‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 467 sur 487 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

(Il met son pied sur le corps de Tarare.)

Je sens que la fureur m'égare!...

(Il regarde Tarare.) Malheureux nègre , abject et nu , Au lieu d'un reptile inconnu Que du néant rien ne sépare , Que n'es-tu l'odieux Tarare !

Avec quel plaisir , de ce flanc , Ma main épuiserait le sang!...

Si l'insolent pouvait jamais connaître Quels dédains il vaut à son maître!

Et c'est pour cet indigne objet , C'est pour lui seul qu'elle me brave ! .. Calpigi , je forme un projet :

Coupons la tête à cet esclave; Défigure-la tout à fait :

Porte-la de ma part toi-même.

Dis-lui qu'en mes transports jaloux , Surprenant ici son époux...

(Il tire le sabre de Calpigi.) CALPIGI l'arrête et l'éloigné de son ami. De cet horrible stratagème , Ah ! mon maître, qu'espérez- vous ?

Quand elle pourrait s'y méprendre , En deviendrait-elle plus tendre?

En l'inquiétant sur ses jours , Vous la ramènerez toujours.

A.TAR furieux.

La ramener!.,. J'adopte une autre idée; Elle me croit l'âme enchantée :

Montrons-lui bien le peu de cas Que je fais de ses vains appas.

Cette orgueilleuse a dédaigné son maître ! O le plus charmant des projets !

Je punis l'audace d'un traître

Qui m'enleva le cœur de mes sujets,

Et j'avilis la superbe à jamais.

Calpigi?...

CALPIGI troublé.

Quoi ! seigneur !

D'obéir.

Jure-moi sur ton âme

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CALPIGI plus troublé.

Oui, Seigneur.

ATAR

Point de zèle indiscret.

Tout à l'heure.

CALPIGI presque égaré, A l'instant.

ATAR

Prends-moi ce vil muet ,

Conduis-le chez elle en secret :

Apprends-lui que ma tendre flamme

La donne à ce monstre pour femme.

Dis-lui bien que j'ai fait serment Qu'elle n'aura jamais d'autre époux , d'autre amant.

Je veux que l'hymen s'accomplisse :

Et si l'orgueilleuse prétend

S'y dérober , prompte justice.

Qu'à son lit à l'instant conduit ,

Avec elle il passe la nuit ;

Et qu'à tous les yeux exposée , Demain, de mon sérail, elle soit la risée ! A présent, Calpigi, de moi je suis content. Toi , par tes signes , fais que cette brute apprenne

Le sort fortuné qui l'attend.

CALPIGI tranquillisé.

Ah! seigneur, ce n'est pas la peine :

S'il ne parle pas, il entend.

ATAR

Accompagne ton maître à la garde prochaine.

(Il se retourne pour sortir.) CALPIGI, en se baissant pour ramasser la simarre de l'empereur, dit

tout bas à Tarare :

Quel heureux dénoûment!

(Il suit Atar.) TARARE se relève à genoux.

Mais quelle horrible scène ;

(11 ôte son masque, qui tombe à terre loin de lui.) Ah ! respirons.

ATAR revient à l'appartement d'Àstasie d'un air menaçant, et dit avec une joie féroce.

Je pense au plaisir que j'aurai , Superbe , quand je te verrai Au sort d'un vieux nègre liée , Et par cent cris humiliée !

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