‹ Theatre d'un jourChapitre 5 sur 60 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, CHRISTIAN

Aharissement général.

RENÉE

Par exemple, mon mari!

C'est moi.

PIERRE

Déjà revenu I

ADRIENNE

Ah çà! d'où sortez-vous?

CHRISTIAN

C'est encore moi le plus étonné. Voulez-vous me donner le mot de la charade?

ADRIENNE

Quelle charade?

CHRISTIAN

Ça doit être très spirituel, mais je ne comprends pas.

RENÉE

Nous ne comprenons pas davantage. Voyons, Christian, expliquez-vous.

CHRISTIAN

Soit. Je pars hier pour Paris. Bon. J'arrive, j'organise le duel pour ce matin, je dîne bien, je dors... mal, vous savez, la veille d'une affaire....

RENÉE

Puisque ce n'est pas vous qui vous battiez?

Enfin je dors mal. Aujourd'hui, à l'aube, la rencontre. Issue funeste, je vous conterai ça. Et tout de suite après je reçois cette dépêche de Vierzon (a Adrienne), c'cst bien votre bureau? « Feu au château. Revenez ». Signé, Gertrude. Voilà la dépêche.

RENÉE, lisant la dépêche.

Gertrude.... Oui ça, Gertrude"? (on se passe la dépêche.)

CHRISTIAN

Eh! Je ne sais pas, moi! Je me dis : C'est quelque femme de chambre ou paysanne qui a signé son nom, par bêtise. Je laisse en plan le procès-verbal, et je cours à la gare, bouleversé. J'arrive à votre station, je crie au chef de gare : Feu au château d'Anost? — Pas que je sache, monsieur, peut-être un feu de cheminée.... Me voilà déjà vexé.

ADRIENNE

Vous eussiez préféré un sinistre plus général.

CHRISTIAN

J'arrive en vue du château, rien ne flambe. Pas même de fumée. Cest trop fort ! Si vite éteint ! Bien la peine de faire tant d'embarras ! Et enfin on m'apprend qu'il n'a pas été question d'incendie. Tant mieux. Seulement expliquez-moi Gertrude, et la dépêche, et tout. Je trouverai peut-être la farce drôle, mais je ne le crois pas.

ADRIENNE

Mon cher, nous n'avons pas brûlé, et je ne connais pas de Gertrude. C'est tout ce que je puis vous dire.

Gertrude, c'est une vachère qui est férue de vous et qui a voulu vous revoir!

PIERRE, indigné.

Cette mystification est stupide! Quel est l'animal qui vous a fait revenir? Il est à tuer.

CHRISTIAN

A la bonne heure, vous me comprenez, vous....

PIERRE

Parbleu !

ADRIENNE

Voyons, d'Aubagnet, consolez-vous que nous ne soyons pas rôtis....

CHRISTIAN

Ce serait moins ridicule.

ADRIENNE

... Et prenez une tasse de thé.

CHRISTIAN

Nous allons faire une enquête sur Gertrude?

l'amie des hommes. 35

adrienne.

Oui, là... gentil!... (Elle lui. verse du thé.) RENÉE.

Et ce duel, Christian?

Issue funeste, ai-je dit.

RENÉE

J'espère bien que le colonel Menpenti n'est pas blessé?

CHRISTIAN

Non, mais il a tué le Polonais, ce pauvre Lieszkewicz.

RENÉE

Tiens! hier vous l'appeliez Aminski !

CHRISTIAN

Eh bien oui, Lieszkewicz- Aminski.... D'ailleurs, ça ne fait rien, puisqu'il est mort!

Depuis le commencement de la scène miss Hirty et Louis Lefort causent à l'écart.

ADRIENNE

Regardez donc Lefort et miss Hirty, ils n'ont pas entendu un mot de l'histoire!... Eh là-bas, nous ne vous gênons pas?

LOUIS

Pas du tout. (Ils continuent à causer.)

ADRIENNE

Qui veut encore un peu de thé? (Tout le monde, sauf

Louis et miss Hirty, est groupé autour de la table.) DeS tartines?

LOUIS, à Annie.

Mon Annie, je vous aime éperdument, au point de commettre une folie!

ANNIE, exaltée.

Oh! oui, une folie!

LOUIS

Eh bien... mais redites-moi d'abord que vous m'aimez !

ANNIE

Oui, mon chéri, je vous aime!

LOUIS

Vous m'aimez... d'amour?

ANNIE

D'amour, oui, mon chéri!

LOUIS

Eh bien, voici ma folie : J'ai envie que vous soyez ma femme !

ANNIE

Votre femme? Vraiment, vous voulez vous marier avec moi?

LOUIS

Oui.

ANXIE.

Oh ! darling, c'est impossible, je suis fiancée depuis deux ans.

LOUIS

Allons donc!... Eh bien, vous vous dégagerez! Vous ne pouvez pas rester rivée à un être que vous n'aimez pas!

ANNIE

Oh! j'aime beaucoup mon fiancé.... Il est très loin dans les Indes. Je l'attendrai.

LOUIS, qui ne comprend plus.

Mais moi, vous avez bien dit que vous m'aimez d'amour?

ANNIE

Oh! oui, d'amour, mon chéri, tout à fait!

LOUIS, médusé.

Ah! (il demeure stupide.)

CHRISTIAN

Allons, ce thé m'a fait un peu de bien, maintenant je vais moccuper de Gertrude.

ADRIENNE

Laissez-moi ce soin. On me donnera au télégraphe des renseignements qu'on vous refuserait.

CHRISTIAN

Soit. A tout à l'heure.

Et dites que vous êtes très content de nous avoir retrouvés.

CHRISTIAN, grognon.

Très content, (ii sort.)

RENÉE

Je vais faire ma correspondance ! (signe d'intelligence à Pierre.)

ANNIE

Venez-vous avec moi, monsieur Lefort?

LOUIS

Évidemment.

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