‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 342 sur 487 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SUZANNE, FIGARO regardant avec mystère- (Cette scène doit marcher chaudement. ) SUZANNE.

Entre donc, Figaro ! Tu prends l'air d'un amant en benne fortune chez ta femme !

FIGARO

Peut-on parler librement ?

■ SUZANNE

Oui , si la porte reste ouverte.

FIGARO

Et pourquoi cette précaution ?

SUZANNE

C'est que l'homme dont il s'agit peut entrer d'un moment à l'autre.

FIGARO l'appuyant.

Honoré-Tartufe. — Bégearss?

SUZANNE

Et c'est un rendez-vous donné. — Ne t'accoutume donc pas à charger son nom d'épithètes ; cela peut se redire et nuire à tes projets.

Il s'appelle Honoré !

SUZANNE

Mais non pas Tartufe.

FIGARO

Morbleu !

LA MÈRE COUPABLE

SUZANNE

Tu as le ton bien soucieux !

F1GAIÎ0.

Furieux. (Elle se lève. ) Est-ce 1k notre convention? M'aidezvous franchement, Suzanne, à prévenir un grand désordre ? Serais-tu dupe encore de ce très-méchant homme?

SUZANNE

Non ; mais je crois qu'il se méfie de moi : il ne me dit plus rien. J'ai peur, en vérité , qu'il ne nous croie raccommodés.

FIGARO

Feignons toujours d'être brouillés.

SUZANNE

Mais qu'as-tu donc appris qui te donne une telle humeur?

FIGARO

Recordons-nous d'abord sur les principes. Depuis que nous sommes à Paris , et que M. Almaviva... (Il faut bien lui donner son nom , puisqu'il ne souffre plus qu'on l'appelle monseigneur... )

SUZANNE avec humeur.

C'est beau ! et madame sort sans livrée ! Nous avons Pair de tout le monde !

FIGARO

Depuis , dis-je , qu'il a perdu , pour une querelle du jeu , son libertin de fils aîné , tu sais comment tout a changé pour nous ! Comme l'humeur du comte est Revenue sombre et terrible!

SUZANNE

Tu n'es pas mal bourru non plus !

FIGARO

Comme son autre fils paraît lui devenir odieux î

SUZANNE

Que trop !

FIGARO

Comme madame est malheureuse !

SUZANNE

C'est un grand crime qu'il commet î

FIGARO

Comme il redouble de tendresse pour sa pupille Florestine ! comme il fait surtout des efforts pour dénaturer sa fortune !

SUZANNE

Sais-tu , mon pauvre Figaro, que tu commences à radoter ? Si je sais tout cela , qu'est-il besoin de me le dire ?

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