‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 450 sur 504 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

ATAR, CALPIGI.

ATAR en entrant, violemment.

Laissez-moi , Calpigi!

CALPIGI.

La fureur vous égare.

Mon maitre! 6 roi d’Ormus! grace, grace a Tarare :... ATAR.

Tarare! encor Tarare! Un nom abject et bas Pour ton organe impur a donc bien des appas ? : CALPIGI.

Quand sa troupe nous prit, au fond d’un antre sombre Je défendais mes jours contre ces inhumains. Blessé, prét A périr, accablé par le nombre, Cet homme généreux m/’arracha de leurs mains. v Je lui dois d’étre A vous : Seigneur, faites-lui grace! . ATAR.

Qui, moi? je souffrirais qu’un soldat edt Paudace D’étre toujours heureux, quand son roi ne Vest pas? CALPIGI.

A travers le torrent d’Arsace , Il vous asauvé du trépas; Et vous I’'avez nommé chef de votre milice.

A Pinstant méme encore un important service... ATAR.

Ah! combien je l’ai regretté!

Son orgueilleuse humilifé , Le respect d’un peuple hébété , Son air, jusqu’a son nom... Cet homme est mon suppkce. Ou trouve-t-il, dis-moi, cette félicité ?

Est-ce dans le travail, ou dans la pauvreté?

: CALPIGI.

Dans son devoir. Il sert avec simplicité Le ciel, les malheureux, la patrie, et son mattre. ATAR.

Lui? c’est un humble fastueux, Dont lorgueil est de le paraitre :

L’honneur d’étre cru vertueux Lui tient lieu du bonheur de l’étre :

Il n’a jamais trompé mes yeux.

CALPIGI.

Vous tromper, lui, Tarare ?

ATAR

Ici la loi des brames Permet 4 tous un grand nombre de femmes ; Il n’en a qu’une, et s’en croit plus heureux. Mais nous l’aurons cet objet de ses voeux ; En la perdant, il gémira peut-étre.

CALPIGI.

Il en mourra!

ATAR

Tant mieux. Oui, le fils du grand prétre , Altamort , a recu mon ordre cette nuit. Il vole 4 la rive opposée , Avec sa troupe déguisée :

En son absence, il va dévaster son réduit.

Il ravira surtout son Astasie , Ce miracle, dit-on, des beautés de l’Asie.

CALPIGI.

Eh! quel est donc son crime , hélas?

ATAR

D’étre heureux, Calpigi, quand son roi ne lest pas; De faire partout ses conquétes Des cceurs que j’avais autrefois...

CALPIGI.

Ah! pour tourner toutes les fétes ,

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