‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 461 sur 764 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

SANTA-CRUX, avec Colère.

Et vous l'avez permis?

LA DU eu ES SE.

Eh mais ! monsieur, ce sont vos affaires !... que ne le faites-vous mieux surveiller?... Puisque je vous appartiens, c'est à vous de me garder. SANTA-CRUX, souriant.

Je suis bien bon de m'émouvoir ainsi... Ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire, madame, est impossible.

LA D UCUESSE.

Impossible ! (A part.) Ah! je tremble!... (Haut.) Pourquoi donc est-ce impossible, monsieur?... l'auriez-vous fait enfermer?... plonger au fond de quelque cachot?...

SANT.\-CRUX

Non, madame, non!... il n'a pas cessé d'être libre.

LA DUCHESSE, à part.

Je respire!...

SANT.i-CRUX.

Ce n'est pas ainsi que j'agis, je suis plus généreux... et dans l'intérêt de ce jeune homme, pour lui fournir l'occasion de se distinguer, je l'avais même chargé...

LA DUCHESSE

Oui, oui, je sais... d'une mission qui pouvait lui coûter la vie.

SANTA-cuux, étonné.

Ah! vous savez cela?

LA DUCHESSE

On me l'a dit.

SANTA-CRUX, à part.

Diable! diable!... (Uaut.) Cette mission lui u valu le grade de capitaine, et... le commandement d'une forteresse... un peu éloignée, il est vrai. LA DUCHESSE, vivement.

En êtes-vous bien sûr?

SA\TA-CRUX

Si j'en suis sûr?... c'est moi-même qui le lui ai fait obtenir... à deux cents lieues de Madrid.

LA DUCHESSE, à part.

Deux cents lieues!...

SANTA-CRUX

Mais avec la défense expresse de s'en éloigner d'un seul jour. (En ce moment, Ruy Gomès entr'ouvrc la porte de la pièce où il est caché , fait deui pas, et rentre vivement à la vue du marquis.)

LA DUCHESSE, l'apercevant.

Ciel!...

SANTA-CRUX

Qu'avcz-vous donc, madame?...

LA DUCHESSE

Rien, monsieur, rien!... Vous disiez?...

SANTA-CR UX

Que le poste où j'ai placé notre jeune iiéros est très-important par sa situation à l'extrême frontière, et que, s'il osait transgresser les ordres qu'il a reçus...

LA DUCHESSE, avec inquiétude.

Que lui arriverait-il?...

SANTA-CRUX

Oh I la moindre chose!... il serait fusillé.

Ah ! mon Dieu !...

SANTA-CRUX

Mais soyez tranquille!... le seigneur Ruy Gomès, quelque audacieux qu'il soit, ne poussera pas à ce point la témérité ; et, si j'avais bien réfléchi, je ne me serais pas alarmé quand tout à l'heure vous m'avez dit que vous l'aviez vu, LA DUCHESSE, vivement.

Non, monsieur, non, je ne l'ai pas vu !...

SANTA-CRUX, à part.

Quelle vivacité!... (Haut.) C'est à mon tour, madame, de vous dire: En êtes-vous bien sure?... LA DUCHESSE, avec embarras.

Mais sans doute!... et, s'il faut parler avec franchise, je vous avouerai que votre façon de procurer de l'avancement à vos rivaux m'a fait peur; j'ai voulu savoir ce qu'était devenu ce jeune homme... et, pour vous contraindre à vous expliquer... j'ai menti.

s A N T A - c R L X , à part.

Comme elle est troublée!... (Haut.) Je crois, en effet, madame, que vous avez un peu altéré la vérité ; mais est-ce tout à l'heure, ou est-ce maintenant?...

LA DUCHESSE

Monsieur!...

SANïA-CRUX.

Du reste, madame, s'il était possible que vous eussiez dit vrai d'abord, j'en serais fâché pour le seigneur Ruy Gomès , car je vous déclare que je n'hésiterais pas à le faire saisir, fût-ce mime à vos pieds.

LA DUCHESSE, à part.

Grand Dieu!...

SA.NTA-CRUX, l'eiaminant et à part.

11 est ici!.., elle l'a vu!...

LA DUCHESSE, à part.

Et c'est moi qui serais cause.., (Haut.) Quoi !... si j'implorais sa grâce?...

SANTA-CRUX

J'aurais ki douleur de vous refuser.

LA DUCHESSE

Fort bien, monsieur!... mais je vous dois aussi une déclaration : ce matin, quand j'ignorais encore la manière odieuse dont vous aviez abusé de ma confiance, j'ai promis, j'ai juré d'être à vous, et je ne rétracterai pas ma promesse!... je ne ferai même rien pour mettre obstacle à cette union; mais s'il s'en présente un qui ne vienne pas de moi et devant lequel votre finesse reste en défaut, vous trouverez bon que je me soumette.

VOULOIR, C'EST l'OUVOIH.

SANTA-CRUX, apiès l'avoir regardée un moiiu'iit. Aujoiird'iuii, vous m'appartiendrez!... mais voici l'instant de nous rendre chez la reine.

LA DUCHESSE, à part.

Quel supplice... m'éloigner d'ici sans pouvoir l'avertir!.,.

.SA\T.\-CntlX.

Votre main, madame. (Elle ilonue la luaiii à Santa- Crux; ils sortent ensemble.)

SCÎ'INK V.

I\UY GOMÈS, puis CHARLES.

nu Y GOMÈS, entrant vivement.

Je n'ai pu entendre qu'un mot... mais qu'il m'a fait mal!... Aujourd'hui, elle lui appartiendra! aujourd'hui!... et il l'emmène!., et je ne pourrai pas lui parler... lui dire... oh! non, non!... cela ne se peut !... qu'il me fasse saisir, qu'il me tue, mais il faut qu'elle me voie, qu'elle m'entende, et, quoi qu'il puisse arriver, je cours... •

CHARLES, entrant et l'arrêtant par son habit.

Halte-là!...

RUY GOMÈS

Le roi!...

CHAULES.

Oui, le roi, furieux contre vous, monsieur!... Qu'est-ce, s'il vousplait, qu'une conduite pareille? Vous à Madrid, et je n'en sais rien!... De ma fenêtre je vous reconnais, j'envoie mon Iiiigoà votre recherche, il vous introduit, et quand j'accours... personne! monsieur s'est enfui à travers une galerie, et l'on ne sait par où il a passé !

R U Y GOMÈS

Pardon, sire, pardon!... mais si vous saviez ce qui m'a contraint... ce qui m'oblige encore... (Il fait nu mouvement, Charles le retient.) CHAR Li;s.

Tu ne m'échapperas pas! te voilà, je te tiens et je te garde!... Comment, après trois mois d'absence, quand j'ai eu à peine le temps de te remercier du service que tu m'as rendu... tu te souviens, la longue perche au-dessus du fossé ?...

RU Y GOMÈS

Ah ! sire, tout autre que moi...

CHARLES

Laisse donc!... à toi seul, tu as plus d'esprit que toute ma cour ensemble; aussi tu m'as plu!... tu m'as plu beaucoup... Tu ne sais pas comme ces trois mois m'ont semblé longs? comme il me tardait que nous eussions battu les Portugais, alin de te rajjpeler près de moi!... je n'y ai pas manqué. Dès qu'on est venu me dire : Sire, vous êtes victorieux!... j'ai pris dans un petit coin mon ministre de la guerre, un gros, court, assez bon garçon, que j'aime un peu mieux que les autres parce qu'il a l'air moins hypocrite, et je l'ai prié de te mander ici.

Ruv GOMÈS, étonné.

Je vous jure, sire, que je n'ai rien reçu.

CHARLES

lîah!... ce n'est pas sur son ordre?...

RU Y GOMÈS

Non, sire!... c'est de moi-même que je suis venu à Madrid, que j'ai osé me i)résenter dans ce palais, malgré les ordres qui devaient m'enchainer ailleurs.

Voyez-vous ce gros cafard de ministre de la guerre avec ses protestations!... oh! il me le payera!... Dis donc, Ruy Gomès, tu as l'air de ne pas m'écoutcr !... qu'as-tu dans la tête?

RUY GOMÈS

Ah ! sire , ce n'est pas seulement dans la tête, c'est dans le cœur.

CHARLES

Dans le cœur?... veux-tu respirer les sels de ce flacon?...

RUY GOMÈS

ll(''las! tous les sels du monde ne feraient rien à mon mal.

CHARLES

Tu crois?... ils m'ont pourtant joliment servi auprès des dames d'honneur de la reine, ma mère, pendant que vous vous battiez!... c'a été ma campagne, à moi, et qui n'a pas laissé que d'être fatigante, je t'en réponds!... Elles avaient toutes la rage de lire les nouvelles de l'armée, et, ma foi....

Am du Couplet au public (de M"" Kavart).

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