‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 216 sur 487 · ACTE I , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE I

FIGARO

Et qu'est-ce qu'il y a , bon dieu ?

SUZANNE

Il y a , mon ami, que, las de courtiser les beautés des environs, monsieur le comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c'est sur la tienne , entends-tu , qu'il a jeté ses vues , auxquelles il espère que ce logement ne. nuira pas. Et c'est ce que le loyal Bazile, honnête agent de ses plaisirs , et mon noble maître à chanter , me répète chaque jour , en me donnant leçon.

FIGARO

Bazile ! ô mon mignon , si jamais volée de bois vert , appliquée sur une échine , a dûment redressé la moelle épinière à quelqu'un...

Tu croyais , bon garçon , que cette dot qu'on me donne était pour les beaux yeux de ton mérite ?

FIGARO

J'avais assez fait pour l'espérer.

SUZANNE

Que les gens d'esprit sont bêtes l

FIGARO

On le dit.

SUZANNE

Mais c'est qu'on ne veut pas le croire.

FIGARO

On a tort.

SUZANNE

Apprends qu'il la destine à obtenir de moi , secrètement , certain quart d'heure , seul à seule, qu'un ancien droit du seigneur... Tu sais s'il était triste!

FIGARO

Je le sais tellement , que si monsieur le comte en se mariant n'eût pas aboli ce droit honteux , jamais je ne t'eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE

Eh bien ! s'il l'a détruit, il s'en repent ; et c'est de ta fiancée qu'il veut le racheter en secret aujourd'hui.

FIGARO se frottant la tête.

Ma tète s'amollit de surprise, et mon front fertilisé...

SUZANNE

Ne le frotte donc pas!

FIGARO

Quel danger ?

:m LE MARIAGE DE FIGARO,

SUZANNE riant.

S'il y venait un petit bouton, des gens superstitieux,..

FIGARO

Tu ris , friponne ! Ah ! s'il y avait moyen d'attraper ce grand trompeur , de le faire donner dans un bon piège , et d'empocher son or!

SUZANNE

De l'intrigue et de l'argent , te voilà dans ta sphère,

FIGARO

Ce n'est pas la honte qui me retient.

SUZANNE

La crainte ?

FIGARO

Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse , mais d'échapper au péril en la menant à bien : car d'entrer chez quelqu'un la nuit , de lui souffler sa femme , et d'y recevoir cent coups de fouet pour la peine , il n'est rien plus aisé ;

mille SOts coquins l'ont fait. Mais (On sonne de l'intérieur.)

Voilà madame éveillée ; elle m'a bien recommandé d'être la première à lui parler le matin de mes noces.

FIGARO

Y a-t-il encore quelque chose là-dessous ?

SUZANNE

Le berger dit que cela porte bonheur aux épouses délaissées. Adieu, mon petit fi , fi , Figaro; rêve à notre affaire.

FIGARO

Pour m'ouvrir l'esprit , donne un petit baiser.

SUZANNE

A mon amant aujourd'hui? Je t'en souhaite ! Et qu'en dirait demain mon mari ? (Figaro l'embrasse.)

SUZANNE

Hé bien ! hé bien !

FIGARO

C'est que tu n'as pas d'idée de mon amour.

SUZANNE se défrippaqt.

Quand cesserez- vous , importun, de m'en parler du matin au soir ?

FIGARO mystérieusement.

Quand je pourrai te le prouver du soir jusqu'au matin. ( On sonne une seconde fois.)

SUZANNE de loin, les doigts unis sur sa bouche.

Voilà voire baiser, monsieur ; je n'ai plus rien à vous.

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