‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 404 sur 764 · EN COLLABORATION AVEC M. B. ANTIER · texte numérisé non relu

EN COLLABORATION AVEC M. B. ANTIER

PERSONNAGES ACTE.URS

PAUL BRICHARD, peintre rolleiir. MM. Acuard.

FIDELE BRICHARD, son frère, idem Ai.cide Toisez.

ARTHUR D'AULNAY Gi:rmain.

LOUISE DE VALIGNY, jeune veuve M"«' Du puis.

ÉGLANTINE, su filleule et sa femme de chambre Clarisse.

La scène est à Paris, Chaussée-d'Antin.

LE COLLEUR

Le théâtre représente un salon. — Au fond un grand balcon, au milieu duquel pend une corde

de badifreonneur.

SCKNE I.

FIDÈLE BRIGHARD, ÉGLANTINK.

ÉGLAXTINE, paraissant la première.

Dép6chcz-vous donc, monsieur Fidèle.

FIDÈLE, eu dehors.

Me v' là , me v'k\, mamsclle Églantinc; c'est que je passe ma blouse pour monter là-haut.

Que je vous montre d'abord les travaux de peinture que ma maîtresse, madame de Valigny, veut que vous fassiez en dernier, mauvais sujet ! FIDÈLE, entrant.

Mauvais sujet! moi! ali! faut pas dire ça, mamselle Églantine. Je suis, au contraire, un sujet... bon à tout ce que vous voudrez; à vous chérir, par exemple... et à vous remercier du matin au soir (D'un air fin.) et du soir jusqu'au matin, de ce que vous voulez bien être ma petite femme... la semaine prochaine.

ÉGLANT INE.

Ou celle des trois jeudis.

FIDÈLE, lui donnant une tape.

Malicieuse!...

ÉGLANTINE

Tenez, regardez bien; sitôt que vous aurez achevé de vernir la maison au dehors, vous peindrez la banne qui recouvre le balcon, de manière que ça ressemble à un joli coutil.

Rien de plus facile. Avec mon frère Paul, nous vous en fignolerons du coutil, et du soigné.

ÉGLANTINE, CCOUtant.

On vient.

AiH : Galoj).

Voilà madame, partez vite.

Un petit baiser comme souvenir ; Ce n'est pas si froidement qu'on se quitte... églantim:.

.1' vous i' gard', vous allez r' venir.

FIDÈLE

Ah ! raamseir, vous faites la fièro ; C'est bon, c'est bon, j' vous le r' vaudrai... Plus tard, quand vous d' mand'rez, ma chiure, C'est p' t-6lr' bon moi qui vous r' fus' rai.

ENSEMBLE

FIDÈr.E.

V'ià madam', je m'en vas l)ion vito; Mais veus n'avez qu'à bien vous t'nir...

N'faut pas croir' que j'vous en ticnn' quitte, Ça s'ra pour quand j' vas m'en r" venir.

ÉGLANTINE

Voilà , madame, partez vite ; Bavard! y n'sait pas en finir...

De vot' baiser je vous tiens quitte:

Nous avons tout l' temps d'y r' venir.

(Fidèle sort en courant.)

SCkNE 11.

LOUISE DE VALIGNY, ÉGLANTIiNE.

LOU ISE.

Avec qui étais-tu donc là?

ÉGLANTINE

Avec mon futur, madame.

Et tu le renvoies ?

ÉGLANTINE

Mon dieu, oui ! il a de la besogne.

LOUISE

Je ne sais pas; mais ce futur-là, j'ai dans l'idée que tu ne l'aimes pas beaucoup.

ÉGLANTINE

Mais si, madame; il est si bon! si complaisant! Je ne pourrais pas trouver un meilleur mari, d'abord. (Elle soupire.)

LOUISE

Et tu dis cela avec un soupir!

ÉGLANTINE

C'est que...

LOUISE

C'est que... Voyons, explique-toi.

ÉGLANTINE

C'est que M. Fidèle a un frère... M. Paul... c'était lui d'abord qui me faisait la cour.

LOUISE

En vérité!

ÉGLANTINF,

Sans doute, et même je ne l'aimais déjà pas trop mal, lorsqu'un beau jour, me prenant la main qui tremblait dans la sienne : 11 faut que vous soyez ma petite sœur, a-t-il dit; épousez Fidèle, vl'à votre alVaire, et soyez tranquille.

Air d' Anstippe.

11 f ra très-bien vot' bonheur, je lo pense, Vous s' rez ensemble un coupl' délicieux; Et ce bonheur, qui m' promettait d'avance ,

Mo f .sait v' nir les larmes aux yeux. C'est qu'il avait un' mauièr' si Qatteuso ,

Un son do voix si séduisant,

LE ilOLLEUR.

A m'assurer qu' jo s' rais heureuse, Que je l'étais on l'écoutant; Il m'assurait que j' serais heureuse...

Et je l'étais en l'écoutant.

Et maintenant'?,..

ÉCLANTINE.

Fh bien! maintenant que vous venez de me presser un peu... je crois bien que j'aime toujours Fidèle... oh! oui... et cependant...

i. oriSE, partant d'nn éclat de rire.

Ali! ail! ah! Rassure-toi, mon enfant; les femmes, vois-tu, ont beaucoup de ces petites portes dans le cœur qui se rouvrent de temps en temps malgré elles, et sans que pour cela elles soient coupables le moins du monde. Moi-môme, tu sais si j'aime Arthur ; depuis mon veuvage, c'est le seul homme que j'aie voulu recevoir : eh bien ! chaque fois que j'éprouve quelque contrariété de sa part, tout de suite, et cela comme par enchantement, un souvenir me revient à la pensée...

ÉGLANTINE

Un souvenir!... et ça ne vous empêchera pas d'épouser M. Arthur dans huit jours, madame?

LOUISE

Non, certainement.

ÉGLANTINE

Alors, ça me rassure... J'épouserai M. Fidèle.

LOUISE

Et tu feras fort bien. Mais Arthur, pourquoi n'est-il pas encore venu?

ÉGLANTINE

Est-ce qu'il ne garde pas le lit?

LOUISE

Il y est resté un jour; il était hier soir aux Italiens... Il faut que son esprit inquiet et jaloux rêve encore quelque chimère.

ÉGLANTINE

Oh! bien alors, c'est un ingrat qui ne mérite pas le vif intf'rôt que vous lui avez montré depuis le danger qu'il a couru dans cet incendie.

LOUISE

Je ne sais si j'aurai oublié de répondre à quelque partie de sa lettre... où est-elle donc? (Elle ouvre lin petit coffret.) La voici. (Elle lit.) « Ma belle « et adorée Louise, je suis encore de ce monde « pour vous aimer, etc., etc. » J'ai répondu h cela d'abord. (Elle continue.) « Suffoqué par une fumée « épaisse mêlée de flammes, au moment de fuir, « je perdis connaissance... Deux minutes de plus, M j'étouffais... lorsqu'un homme saute dans ma « chambre, m'enlève sur ses épaules, desrend en « courant par une échelle qui pliait sous le poids, « me dépose dans la cour de l'hôtel, me laisse aux « soins des miens épouvantés, et disparaît avant « qu'on ait songé à le retenir, et lorsque j'avais à « peine pu lui dire deux mots de reconnaissance « et lui serrer la main en ouvrant les yeujf... » (Elle parle.) J'ai certainement répondu comme je

le devais à tout ce que je viens de lire... Encore émue du danger qu'il venait de courir, je craignais même d'avoir employé des expressions trop tendres; et lorsque monsieur aurait dû être enchanté... au contraire. Mais je vais bien l'attraper: il faudra qu'il vienne ce matin ou ce soir, et plus il sera maussade, plus je vais être charmante.

UN DOMESTIQUE

M. Arthur.

LOUISE

Ah! tant mieux, il arrive à propos.

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