M MILLY
Grandet!...
G It A \ I) i; T.
Que diable! tu me permettras bien de placer mon mot, je ne suis pas venu ici pour ne rien dire.
Mais, du moins, lu prendras garde à ce que tu (liras.
Oh ! ji- iToublieiai point ce que je dnis à la sii'.ur de mon ami!... une sœur!... diantre, une sœur!... moi, je n'en aijamais eu de sœur!...
L'AMI GUAMJKT.
ADÈLE, ;i la diiehossc.
Je suis heureuso de punsurquc monsieur d(^Jiiinilly cil a une, et qiiemondL'partne le laissera pu-, sans amie; car vous le consolerez, n'est-ce pas? je sais, moi, tout ce que fait souiïrir l'ingratitude de ce qu'on aime.
L\ DUCHESSE
Vous, mademoiselle, si jeune et si jolie!...
on AND ET.
Qu'importent la jeunesse et la beauté! les coquetteries d'une femme insensible et vaine ont fait oublier tout cela et bouleversé son mariage. Oui, son prétendu a connu une coquette, et voilà le bonheur bien loin!... Jumilly a connu une coquette, et voilà le repos et la gloire perdus ! moi j'ai connu une coquette, et je me suis cassé la jambe gauche!... Oh! les femmes!
i.A DUCHESSE, à part.
Quel supplice!... (A Jumilly.) Je suis ici depuis bien longtemps, vous peimettez que je vous quitte?.,. (Elle fait quelques pas.)
GRANDET, lui prenant tvès-respectueusement la main et la ramenant.
Comment, madame, si tôt!... nous ne le souffrirons point ; vous resterez encore près d'un frère dont vous regrettiez l'absence.
JUMILLY.
Cependant, Grandet...
Tu as beau dire! pour ma part, j'ai tant de plaisir à voir ici madame, que je serais capable de lui barrer le passage. (Il va reprendre sa place.) ADiiLE, à la duchesse.
Pardonnez-moi!... Je vous ennuie sans doute en parlant devant vous de ces tristes idées qui reviennent sans cesse, malgré mes efforts pour les chasser!... au moment d'unir à jamais notre sort, une affaire importante contraignit celui que j'aimais à quitter la province où nous étions si heureux.
LA DUCHESSE, à part.
Qu'entends-je?
Aussi, laisser venir un amoureux à Paris!. . c'est ouvrir la cage à un chardonneret!... cette année surtout, il s'en perd, c'est incroyable!... s'il y avait des petites affiches i)our ces choses-là, ce serait une fièrc entreprise!... au reste, ce qui est perdu ne l'est pas pour tout le monde: n'est-ce pas, madame?
LA DUCHESSE
Que sais-je, monsieur ?
GRANDET, à paît.
Oh! quelle moue elle me fait!... Ca. va bien, ça va bien !...
JUMILLY.
Ma chère Adèle, il faut oublier le passé.
ADÈLE
C'est ce que je m'efforce de faire eu oubliant monsieur de Nerval.
LA DUCHESSE
Monsieur de Nerval!. ..
JUMILLY, à part.
Nerval!... et ce bouquet de tantôt!... Ah je devine tout!...
LA DUCHESSE, à jait.
Cette fiancée de province, c'était elle!...
GRANDET, à part.
Bravo !... ça chauffe!...
A DE LE, à la duchesse.
Est-ce que vous le connaissez, madame? est-ce que vous l'avez vu?
LA DUCHESSE
Oui, quelquefois!
JUMILLY, à part.
C'est donc elle encore! Ah ! je ne savais pas tous ses crimes !... (Il va s'accouder sur la cheminée.) ADÈLE, à la tluchesse.
Dites- moi comment vous l'avez trouvé?...
LA DUCHESSE, à part.
Ah! ne me laissons point abattre!
ADÈLE
\'ous ne répondez pas! mais vous avez raison! tenez, je ne parlerai plus de lui! il n'y a place désormais dans mon cœur que pour l'amitié : aussi, je ne veux m'occuper que de monsieur votre frère!... vous ignorez peut-être combien le rend malheureux la duchesse de Langeais?
LA DUCHESSE
Mademoiselle !
GRANDET, à part.
Bravo ! bravo !
ADÈLE
Je ne la connais point cette duchesse!... mais riui})ortant, c'est que notre ami ne l'aime plus!... bientôt il sera comme moi ; il ne s'occupera pas l)lus d'elle que je ne m'occupe de M. de Nerval. Ah ! dites-moi , madame, vous qui savez sans doute pour quelle femme il m'abandonne... estelle bien plus jolie que moi?...
LA DUCHESSE
Mon Dieu, mademoiselle, j'ignore absolument...
GRAIVDET.
Oh! que non, oh! que non, vous n'ignorez pas!... Vous pourriez même, avec un peu de complaisance, dire à cette jeune et intéressante personne quelle femme lui a ravi son jîrétendu, quel art perfide elle employa pour l'attirer vers elle; car vous avez vu monsieur de Nerval aux pieds de la duchesse de Langeais.
ADÈLE
La duchesse de Langeais !...
JUMILLY, avec colère.
A ses pieds!...
Oh! très-respectueux et mystifié! ... comme les autres...
Commeut ! c'était elle?... eh bien! je ne sais pourquoi j'en avais le pressentiment !... je sentais
ACTK Dï-ii XI i:\ii:.
là quelque clinspqui m'i'lnignait de cette femnie !... Être aimée de monsieur de Jumilly, et penser ;\ d'autres!... pouvez-vous comprendre cola, vous, sa sœur, qui savez combien une femme doit être licureuse de son amour?... mais il paraît que cette ductiesse est faite ainsi !
GRANDET, à paît.
Elle va très-bien la petite provinciale I...
ADïiLE, à la diichesèe.
Vous devez bien la détester, n'est-ce pas, madame?
GRANDET
Oli ! madame la regarde d'un point de vue moins désavantageux : son opinion sur la duchesse n'est pas tout à fait impartiale.
LA DUCHESSE
Vous avez raison, monsieur; et, pour la dernière fois, j'espère qu'on me laissera sortir d'ici. (Elle fait quelques pas ver^ le fond.) ADÈLE, à part.
Qu'a-t-elle donc?
GRAND ET, se plaçaat entre Adèle et la diuhesse.
Vous voulez vous rendre au bal sans doute?... mais vous n'irez pas seule!... cela ue serait pas convenable.
LA DUCHESSE
Que voulez-vous dire?
GRANDET
Que j'ai engagé un jeune et beau cavalier à venir ici, il pourra vous offrir sa main.
JLMiLLY, venant se placer entre la duchesse et Grandet.
Qu'entends-je?
LA DUCHESSE, à part.
Quelle est cette nouvelle periidic?
or. AND ET.
Voici l'heure indiquée; il ne peut tarder. Et tenez, j'entends du bruit dans l'antichambre. UN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur de JNerval !...
ADJîLE, à part.
Nerval !...
LA DUCHESSE, i part.
Ah ! que devenir?...