‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 35 sur 764 · GRANDET, ADÈLE, DE NERVAL, JUMILLY, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

GRANDET, ADÈLE, DE NERVAL, JUMILLY, LA DUCHESSE

DE NERVAL, à Jiunilly eu entrant.

Vous m'avez fait iirier de passer chez vous, général... que vois-jc?... mademoiselle de Vauroy !

ADÈLE

Qui n'est pour rien dans cette rencontre, monsieur, et qui, devant dans quelques heures partir pour La Rochelle, a l'honneur do saluer monsieur de Nerval. (Elle l'ait quelques pas pour sortir.)

D E N E R VAL

Vous ici, Adèle!... vous!... et madame la duchesse de Langeais!...

ADÈLE, s'arréfcint et revenant en si-èiie. Comment?.. . la duchesse !...

DE NERVAL

L'ignoriez-vous ?

VDÈLE, l'examinant avec effroi.

Ali :...

GRANDET, à part.

Ça la corrigera peut-être des conquêtes en partie double.

JuxiiLLV, à part.

Grandet a été bien cruel !... mais du moins elle est punie.

DE NERVAL, à Adèle.

J'ose à peine, mademoiselle, lever les yeux sur vous! (A la duchesse.) Et ce n'était pas ici, madame, que j'espérais avoir le bonheur de vous rencontrer.

LA DUCHESSE

Arrêtez, monsieur!... (A part.) Il a repoussé mon amour!... il veut m'humilieret me perdre !.., oh ! que je souffre!

ADÈLE, stupéfaite.

C'était la duchesse de Langeais.

LA DUCHESSE, à part et Composant son visage.

S'il me voit humiliée, il ne m'aimera plus!... Du courage !

GRANDET

Oui, vraiment, il s'était rencontré une femme jeune et jolie, qui, froide, trompeuse et perfide... LA DUCHESSE, tout à fait remise et d'un ton moqueur et dédaigneuï.

Permettez , monsieur,que je vous interrompe !... ce début promet une piquante histoire ; je me hasarderai pourtant à prendre la parole!... non pas que je veuille enlever à monsieur... monsieur... comment se nomme-t-ii donc? (Elle est venue se placer an milieu, entre Nerval et Adèle.)

Grandet, madame, pour vous servir!...

LA DUCHESSE

Ah! oui!... Grandet!... je ne veux pas, dis-je, lui enlever le plaisir do nuire à une femme qui ne lui a jamais fait aucun mal !... non. il pourra encore la calomnier, l'offenser, sans crainte comme sans péril; mais, avant qu'il y parvienne, je désire que vous m'entendiez.

.1 UMILLV.

Eh ! madame, que pouvez-vous dire?

DE NERVAL

Comment vous justilicrez-vous?

LA DUCHESSE, riant.

-Me justilier?... quoi! vous pensez, messieurs, que je me crois obligée à une justification?.., il serait bizarre que moi j'eusse à me disculper, parce qu'il a plu à monsieur de Nerval, par exemple, de se donner un ridicule.

.1 IIMU. LY et ADÈLE.

Ah!...

GRANDET, à part.

Pour celui-là, die a peut-être raison.

L'AMI (iRANDl/r

I, \ n u c.H i:ss E, soui'ianl ainèrenipnt.

Au lieu d'appn'-cier les grâces naïves, la sensibilité vraie d'une jeune et charmante personne, il a fallu à un orgueil provincial un défi lancé contre le cœur d'une Paribienne à la mode!... Monsieur a engagé le combat; il a cru que, comme César, il pourrait dire: Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu!... Mais, quand on livre la bataille, il faut avoir les moyens de la gagner; et ce n'est pas moi qui, la première, ai dit : Malheur aux vaincus! AD£:l E, à part.

Elle me venge de l'ingrat.

DE N E n V A L.

Vous abusez, madame, de ma position et de la vôtre.

LA btCHESSE.

Ce n'est pas moi qui les ai choisies, monsieur !

GR A\ DET

Non!... c'est moi! mais convenez que vous avez joué gros jeu !... et même pour les joueurs les plus habiles, il y a parfois de mauvaises veines.

LA DUCHESSE

C'est possible!... aujourd'hui, par exemple, une faible femme s'est trouvée sans défense contre une surprise grossière qu'elle ne pouvait soupçonner, accablée d'inculpations humiliantes dont il lui était impossible de se garantir!... Car devait-elle prévoir que l'homme qui lui semblait le plus noble et le plus généreux se conduirait ainsi ?

JUMILLY.

Ah! ne m'accusez pas de cette action!...

I.A DlCHESSE, à Jumilly. C'est à mon tour de vous dire, monsieur : Je ne vous permets pas encore de me répondre!... Afin d'obtenir la triste satisfaction de vous venger d'une femme que vous prétendiez aimer, vous avez, pour déchirer son âme, sacrifié l'honneur et la délicatesse!... Qui donc a perdu la partie?

JUMILI.Y, troublé.

Madame!...

GRANDET, à part.

Venons à son secours... (Haut.) Vous avez infiniment d'esprit, madame, tout le monde le sait; ce qu'on a fait aujourd'hui sort un peu des règles ordinaires, j'en conviens!... vous pouvez nous accuser... mais, du moins, vous ne nous séduirez plus.

LA DUCHESSE, riant.

Oh!... et que ferais-je, je vous prie, de la séduction de monsieur Grandet?

GRAND E T

Eh mais!...

LA DUCHESSE, à Jumilly.

Je suis chez vous, monsieur; j'y suis par surprise; et cependant réputation, estime, tout ce qui fait la considération d'une femme peut m'être enlevé par cette misérable vengeance !

J UMILLÏ.

Ah ! vous ne doutez point de ma volonté de vous

soustraire à tout danger, à toute interprétation fâcheuse !

GRANDET, à part.

Diable de poltron!...

LA DUCHESSE, à Jiimilly.

Je n'exige rien de vous, monsieur, que la patience de m'écnuler un moment !... Votre digne ami a voulu des témoins de ma présence chez vous; je consens à m'cxpiiqucr devant eux. Moi, veuve et libre, objet d'attention et d'envie, je ne le cache pas, j'ai cru devoir acheter l'estime et la considération par le sacrifice de ces tendres sentiments, que les hommes se donnent tant de peine pour nous inspirer, quoiqu'ils nous condamnent si impitoyablement quand nous les ressentons. J'ai occupé mon esprit du soin de garantir mon cœur; et ce que vous nommez la coquetterie est devenu l'ange gardien d'une conduite où la malveillance n'a rien pu trouver à reprendre. Vous vous révoltez contre cet instinct naturel qui porte à désirer de plaire et qui fait craindre d'aimer!... il est peut-être moins le tort des femmes que le votre, messieurs!... vous avez de douces paroles prmr nous séduire ; vous en avez de cruelles pour nous juger!... tous les moyens vous sont bons pour nous soumettre, et vous vous irritez des plus innocents, employés pour assurer nos paisibles conquêtes.

GRANDET

Oh! innocents!... innocents!...

LA DUCHESSE

Une femme s'arme souvent de la plaisanterie, d'une froideur apparente, d'une indifférence qu'elle voudrait bien éprouver, et s'efforce ainsi de disputer au sentiment qui l'entraîne une liberté qui lui échappe!... heureuse quand elle retarde assez, l'aveu qu'on tâche de lui arracher, pour coniuiîtic tel qu'il est celui qu'une illusion allait rendre maître de son cœur.

JUMILLY, à part.

Serait-il vrai?...

GRANDET, à part.

Ahi! ahi! ahi !...

LA DUCHESSE

Un instant, je l'avoue, j'ai pensé que j'avais trouvé celui dont l'amour devait l'emporter sur tout le reste, et mon cœur croyait sentir que la vanité, les plaisirs, la fortune ne valent pas ce qu'il peut y avoir de bonheur dans une parole d'amour prononcée par l'homme qu'on aime et qu'on estime!... (Elle regarde Jumilly qui semble s'émouvûir.)

.lUMiLLY, à pari.

Oh!... s"il était possible!... Grandet!... Grandet!...

GRANDET, à part.

C'est encore un piège!...

AD il LE, à part.

L'aimait-elle véritablement?

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