SCÈNE IV
ÉLÉONORE, LA REBELIÈRE.
LA RERELiicRE, accourant vers elle et reiiilirassaul. Ma chère Éléonore! (L'examinant.) Oh! mais laissez-moi donc vous regarder... vous faire compliment!... En vérité, jamais je ne vous ai vue ni plus fraîche ni plus rose : il paraît (|ue l'air de cette habitation vous est tout à fait favorable?
ÉLÉONORE
Oui, en effet... je m'y trouve on ne peut midux. (A part.) Je suis prête à défaillir.
LA REBELIÈRE.
Combien je me réjouis maintenant d'avoir cédé ;\ votre fantaisie! c'était une prévision, une inspiration de votre part! et mademoiselle Hébert?
ÉLÉONORE
Elle est très-bien aussi, monsieur. (Aolle-mêmp.j O mon Dieu! Donatien qu'elle va amener!
LA REBELIÈRE.
Eh ! mais vous voilà tout agitée de mon retour... Savez-vous, chère enfant, que votre émotion me gngnc? Vous ne m'avez pas habitué à un<' pareille marque de tendresse!
C'est qu'aussi, monsieur, quand vous devez revenir... vous n'avez pas l'habitude d'annoncer le contraire.
LA REBELIÈRE.
Ah!... oui... une lettre de moi, que vous avez reçue il y a quelques instants peut-être!... Je vous dois une explication. A peine l'avais-je écrite et expédiée, que les officiers de marine qui devaient être mes hôtes au moins pour quinze jours ont reçu l'ordre de remonter à bord. Vous comprenez avec quel empressement j'ai profité de ma délivrance! il s'agissait de vous revoir; un quart d'heure après, j'étais en route.
ÉLÉONORE
Vous êtes bien bon.
LA REBELIÈRE.
Je m'en voulais ; je souffrais de vous laisser si longtemps ici toute seule.
ÉLÉONORE
Je ne m'y suis point ennuyée.
LA REBELIÈRE.
Vous, qui détestez la solitude?
ÉLÉONORE
Je l'aime maintenant.
LA REBELIÈRE.
Ah!... Et pendant ces six semaines personne n'est venu vous rendre visite?
ÉLÉONORE
Personne.
Et vous VOUS y plaisez! voilà qui est singulier; moi qui venais pour vous ramener tout de suite à La Rebelière!... Mais ici, si vous vous trouvez si bien, je suis capable, pour vous co.mplaire, de m'y enterrer quinze jours avec vous.