‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 469 sur 487 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ASTASIE, SPI NETTE.

ASTASIE entre en grand désordre.

Spinette , comment fuir de cette horrible enceinte ?

SPINETTE

Calmez le désespoir dont votre âme est atteinte,

TARARE

ASTASIE égarée, les bras élevés.

O mort ! termine mes douleurs !

Le crime se prépare.

Arrache au plus grand des malheurs

L'épouse de Tarare.

11 semblait que je pressentais

Leur entreprise infâme !

Quand il partit, je répétais,

Hélas ! l'effroi dans l'âme :

Cruel ! pour qui j'ai tant souffert ,

C'est trop que ton absence Laisse Astasie en un désert ,

Sans joie et sans défense !

L'imprudent n'a pas écouté

Sa compagne éplorée :

Aux mains d'un brigand détesté,

Des brigands l'ont livrée. O mort ! termine mes douleurs :

Le crime se prépare ; Arrache au plus grand des malheurs

L'épouse de Tarare !

(Elle se jette sur un sopha avec désespoir.) SPINETTE.

Un grand roi vous invite à faire son bonheur. L'amour met à vos pieds le maître de la terre. Que de beautés ici brigueraient cet honneur ! Loin de s'en alarmer, on peut en être fière.

ASTASIE pleurant.

Ah ! vous n'avez pas eu Tarare pour amant !

SPINETTE

Je ne le connais point ; j'aime sa renommée ; Mais pour lui, comme vous, si j'étais enflammée, Avec le dur Atar je feindrais un moment ; Et j'instruirais Tarare au moins de ma souffrance.

ASTASIE.

A la plus légère espérance Le cœur des malheureux s'ouvre facilement.

J'aime ton noble attachement :

Hé bien ! fais-lui savoir qu'en cette enceinte horrible...

SPINETTE

Cachez vos pleurs , s'il est possible.

Des secrets plaisirs du sultan Je vois le ministre insolent.

( Astasie essuie ses yeux et se remet de son mieux,)

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