‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 432 sur 487 · CHOEUR D'OMBRES · texte numérisé non relu

CHOEUR D'OMBRES

(D'autres ombres dansent sur l'air du chœur. ) Quel charme inconnu nous attire ?

Nos cœurs en sont épanouis.

D'un plaisir vague je soupire , Je veux l'exprimer, je ne puis.

En jouissant , je sens que je désire; En désirant , je sens que je jouis.

Quel charme inconnu nous attire?

Nos cœurs en sont épanouis.

LE GÉNIE DU FEU à la Nature.

Déesse , pardonnez ; je brûle de m'instruire De l'intérêt qui les occupe tous.

LA NATURE

Parlez-leur.

LE GÉNIE DU FEU s'adressant aux ombres.

Qu'êtes-vous? et que demandez-vous l'ombre d'altamort.

Nous ne demandons pas, nous sommes.

LE GÉNIE DU FEU

Qui vous a mis au rang des hommes?

l'ombre d'urson.

Qui l'a voulu : que nous importe à nous ?

LE GÉNIE DU FEU

Comme ils sont froids, sans passions , sans goûts l Que leur ignorance est profonde !

LA NATURE

Ah ! je les ai formés sans vous.

Brillant soleil , en vain la Nature est féconde ; Sans un rayon de votre feu sacré, Mon œuvre est morte , et son but égaré.

DE TARARE

LE GÉNIE DU FEU

Gloire à l'étemelle Sagesse , Qui , créant l'immortel amour , Voulut que , par sa seule ivresse , L'être sensible obtînt le jour !

Ah ! si ma flamme ardente et pure N'eût pas embrasé votre sein , Stérile amant de la nature , J'eusse été formé sans dessein.

(En duo. )

Gloire à l'éternelle sagesse, etc.

LE GÉNIE DU FEU montrant les deux ombres d'Atar et de Tarare.

Que sont ces deux superbes ombres Qui semblent menacer, taciturnes et sombres

LA NATURE

Rien : mais dites un mot ; assignant leur état , Je fais un roi de l'une, et de l'autre un soldat.

LE G F.NIE DU FEU

Permettez ; ce grand choix les touchera peut-être.

• LA NATURE

J'en doute.

LE GÉNIE DU FEU aux deux ombres.

Un de vous deux est roi : lequel veut l'être ? l'ombre d'atar.

Roi?

l'ombre de tarare.

Roi ?

TOUS deux.

Je ne m'y sens aucun empressement.

LA NATURE

Enfants, il vous manque de naître, Pour penser bien différemment.

LE GÉNIE DU FEU les examine.

Mon œil , entre eux, cherche un roi préférable ; Mais que je crains mon jugement !

Nature, l'erreur d'un moment Peut rendre un siècle misérable.

LA NATURE aux deux ombres.

Futurs mortels , prosternez-vous :

Avec respect attendez en silence Le rang qu'avant votre naissance Vous allez recevoir de nous.

(Les deux ombres se prosternent; et pendant <pie le Génie hésité

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