIERRE

Ah! ce n'est que madame d'Anost.

ADRIENNE, s'avançant.

« Ce n'est que » est très poli. Alors, mes enfants, toute autre que madame d'Anost vous eût plutôt dérangés, hein?

PIERRE

Bah! dérangés de quoi? Toute la terre pourrait nous entendre! Cette femme, que j'adore, refuse de ra'aimer.

ADRIENNE

Voilà qui n'est pas bien, Renée.

RENÉE

Eh, ma chère, c'est un garçon qui me mènerait très loin!

Parbleu !

ADRIENNE

Et voici, Pierre, qui est fort mal.

RENÉE

Avec ça, méchant, malhonnête, et un toupet! Ne s'est-il pas, sous prétexte que mon mari est absent, engagé, cette nuit, sur la route de ma chambre?

PIERRE

Le prétexte n'était pas si mauvais.

ADRIENNE

Pour le coup, Verly, ceci devient honteux.

RENÉE

Par bonheur la porte du petit salon était fermée. Et pas de clef à la serrure.

ADRIENNE

Je respire !

PIERRE

Qui diable a pu enlever cette clef? Voyons, dans une maison honnête, les clefs sont sur les portes!

ADRIENNE

Quelque génie protecteur de la vertu de mes hôtes aura passé par là.

Chère amie, raisonnez madame d'Aubagnet,

dites-lui que jamais elle ne rencontrera un cœur plus gravement épris que le mien.

ADRIENNE

11 appelle ça raisonner quelqu'un.... Tenez, ne me faites pas parler.... Je lui conseillerais de briser sans délai ce cœur si grave.

PIERRE

Trahison !

ADRIENNE

Elle le briserait tôt ou tard, mieux vaut tout de suite.

PIERRE

Je préférerais beaucoup plus tard.

ADRIENNE

Le bonheur, jeunes gens, est dans la liberté.

RENÉE

Bravo !

PIERRE

C'est bien une bêtise de veuve sage, cela ! Le bonheur est dans l'amour partagé... et, pour madame d'Aubagnet, dans les impressions successives.

RENEE.

Je n'ai pas dit si j'y trouvais le bonheur.

l'amie des hommes. *1

PIERRE, à Adrienne.

Pourquoi ètes-vous mal pour moi, aujourd'hui?

ADRIENNE

Voyons, Pierre, je suis aussi l'amie de d'Aubagnet, il me témoigne de la confiance, et vous voudriez que... ah! fi!

PIERRE

Eh oui, je voudrais que....

RENÉE, à Adrienne.

Est-ce que mon mari, dans sa confiance, vous a parlé du colonel Menpenti?

ADRIENNE

Non, quel est ce militaire?

RENÉE

Un Italien bien utile, que je n'ai jamais vu. Christian a-t-il envie de dîner sans moi, il est invité par le colonel. S'il rentre très tard, c'est que Menpenti est noctambule et que tous deux ont circulé jusqu'au petit jour. Et hier, savez- vous quelle affaire l'appelait à Paris, quand il nous a quittés si brusquement?

ADRIENNE

Il a laissé cela dans le vague. (On apporte le thé. Au domestique :) Prévenez miss Hirty et monsieur Lefort que le thé est servi.

Eh bien, ce diable de Menpenti a un duel. Avec qui, avec un Polonais, que je ne connais pas non plus. De là, départ forcé en qualité de témoin. Ah! il n'y a rien à dire, j'ai vu le télégramme....

ADRIENNE

En effet, il n'y a rien à dire à ça.

RENÉE

Adrienne, est-ce que vous coupez dans le Menpenti, vous?

ADRIENNE

Mais, voyons, ma chère, puisque vous avez vu le télégramme !

RENÉE

Naïve enfant!

PIERRE, à Renée.

Vous le savez traître, il est votre mari, et vous lui faites vos yeux mouillés!...

RENÉE, rêveuse.

Quelquefois il me plaît.

l'amie des hommes. 23

Page 1