ACTE II, SCÈNE XI
NEMOURS, avec emportement.
Eh! sire, dans vos mains la hache toujours prête A frappé pour hicn moins une plus noble tête.
LOUIS, se levant.
Laquelle?
NEMOURS
Dieu le sait ; quand il vous jugera, Dieu, qui condamne aussi , vous la présentera.
LOUIS
La vôtre est dans mes mains.
NEMOURS
Et vous la prendrez , sire ; Mais écoutez d'abord ce qui me reste à dire.
COMMINE.
Comte!...
LOUIS , qui s'assied.
Le Téméraire est bien représenté :
Jamais ce nom par lui ne fut mieux mérité ; Convenez-en , messieurs !
(à Nemours. )
Mais achevez.
NEMOURS
Je l'ose, Quoi qu'il puisse advenir pour mes jours ou ma cause. Soyez donc attentifs , vous , leur maître après Dieu , Vous féaux chevaliers , vous seigneurs de haut lieu,
Dont jamais l'écusson , terni par une injure, Lui vînt-elle du roi , n'en garda la souillure. Charles , sur les griefs dont cet écrit fait foi , Attend et veut justice , ou déclare par moi Qu'au nom du bien public et de la France entière , Des lions de Bourgogne il reprend la bannière. Pour tout duché , comté , fief ou droit féodal , Qu'il tient de la couronne à titre de vassal , De l'hommage envers vous lui-même il se relève, Et sa foi qu'il renie , il la rompt par le glaive. 11 s'érige en vengeur du présent, du passé, Du sang des nobles pairs traîtreusement versé ; Devant Dieu contre vous et vos arrêts injustes Se fait le champion de leurs ombres augustes , Les évoque à son aide ; et comme chevalier, Comme pair , comme prince , en combat singulier , Au jugement du ciel pour ses droits se confie : Sur quoi , voici son gage , et ce gant vous défie ! Qui le relève ?
LE DAUPHIN, qui s'élance et le ramasse.
Moi , pour Valois et les lis !