SUR BEAUMARCHAIS. XY
thédtre; et, pour en trouver d’autres exemples depuis, il faut descendre jusqu’a @ignobles tréteaux , ou ce sont peut-étre encore les plus mauvais ouvrages qui ont obtenu les plus brillants succes.
Si, comme cela paratt établi en général , et pourrait l’étre en particulier pour la Folle Journée, un grand succés n’est . pas la preuve certaine d’un grand mérite, il faut expliquer d'une autre maniére ce succés, qui ne peut étre un effet sans cause. Serait-ce calomnier le public d’alors , que d’attribuer une partie de son empressement pour la Folle Journée a la volupté de certaines situations , et méme al indécence d’une foule de traits? Je ne sais; mais il y adans J’ouvrage des choses tellement fortes , qu’a moins d’en étre ravis, les spectateurs ne pouvaient se dispenser den étre révoltés: il n’y avait point de milieu pour ces deux choses-la , entre les exclamations du plaisir vivement excité, et les cris de la pudeur publique griévement offensée. Beaumarchais s’était vanté de ce que «la comédie du Barbier de Séville , une des plus gaies « qui fussent au théatre, était écrite sans la moindre équi- « voque, sans une pensée, un seul mot dont la pudeur méme « des petites loges eit a s’alarmer; » et il ajoutait: « C’est « bien quelque chose dans un siécle ot. ’hypocrisie de la dé- « cence est poussée aussi loin que le relachement des meeurs. » Apparemment il se lassa de respecter ’hypocrisie de la décence, et, désespérant de corriger le reldchement des meurs, il voulut y conformer son langage. La chose fut trés-bien prise, et ce siécle écouta des discours indécents tout aussi volontiers que s’il avait eu des mczurs plus pures. Depuis les graveleuses plaisanteries d’Hauteroche et de Montfleury, on n’avait certainement rien entendu sur la scéne francaise daussi leste que certains traits du Mariage de Figaro. Quant aux situations, la plupart retracent des entreprises galantes et libertines qu’ la vérité les personnages ne mettent pas a fin, mais que imagination des spectateurs achéve sans peine. Le réle entier du jeune page était seul fait pour réveiller les idées les plus sensuelles, exciter les émotions les plus
voluptueuses.
Une autre cause bien avérée et bien puissante du plaisir
quwon éprouyait & cette piéce, c’est la hardiesse avec laquelle