SCÈNE IX
MADAME DUCHEMIN, KI'.ANCIS, VERNANT.
EiiANCiS, à Veruant, qni est encore dans la coulisse. Entre donc, mon ami, entre donc... (Yernant pariit.) Tiens, justi'incnt voici ma smur.
M A D \M E DIMM EMI \, à pari.
Ciel! c'i'si lui :
i II AM. I>.
Ma ijiiniK! Adèle, voici notre voisin, monsieur de Vernant, (jne je te présente...
UN KUKHE DE OUliNZK ANS.
M A II \ mi: DUCii i: V in, oinbarrassée, lui rendaut son saint.
Monsieur... (A pari.) Alil mon Dieul j'étais loin de m'at tendre...
Ta es surprise, n'est-ce pas? Il y a longtemps qu'il voulait venir. J'avais beau lui réj)étcr que tu le recevrais avec plaisir, il n'osait pas... mais j'ai été plus fort que lui...
Il a raison. Pour les choses que l'on désire, on est pins faible qu'un enfant... Pardon, madame, mille fois pardon de m'ùtre ainsi laissé amener devant vous... mais j'avoue qu'en vous voyant je ne puis m'en repentir.
l' RANCIS.
T'en repentir! il ne manquerait plus que (;a. MADAME DU CHEMIN, avec doiiceur et embarras. Vous êtes un enfant... (A Vernant, avec aisance.) Je suis charmée, monsieur, d'avoir cette occasion de vous remercier de vos bontés pour mon frère... VERNANT, la regardant.
Que dites-vous, madame? des bontés... Ce cher Francis... l'aimable enfant! Je ne crois pas encore avoir éprouvé une amitié si vive.
MADAME DU CHEMIN, à part.
Toujours en me regardant... (liant.) Quoi que vous en disiez, monsieur... une pareille intimité... malgré la disproportion d'âge... Francis vous doit beaucoup...
F UANCIS,
Comment? je lui dois beaucoup... je ne lui dois rien du tout... s'il m'aime, je l'aime aussi... mon amitié vaut bien la sienne, nous sommes quittes... (Prenant Yernant par la main.) Il serait mon frère que je ne l'aimerais pas davantage, et je gage que tu ne devines pas pourquoi !
MADAME DU CHEMIN
Parce que monsieur a beaucoup de complaisances pour toi.
FRA^CIS
Du tout.
VEKNANT, à part.
Que va-t-il dire?
FRANCIS
C'est parce qu'il me parle toujours de ma sannquand nous sommes seuls.
VERNANT, à part.
Diable d'étourdi...
FRANCIS
Ce matin encore, à la chasse, il me demandait si j'avais eu soin de ne pas te réveiller en sortant de si bonne heure; et là-dessus, il m'a dit que j'étais bien heureux d'avoir une sœur si bonne, si jolie... qu'à ma place, il ne croirait pas pouvoir l'aimer assez.
MADAME 0 1 CltEMlN.
Francis...
VERNANT, vivement, quoique avec embarras. Moi, j'ai dit cela?
FR \NCIS.
Oui, tu l'as dit.
VEnNANT, à part.
Eh bien ! tant mieux, nous verrons l'elVet que ça produira.
MADAME D U CHEMIN
Je croyais, Francis, vous avoir déjà prié ]ilnsieLU's fois de ne pas me mêler à vos conversations d'enfant et de vous contenter de courii* et de vous amuser.
VERNANT, vivement.
Madame a raison, mon ami... (Avec intention.) J'avouerai que je t'ai dit tout ce que tu viens de réi)éter... mais je ne t'avais pas autorisé à le redire. (A part.) Je ne la crois pas trop fâcliée.
FRANCIS
Allons, voilà que vous me grondez tous les deux... vraiment, ma sœur, je ne sais pas pourquoi lu trouves mauvais qu'on fasse ton éloge. Hier encore, n'as-tu pas fait le sien, toi? Ne m'as-tu pas dit qu'il paraissait fort aimable?
MADAME DUCHEMIN
Encore une fois, Francis...
VERNANT, avec intention.
Ah! Francis... il faut que je te gronde, ce n'es pas bien de mentir.
FRANCIS
Moi, je mens!...
Oui, ou tu te trompes pour le moins... mais soyez tranquille, madame, je ne le crois pas... (A part.) Il ne m'en avait encore rien dit. (Haut.) Comment supposer en effet, madame?...
MADAME DUCHEMIN, vivement.
Pardon, monsieur, je regrette de vous quitter si vite...
VERNANT.
Eh quoi! madame...
MADAME DUCHEMIN
Mais je me dois aux soins que réclame le retour de mon mari. (Elle le salue et sort.)