SCÈNE IV
Les MftMES, CRKQUL CRÉQL I, entrant.
Messieurs... Eh! c'est ce cher Olivier!...
(iOMii AULX, allant à lui.
Lui-ménio, monsieur le comte. Heureux! bien
heureux de vous revoir! Votre présence porte le bonheur avec elle...
CRÉQCI.
Ce n'est pas, je pense, lorsqu'elle t'a valu un coup d'épée?
GOMBAL I.T.
Au contraire, monsieur le comte, et c'est un nouveau service que j'ai à vous demander...
CRÉQLI.
Du môme genre? rien de plus facile. Justement je vais faire un tour à l'armée de M. de Montmorency. Veux-tu que je t'emmène?
Comment! monsieur le comte, quand tout ici devrait vous retenir...
CRÉQCI.
Ah! oui, oui... tu veux parler de mon mariage avec madame de Navailles... mais il est ajourné.
GOMBAULT
Il se pourrait!
CRÉQUI
Oui... un motif de délicatesse... un procès d'où dépend une partie de ma fortune... moi-même, j'ai désiré... Tel que tu me vois, je passe tout mon temps à visiter mes juges et à parcourir, souvent jusqu'à trois fois dans un seul jour, le trajet qui me sépare du plus ennuyeux des robins... le digne avocat Martel. Tu le connais, toi, vicomte? (Ici Gombault va regarder à la fenêtre.)
NOGARET
Oui, oui... beaucoup trop.
CRÉQUI
Mais c'est fini, je n'y retourne plus. Je prends mes vacances.
NOGARET
Et tu vas te faire tuer...
CRÉQUI, riant.
Pour me désennuyer un peu. Et puis, peut-être bien aussi par raison d'économie.
GOMBAULT, qui (!st revenu de la fenêtre. Quoi! vraiment, monsieur le comte, vos finances?...
A sec, mon ami.
GOMBAULT
Quel bonheur ! je pourrai donc...
CRÉQUI
Me prêter de l'argent? mais ce n'est pas de refus.
GOMBAULT
Vous prêter, monseigneur?... ^on, j'aimerais mieux... un échange!
CRÉQUI
Un échange!... et lequel?
GOMBAtl.T.
Votre cheval, celui qui vient de vous amener ici, contre... le prix de mes œuvres
CRÉQlil.
Ma jument noire!
NOGARET, à paît.
Oh! le scélérat! je comprends son idée!
l.E CHEVAL DE GHÉOLI.
Tu veux ma jument noire?
GOMBALLT.
Oui, monseigneur. Me la refusercz-vous V
en KO 1)1.
Certainement que je te la refuse!
COMBAIJLT.
Vous tenez donc bien à cet animal ?
G n KQ Dl.
C'est-à-dire, j'y tenais ; car, maintenant, je ne
tiens qu'à ne pas te laisser faire un déplorable
marché.
NOGAUET, à Créqui.
Qu'est-ce que ça te fait, puisque ça lui convient?
CRÉQUI, à Gombault.
Le prix de tes œuvres pour ma jument ! pauvre ami, comme tu placerais le fruit de tes veilles!...
GOMBAULT
Quoi! c'est la crainte que je ne sois dupe? cnÉQUi.
Certainement! Que diable, me prends-tu pour un maquignon? Apprends donc que pas plus tard que tout à l'heure, en arrivant ici, je l'ai forcée, fourbue, en un mot, que c'est une bêle perdue.
COMBAU I. T.
C'est là votre motif pour me refuser ? ah ! je suis trop heureux! Elle est perdue pour vous, c'est possible, habitué aux allures brillantes; mais pour moi, pauvre poëte, quand elle n'irait qu'au pas... même en boitant... c'est tout ce qu'il me faut.
CRÉQL'I.
Mais c'est qu'elle n'ira pas du tout !
GOMlîAL I.T.
N'importe! n'importe!... Oh! monsieur le comte, je vous en supplie.
CRÉQL'I.
Allons, puisque tu le veux absolument... prends mon cheval.
GOMIîAUI.T.
Ah ! vous me rendez la vie !
]\OCARET, à part.
S'il pouvait réussir!
Air: Ah! 'jucl bonheur! un mariage.
(Fragment du Philtre.)
ENSEMBLE
GOMB AUI.T.
Vous consentez ? û joie extrême !
(A part.) Oui, je le sens au fond du cœur.
Je vais revoir celle que j'aime, Tout me présage le bonheur.
CRÉQUI
Prends mon cheval à l'instant même, Je te le cède de giand cœur.
Mais vraiment à ta joie extrême, Non, je ne comprends rien, d'honneur!
NOGARET, à part.
Il consent ! ma joie est extrême ;
Je n'ai qu'un désir dans le co'ur, C'est que Gombault, à l'instant môme, Au galop, arrive au bonheur.
CRÉQUI, à Gombault, riant.
Et quant au prix de cette vente.
Si mon noble coursier répond à ti.n attente, Plus tard... nous causerons.
GOMBAULT
Plus tard, je vous dirai Celui que je lui devrai.
Ite/jrisc de l'ensemble.