ACTE 11, SCENE X
MELAC PERE revenant a lui.
Je... je révais aux diverses sommes qui m’ont été remises. > SAINT-ALBAN. :
Vai état ici. Environ cing cent mille francs. Voulez-vous © que nous passions dans votre cabinet?
MELAC PERE embarrassé.
Si vous vous reposiez quelques jours?
AURELLY.
Eh! mais tu pars !
; MELAG PERE plus troublé-
Je différerais...
Ah bon Dieu! me reposer! lly a cing nuits que je n’arréte point; et cen’est qu’aprés m’étre bien assuré que tous les fonds de la province étaient en vos mains, que j’ai repris ma route
pour cette ville. : aN MELAC PERE a part.
Tout est perdu.
SAINT-ALBAN d’un ton dégagé. 3
Je suis d’une paresse... ’ennemi juré du travail. J’ai toutes les peines du monde a m/’arracher a Vinaction, pour m’occuper d’affaires; mais aussi, quand je suis lancé, je ne m’arréte plus que tout ne soit terminé. Il est assez plaisant que cette impatience d’étre oisif me tienne lieu du mérite contraire aux yeux de ma compagnie.
AURELLY,
Moi, je vous conseille de vous enfermer avant le diner. La diligence part cette nuit, vous pourrez y placer le caisson. :
SAINT-ALBAN
C’est bien dit.
AURELLY.
S’ils font les difficiles, ils ont un fort ballot 4 moi ; votre argent prendra sa place : il est plus pressé que mon envoi. SAINT-ALBAN.
Rien de plus obligeant.
AURELLY.
Allons, allons, débarrassez-vous la téte.
MELAC PERE outré, a Aurelly.
Et vous... n’embarrassez pas la votre, mon officieux ami. Comment donc! MELAC PRE. déconcerté, a Saint-Alban.
Monsieur, vous me prenez dans un moment.... au dé: pourvu... <a
SAINT-ALBAN
Que dites-vous , monsieur ?
MELAC PERE.
Je dis... (a part.) Ah! je sens la rougeur qui me surmonte.., Ii fauf Yavouer ; ce que vous me demandez est impossible.
SAINT-ALBAN
Impossible! Et vous partiez ?
é MELAG PERE.
Il est vrai.
7 SAINT-ALBAN
Savez-vous, monsieur, quels soupcons l’on pourrait prendre?...
AURELLY vivement.
Fi donc , monsieur de Saint-Alban !
SAINT-ALBAN 4 Aurelly, Je vous demande pardon ; mais l’air, le ton, les discours mie paraissent si clairs ! Ce voyage...
AURELLY.
N’y a-t-il pas mille raisons. ..?
SAINT-ALBAN
Un instant, je vous prie. — Avez-vous touché le montant de toutes les recettes , monsieur’de Mélac? : MELAC PERE accable.
Je ne puis le nier.
SAINT-ALBAN
Pouvez-vous faire partir aujourd’hui tout l’argent que vous devez avoir? (Mélac pére ne répond rien.) Parlez, monsieur, car mes ordres sont tels que, sur votre réponse, il faut que je prenne un parti sur-le-champ.
MELAC PERE réve, sa téte appuyée sur sa main. AURELLY vivement, Vous ne répondez pas ?
MELAG PERE outré, a Aurelly
Cruel homme ! (A Saint-Alban, d’un air aecablé.) je ne le puis
avant trois semaines au moins.
= SAINT-ALBAN
Trois semaines! Ii ne m’est pas permis d’accorder trois jours. L’argent est annoncé. — C’est avec regret , monsieur... MELAC PERE,
Je ne saurais l’empécher : mais jamais tant de douleurs ala fois n’ont assailli un honnéte homme. ' (Il sort.)
s AURELLY criant,
Vous sortez !